Discours anniversaire des 30 ans de l’INT
Mesdames, messieurs, chers collègues, un anniversaire et les célébrations qui l’entourent, c’est parfois un peu nostalgique. On vous dit : « Souvenez-vous, il y a trente ans… ». Moi ce soir j’ai plutôt envie de vous dire : « Imaginez-vous, dans trente ans… ».
Je vous propose de rêver avec moi pendant quelques minutes à ce que sera Télécom Ecole de Management en 2039. D’ailleurs cela ne me coûte de rien de rêver puisque, personnellement, je ne devrais plus être là. Sauf que… Avec les progrès de la science, je serai peut-être encore là dans trente ans (il se peut que ce soit une mauvaise nouvelle pour certains, j’en ai conscience…). L’école aussi sera là, et ça c’est le plus important. Télécom Ecole de Management alors, pourrait alors rassembler à ça…
En 2039, j’aurais annoncé la fermeture de nos campus de Dubaï, SanPaulo, après de nombreuses années de bons et loyaux services. En effet, avec nos plateformes d’enseignement à distance, nos salles de classe toutes équipées de murs de téléprésence 3D, nous sommes capables d’assurer notre mission pédagogique dans le monde entier, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, rendant obsolètes ces campus à l’étranger.
Nous enseignons et nous diffusons nos cours dans tous les pays du globe, même si l’essentiel de notre activité est tournée vers les pays d’Asie. Depuis le déclin économique, culturel et académique du monde anglo saxon, c’est là que se trouvent nos principaux partenaires. Ce n’est pas toujours simple, d’ailleurs. Et le service Communication de ces années 2030 a fait grise mine quand je leur ai annoncé qu’il faudrait maintenir une version malaisienne du site de l’école en plus des versions chinoises, japonaises, coréennes et vietnamiennes déjà en service.
En 2039, j’aurai la joie de prononcer mon 35e ( ?) discours de rentrée. Une rentrée toute particulière, puisque parmi nos 2000 nouveaux étudiants, je souhaiterai la bienvenue à notre première promotion de robots. Avec les progrès de l’intelligence artificielle, ils sont devenus autonomes. Mais ils doivent encore apprendre à interagir avec les humains. Et ce sera une des spécificités supplémentaires de Télécom Ecole de Management, ou à côté des cours liés aux systèmes d’information, nous aurons des cours en management des intelligences artificielles,. Des robots rapidement appréciés au sein de cette école : ils sont tous en apprentissage, ils travaillent toutes les nuits en entreprise à distance - ce qui ne les empêche pas d’étudier ensuite toute la journée. Et en plus ils ne consomment que quelques gouttes d’huile lors des soirées étudiantes…
Ce discours de rentrée, je le prononcerai dans notre NTGA, notre nouveau-très-grand-amphi. Il aura été construit à la place des parkings que les progrès des transports en commun auront rendus inutiles. Et oui, vous viendrez en vélo, chers collègues, en tramway, en navettes électriques. Mais sachez que l’implantation de ce très grand amphi aura été délicate. Avec ses toitures végétalisées, sa construction en coques concentriques lui permettant de réguler de façon autonome la température intérieure, il rompt avec le reste des bâtiments existants. Surtout que l’Unesco, quelques années plus tôt, aura inscrit au patrimoine mondial nos locaux, les décrivant comme, je cite le rapport « un témoignage exceptionnel et vibrant de l’architecture urbaine des années 1970 »…
En 2039, on surveillera toujours attentivement la publication des classements. En espérant ne pas revivre la déception du classement 2038, où l’école avait été classée 3e, une contre-performance à laquelle nous n’avions pas été habitués.
Vous allez me dire, je sombre dans l’angélisme. C’est faux. Tout ne sera pas rose et je dois vous annoncer une nouvelle difficile… En 2039, le restaurant du campus ne servira plus que des repas végétariens. Parce que la production de viande c’est très consommateur d’énergie et cela provoque beaucoup d’émissions de gaz à effet de serre. Nous serons donc condamnés à la discrétion, nous autres membres de la Confrérie des amateurs de viande rouge. Et nous devrons organiser dans le plus grand secret nos grillades parties clandestines sur les BBQ situés derrière la médiathèque.
Une médiathèque-musée, d’ailleurs. Base documentaires en lignes, livres électroniques ont été généralisés et les rayonnages remplacés par un parc de serveurs informatiques, à l’exception de quelques mètres carrés consacrés à l’histoire, où sous sa cloche de verre un antique minitel nous rappelle ce qu’était le monde avant la révolution des TIC.
En 2039 enfin, nous fêterons un double événement. Tout d’abord les 60 ans de l’école d’une part. Et aussi notre premier Nobel d’économie attribué à l’un de nos enseignants-chercheurs, encore mieux, à l’une des nos chercheuses, pour la qualité de ses travaux.
Je ne sais pas si le futur de l’école, notre futur, ressemblera à ça. Je crois que c’est John Maynard Keynes qui disait « les prévisions sont particulièrement difficiles surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir ». Ce que je sais c’est que si nous voulons que les choses changent, que notre école grandisse, qu’elle accompagne l’évolution de la société, qu’elle la guide même, et non pas qu’elle la subisse, il faudra travailler dur, très dur, il faudra travailler ensemble, pour qu’en 2039, et j’espère que nous serons tous très nombreux à pouvoir être présents, nous soyons fiers de cette école, du chemin parcouru, comme nous le sommes aujourd’hui. Je vous souhaite une excellente soirée.
Discours écrit grâce à l’inspiration de Michel Berne et Antoine Cheret
ouvrir