FAIRE VRAIMENT réussir TOUS les élèves

Des occupations professionnelles m’ont empêché ces dernières semaines d’alimenter ce « blog ». Je m’en excuse auprès de mes lecteurs et le reprends aujourd’hui. J’essaierai de tenir un rythme plus régulier.

Je voudrais, pour cette reprise, commenter le récent rapport de la Cour des comptes sur le système éducatif public. C’est un bon rapport. Comme toujours avec la Cour, le diagnostic est sûr, à l’aune de « l’objectif de la réussite de tous les élèves » et dans les limites qu’elle s’assigne elle-même (n’étant pas compétente pour juger de l’acte éducatif), mais dans le cas de l’Ecole, il est assez connu, et l’on ne doit donc pas s’attendre à y trouver beaucoup d’inattendu. Il est essentiel que la Cour, avec la qualité d’investigation qui lui est propre et sa notoriété, fasse un tel diagnostic. Mais il ne surprendra guère nombre d’experts, et là n’est sans doute pas l’essentiel.

L’essentiel, y compris lorsqu’on compare ce rapport à beaucoup d’autres travaux de la Cour, c’est le soin qu’elle a apporté à ses recommandations. Je … recommande donc d’entrer dans la lecture du rapport par les recommandations, d’y réfléchir, et, si elles vous convainquent et que vous ayez un quelconque pouvoir dans le système éducatif, de contribuer effectivement à leur mise en œuvre. Même si certaines peuvent être un peu discutables ou théoriques, elles forment un ensemble d’orientations qui, appliquées avec détermination, permettraient à notre Ecole de progresser et donc d’inverser la tendance actuelle, qui est hélas, si l’on en croit un faisceau convergent d’évaluations sur les résultats des élèves, plutôt décroissante. Il est vrai que le ministère de l’éducation, dans sa réponse, soutient qu’il s’y est engagé et que la Cour sous-estime cette évolution récente. Possible sur certains aspects, mais d’une part le constat est tout de même là, d’autre part certaines des réformes essentielles ne paraissent pas ouvertes.

Ces 13 recommandations ne sont pas à prendre en bloc ou à laisser. On peut avancer plus sur la réalisation de certaines et moins sur celle d’autres. Sur au moins une, la troisième, la Cour aurait dû être plus précise : s’il est sans doute souhaitable (au regard des comparaisons internationales notamment) d’accroître les moyens donnés à l’enseignement primaire, la recommandation, telle qu’elle est exprimée, me semble discutable pour deux raisons. D’abord, la formulation aurait dû beaucoup plus définir les contreparties attendues de cet effort. Car l’exigence légitime de l’opinion et l’état de nos finances publiques justifient, me semble-t-il, qu’il n’y ait pas de distribution de moyens publics sans contreparties très précises en termes de résultats, l’ensemble constituant une sorte de contrat. Il n’y a pas de raison de faire une exception pour l’enseignement primaire. Et préciser que cet accroissement doit se faire « en privilégiant le traitement de la difficulté scolaire » me parait une contrepartie trop vague. Seconde raison de ma réserve, l’idée de renforcer spécifiquement l’école primaire reflète le choix que le rapport a fait de réfléchir au sein de la distinction primaire/secondaire, ce qui me semble critiquable (cf. ci-dessous).

La Cour, sagement, n’a pas hiérarchisé ses recommandations, mais il est certain, aux yeux de tout lecteur, qu’elles le sont de fait. Je pense en particulier que la première, qui demande une forte diversification des moyens entre établissements, la huitième, qui appelle à une réforme du service des enseignants du second degré, et les deux dernières qui, sans citer le mot (ce que je regrette), plaident pour une gestion et une conduite « dérogatoires » en faveur des établissements les plus confrontés à la grande difficulté scolaire sont capitales. Ce sont elles qui devraient être d’abord mises en oeuvre, ne serait-ce d’ailleurs que parce que cela est certainement difficile. Il faut ici insister (mais la Cour le sait) sur la nécessité que, d’ici 18 mois-2 ans, elle retourne dans le système éducatif pour voir le degré d’avancement des réformes qu’elle a recommandées et qu’elle sache, si ce degré (notamment sur les plus importantes) était faible, le dire avec vigueur et même indignation : car c’est l’avenir de notre jeunesse, et donc de notre pays, qui est en jeu.

Bon, le rapport me semble pourtant, à la réflexion, devoir ou pouvoir être critiqué sur plusieurs points. J’en retiens deux, importants.

En premier lieu, à nouveau la Cour ne traite pas du privé sous contrat. On se souvient qu’elle s’est déclarée incompétente (cf. mon billet du 21 décembre dernier), ce qui est tout de même curieux, et à vrai dire anormal. D’ailleurs, le rapport, du coup, offre une petite difficulté logique : on y détaille et critique les résultats d’ensemble de l’Ecole française, et on ne réfléchit aux améliorations que de l’enseignement public. Il importe que la Cour revienne rapidement sur cette idée et intègre dans ses analyses, aussi bien la comparaison entre les deux segments qui participent au service public de l’éducation (l’enseignement public et, depuis la loi Debré, c’est-à-dire depuis 50 ans, l’enseignement privé sous contrat), que le contrôle des moyens que l’Etat consacre à l’enseignement privé sous contrat. On a tout à gagner à cet effort de transparence et d’analyse comparée.

Ensuite, pour un rapport qui, à juste titre, part de l’objectif de la réussite de tous les élèves et des moyens de s’en approcher, on n’a pas assez pris une « perspective de l’école obligatoire », celle qui, notamment à travers la maîtrise du socle commun de connaissances et de compétences, favorise ou handicape la réussite ultérieure, durant les autres segments du système éducatif. Ainsi, la Cour oppose, très traditionnellement (et c’est bien la réalité, mais c’est elle qu’il convient de modifier, précisément) enseignement primaire et enseignement secondaire, alors que ce que j’appelle la « perspective de l’école obligatoire » aurait dû la conduire à opposer, au moins en partie et pour certains sujets, primaire-collège d’une part à lycée ou à lycée-supérieur d’autre part. Ce qui aurait conduit à des réflexions et des réformes possibles ou souhaitables beaucoup plus profondes que l’amélioration (nécessaire et que la Cour évoque) de la transition entre CM2 et sixième. Par exemple : organisation de l’enseignement obligatoire (relations entre écoles et collège local, intérêt d’un établissement public du premier degré, ou même d’un établissement de la scolarité obligatoire, etc.) ; enseignement (enseignants polyvalents en début de collège, possibilités de « métissages »- des professeurs des écoles enseignant en collège, des certifiés en primaire, au moins pour une part, ceci pour faciliter la transition précisément-, accompagnement plus continu des élèves, etc.) ; moyens (affectation, voire accroissement à l’ensemble de l’école obligatoire, et non seulement à l’école primaire dans ce cas – cf. ma remarque ci-dessus-, autonomie d’utilisation, etc.). Ce ne sont que quelques exemples et je ne prétends nullement que les questions soient simples à traiter, ni même, parfois, à poser. Mais s’être coulée, presque naturellement et peut-être s’en sans rendre entièrement compte, dans le clivage existant primaire/secondaire (et avoir plutôt privilégié le secondaire) empêche la Cour, dans ce rapport, d’aborder et d’appeler à réformer l’« école obligatoire » prise en bloc, ce qui est pourtant capital s’agissant de la réussite de tous les élèves.

Une étude du privé sous contrat et une comparaison avec le public. Une étude et une réflexion sur l’école obligatoire. Voilà deux rapports pour l’avenir. Il ne suffit donc pas que la Cour aille voir dans les 18 mois-2 ans qui viennent les suites données à ses recommandations actuelles. Il serait très précieux qu’elle poursuive et étende ses investigations au moins dans ces deux directions.

Be Sociable, Share!

8 Responses to “FAIRE VRAIMENT réussir TOUS les élèves”

  1. claudelelievre Says:

    Tout à fait d’accord quant à l’appréciation foncièrement positive que mérite le rapport de la Cour des comptes. Tout à fait d’accord aussi sur les trois remarques capitales à faire: l’importante lacune à propos du privé sous contrat et du manque de comparaison avec le public, nécessité de prendre ensemble le primaire et le collège en bloc si l’on veut vraiment la  »réussite de tous les élèves »; et ,sans doute, aussi privilégier la question des relations entre les lycées et le supérieur pour la suite ( voire les prendre aussi, dans une certaine mesure,  »en bloc » ).

  2. Christian Jeanbrau Says:

    Une autre lecture, plus rapide (?) du rapport: http://ednat.canalblog.com/archives/2010/05/17/17926393.html

    Le problème soulevé ici (bloc primaire-collège) relève de l’absolue nécessité. Il faut construire d’abord une école cohérente de la scolarité obligatoire avec ses méthodes et ses enseignants (partiellement) spécifiques en allant jusqu’à une véritable fusion du primaire et du collège. Une clé du ressaisissement du système éducatif est certainement là.
    Hélas …

  3. Dubois Says:

    Oui, il faut rendre hommage et un grand hommage à la Cour des Comptes. Pourvu que ça dure !

    Vous avez raison de souligner que les analyses, les réformes concernent les organisations éducatives actuelles (le primaire, le collège, le lycée, le supérieur) et non les organisations à construire au-delà de ces créations historiques datées.

    Je suis frappé par exemple que la ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse, pense et agit par « case » pour tenter de réformer le 1er cycle de l’enseignement supérieur : plan licence, démocratisation de l’accès aux CPGE, protection inconsidérée accordée aux IUT et, depuis la semaine dernière, 10 propositions pour rénover le BTS.

    Pourquoi n’imagine-t-elle pas que ce serait mieux de mettre ces 4 filières dans un même établissement, qui organiserait le cycle licence (voie longue et voie professionnelle). Ces établissements, les Instituts d’enseignement supérieur, j’y consacre des chroniques sur mon blog d’EducPros. http://blog.educpros.fr/pierredubois/

    Cette réforme structurelle résoudrait en partie le serpent de mer de l’orientation et me semble le seul moyen de faire parvenir 50% de jeunes à l’obtention d’un titre de l’enseignement supérieur.

    Pour parvenir à ce taux de 50%, la seule marge de manoeuvre est le développement de l’accès des bacs pros au supérieur. On ne pas quand même pas les faire rentrer à l’université (4% seulement des bacs pros y obtiennent la licence en 3 ans) !

  4. VITTU Says:

    UN CHOIX DE SOCIETE :
    MON PAYS MON ECOLE

    JUSTE ET PERFORMANTE
    FORMER-EDUQUER-PROTEGER
    1. Les valeurs de l’école en Nouvelle Calédonie nous sont déjà définies : Laïque et confessionnelles. Cependant les valeurs culturelles imposées par notre géographie océanienne n’y sont pas suffisamment exprimées.
    2. Les missions de l’école à l’heure de la mondialisation sont de former et d’éduquer la nouvelle génération pour qu’elle puisse comprendre, s’épanouir et s’exprimer dans les valeurs d’un monde libre.
    3. L’école calédonienne doit tendre vers une égalité partagée et objective pour tous sans classification typologique ou communautaire.
    4. Une société libre avec des hommes et des femmes compétents et réfléchis prêts à assumer leur histoire et construire leurs destins.
    5. L’école doit s’approprier cette diversité, la respecter et la comprendre pour mieux la faire partager et l’enseigner démocratiquement.
    6. La société doit pouvoir accompagner l’individu tout au long de sa vie en lui garantissant la liberté de ses choix pour sa formation.
    LES RASSURER-LES ECOUTER- LES PREPARER
    APPRENDRE-COMPRENDRE
    CONTROLER-PRATIQUER-MAITRISER
    7. Pour motiver et faire travailler efficacement les élèves, il faut d’abord les connaître et les respecter ; Ensuite il faut être un bon pédagogue c’est-à-dire innover dans son approche méthodologique en accord avec l’auditoire.
    8. C’est au politique de décider et d’établir les structures nécessaires pour la formation et l’enseignement ; Il manque des lycées en brousse ; il manque des écoles spécialisées ; Il manque des centres et des pôles de recherches.
    9. Pour les valoriser, les voies de l’enseignement technologique et professionnel ne doivent déjà pas être dénigrées, ensuite aux politiques d’investir et d’établir des structures et des établissements équipés des derniers cris technologiques. L’enseignement agricole doit y trouver une noble place pour que les futurs agriculteurs et agents de l’environnement comprennent la complexité des sols calédoniens, leurs toxicités, leurs carences et assument la lourde tache de préserver et de protéger notre si riche biodiversité terrestre et marine déjà menacées. Et les métiers auxquels ils préparent ne doivent pas être uniquement des métiers de services…
    10. Il ne faudrait tout de même pas tout mélanger, la réussite de l’élève dépend de son travail et de la qualité de l’enseignement qui lui est dispensé. Etablir une relation de confiance et de respect entre tous les acteurs.
    11. En mettant en place des structures d’écoutes et de soutien adaptés à leurs besoins particuliers.
    12. En leurs apprenant les règles de civilités et de citoyenneté et en ne cautionnant pas les inégalités et les injustices sociales.
    13. En améliorant la qualité de vie des jeunes dans la société : Médiathèques, Centres culturels, plateaux sportifs adaptés, centre de loisirs, Skate park etc… Pour l’école passer à l’aire du numérique pour alléger les Kg des cartables, des cours de qualité dispensés à l’écoute de l’élève en attente d’explications et qui répondent à ses interrogations. La société calédonienne ne se résume pas à la société Nouméenne.
    14. En matière de santé, des cours sont déjà dispensés : c’est le rôle et le travail de l’enseignant des sciences du vivant. La santé passe d’abord par l’alimentation alors les repas des cantines doivent répondre aux exigences sanitaires et alimentaires. Moins de sel et moins de sucre ! L’obésité et le diabète sont les problèmes de santé majeure à l’heure de la mondialisation, de plus les populations océaniennes présentent une certaine prévalence.
    Les conduites à risques pour la jeunesse : Le risque fait partie de la vie et de l’apprentissage normal de l’adolescent mais c’est la violence de la société qui conduit aux catastrophes. L’homme a toujours été confronté à la dureté de la vie, aujourd’hui la société de consommation, de communication et de prostitution a modifié les comportements sociaux.
    Le rejet social tue, les pistes goudronnées tuent, l’alcool (référence culturelle) vendu par Hecto litre dans les magasins tue, Les armes tuent et elles sont facilement disponibles, les violences familiales tuent, les maladies de consommations tuent. Pourquoi ? Au Pénal de légiférer ! Garderons nous éternellement une société pénitentiaire ?

    DONNER DU MOUVEMENT A L’INERTIE
    ACCORDER-ANTICIPER-INOVER
    15. C’est le travail de ceux chargés de l’enseignement : Ministre, Recteur, Inspecteurs et au politique le devoir de mettre en œuvre et d’appliquer les orientations et recommandations élaborées en commissions. Les commissions doivent tenir compte des problématiques locales et sociales.
    16. Le statut de ses établissements est défini par les autorités compétentes…
    17. Comment l’école peut-elle optimiser l’utilisation de ses moyens ? En les améliorant et en les diversifiant c’est-à-dire en étant capable de se projeter dans le futur : INOVER
    18. En définissant tous ces critères, mais seule la compétence compte ! Les diplômes également ! Ne jamais tomber dans des critères raciaux ou religieux de recrutement … L’évaluation doit rester aux mains des inspecteurs, la formation des enseignants doit répondre à leurs attentes et leurs demandes, elle doit surtout être qualifiante pour leurs progression sociale et leurs permettre de partager leurs connaissances dans la compréhension des disciplines qu’ils enseignent.

    RESISTER C’EST CREER
    ENSEIGNER C’EST LIBERER
    S’ELEVER C’EST SAVOIR

    VITTU Valéry

  5. martine Says:

    Faire vraiment réussir tous les élèves….Un objectif de tous temps!Mais…

  6. Laura Says:

    Comment peut-on prétendre réformer le CAPES en demandant aux étudiants d’assimiler le programme en 2 mois?

  7. gérard corré Says:

    A propos d’un aspect du « système scolaire » rarement abordé, il y aura, je crois, matière à réflexion à l’Institut finlandais qui organise une exposition sur l’architecture des bâtiments scolaires, du 22 mars au 28 avril.
    http://www.institut-finlandais.asso.fr/programme/expositions/item/489-la-meilleure-ecole-du-monde

    Gérard Corré

  8. kit pédagogique Says:

    Il serait plutôt sympa d’aider des plateformes pour l’enseignement, créées par des entrepreneurs Français. Merci et bravo pour se bilan !

Leave a Reply