L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

L’université est-elle faite pour faire réussir les étudiants?

La réussite des étudiants à l’université était l’un des axes de réflexion retenus par les récentes Assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. La majeure partie des propositions ont tourné autour d’un leitmotiv lancinant : l’université ne peut assurer la réussite des étudiants par manque de moyens. Un constat s’impose cependant : les millions d’euros investis ces dernières années dans le Plan Réussite en Licence n’ont pas généré de rebond spectaculaire des statistiques de réussite. L’échec en première année de Licence touche toujours plus de 50% des étudiants. Le taux de réussite à la licence en trois ans est passé de 38,7% à 33,8% entre 2006 et 2011.

On peut poser peut-être la question autrement : l’université est-elle faite pour faire réussir les étudiants ? La question mérite d’être posée, face à la consistance avec laquelle l’enseignement supérieur génère l’échec de ses étudiants. Le modèle d’une université alliant recherche de haut niveau et enseignement de masse, pour séduisant qu’il soit sur le papier, n’est peut être plus complètement adapté aux exigences actuelles. Une université arcboutée sur des certitudes séculaires, persuadée que ce sont les étudiants qui doivent s’adapter à elle et non l’inverse, que la prise en compte des « étudiants réels » entraînerait une insupportable baisse du niveau de formation, n’est pas en situation de penser la réussite des étudiants comme un objectif premier. L’idée est plutôt de sélectionner ceux qui pourront, au-delà des premières années d’écrémage, bénéficier des enseignements prestigieux issus des produits de la recherche. Ceci entraîne une conclusion claire : si l’université, structurellement, génère de l’échec, lui donner davantage de moyens ne fera guère qu’aggraver le problème…

Il ne serait pas hors de propos je pense de réchauffer quelques antiennes, du temps où l’enseignement secondaire était lui aussi confronté à un échec massif. On disait à l’époque que l’objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat était certes généreux, mais évidemment utopique. On disait aussi que l’échec scolaire naissait d’une indifférence aux différences, de l’incapacité des élèves à donner du sens à une culture scolaire si éloignée de leurs représentations, que les élèves ne pouvaient guère respecter une Ecole qui ne se respectait pas elle-même, et ne leur accordait à eux-mêmes aucun respect.  L’université en est là, point par point. Les mêmes objectifs généreux, la même massification, la même hétérogénéité, la même indifférence aux différences, et le même échec, colossal, insupportable.

Parlons du respect. C’est d’abord le respect que l’étudiant peut éprouver à l’égard de son université et des études qu’il y poursuit. Je ne m’attarderai pas ici sur les bâtiments délabrés, le mobilier avachi et le matériel désuet. Ni sur les enseignants aux salaires misérables. Mais il faut admettre que les étudiants doivent avoir quelques difficultés à respecter une institution aussi dépréciée.

La simple manière avec laquelle l’université valide ses diplômes ne peut que susciter un profond mépris de la part des étudiants. Je parle de la sacro-sainte règle de compensation générale, rappelée par l’arrêté du 1er Août 2011 : un diplôme est obtenu à la moyenne générale, avec compensation des enseignements à l’intérieur des unités d’enseignement, des unités d’enseignement à l’intérieur des semestres, et des semestres dans l’année. Ces diverses modalités de compensation peuvent paraître favorables aux étudiants. Cependant il me semble qu’obtenir un diplôme au prix d’impasses, de stratégies d’évitement, ne peut être vécu réellement de manière positive. L’essentiel n’est pas de décrocher un diplôme, mais bien un passeport pour l’emploi et des compétences reconnues.

Je pense que par respect pour les étudiants, chaque UE constitutive du diplôme devrait être acquise de manière séparée. On peut penser que cette organisation de l’évaluation permettrait aux étudiants d’avoir davantage de respect pour leur formation et leurs diplômes. C’est aussi leur montrer du respect que de ne pas autoriser des parcours qui pourraient s’apparenter à de l’évitement ou de la triche. On peut aussi penser que c’est accorder davantage de respect aux enseignants, car chaque enseignement est alors jugé important, non compensable. Peut-on par exemple accepter qu’en STAPS, une bonne note en athlétisme puisse compenser une incurie en biomécanique ? Par ailleurs, on peut faire le pari qu’un diplôme attribué sur ces principes, pour peu qu’une communication soit assurée, serait davantage considéré par le milieu professionnel.

C’est d’ailleurs ce que suppose l’approche par compétences, promue par le même arrêté du 1er Aout 2011. Chaque UE acquise devrait attester de l’acquisition d’une compétence clairement circonscrite. Le problème des compétences, c’est que justement on ne peut envisager qu’elles puissent se compenser entre elles. Si l’on construit les diplômes sur la base des compétences requises pour une insertion réussie dans un domaine professionnel donné, c’est bien toutes les compétences qui doivent être acquises, de manière indépendante. Si nous formons de futurs enseignants, une bonne maîtrise de la matière enseignée ne peut compenser une incompétence pédagogique face aux élèves. C’est pourtant ce que suppose ce fameux principe de compensation.

Dans le même ordre d’idée, le fait que le redoublement soit de fait à l’université un droit inaliénable frise l’hérésie. Un étudiant ne faisant aucun effort pour progresser et obtenir son diplôme peut impunément polluer les formations pendant des années, souvent au détriment d’autres étudiants plus méritants. Le redoublement n’est évidemment pas à bannir. Chacun doit avoir droit à des échecs temporaires, à des réorientations difficiles. Mais tout cela doit être envisagé dans le cadre d’un dialogue entre l’étudiant et l’équipe pédagogique, et sur la base d’un projet professionnel. Face à une absence manifeste de motivation et d’investissement, les enseignants devraient avoir le droit de s’opposer à la poursuite des études dans leur établissement. Je défends ici une idée assez simple : un diplôme se mérite. Une université où l’étudiant a davantage de droits que de devoirs ne peut être un lieu de réussite. Elle pourra sans doute remplir les services des enseignants et les emplois du temps des étudiants. Mais si l’on veut parler de formation, on sera bien loin du compte.

L’objectif récemment affiché d’amener 50% d’une classe d’âge au niveau Licence est tout aussi délicieusement déraisonnable que celui de 80% de bacheliers, avancé par Jean-Pierre Chevènement en 1985. Bien sûr cet objectif n’a jamais été atteint et a été officiellement abandonné en 2002. Néanmoins nous sommes passés de 30% de bacheliers en 1985 à près de 70% aujourd’hui. On dira bien sûr que le niveau du baccalauréat a tellement baissé que ces chiffres ne veulent pas dire grand chose. C’est proprement ridicule. On peut admettre que le niveau moyen d’un bachelier soit plus faible aujourd’hui qu’il y a trente ans. Mais on ne peut nier le fait que le niveau moyen de la population s’est singulièrement élevé. Il a fallu pour cela accepter de différencier les voies d’accès au baccalauréat (notamment avec la création des baccalauréats professionnels). On a aussi sans doute commis l’erreur de déprécier trop vite des voies de formations plus courtes, comme les CAP et les BEP. Mais dans l’ensemble, il s’agit d’une remarquable réussite de l’enseignement secondaire.

L’université est aujourd’hui confrontée à un défi similaire. On ne saurait trop lui conseiller de se souvenir de la manière dont l’Ecole a su se transformer en son temps. Les résistances du bastion universitaire seront sans doute plus ardues à dépasser. Il faut que l’université change ses représentations à propos de ses missions, et des besoins des étudiants qu’elle accueille. Il est tout aussi nécessaire que les étudiants changent leurs représentations vis-à-vis de l’université et de son système de formation. Sans de profonds changements dans les mentalités et les structures, dont nous avons ici tenté de jeter quelques orientations, il est sans doute vain d’espérer des résultats spectaculaires. Et il est urgent de se convaincre que les moyens financiers n’y suffiront pas.

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Commentaires (8)

  1. Patrick

    Bonjour,

    avec 80% de bacheliers, on change la population d’étudiants qui rentrent à l’université. Avec cette politique de 1985, on a tout simplement déplacé le problème de l’échec du lycée vers l’université. Donc soit l’université fait comme le lycée:
    – baisse du niveau
    – création de diplomes très professionnels (peinttre en batiment, carrossier, coiffure,…) dans la lignée des thématiques du lycée

    soir elle met un examen d’entrée qui permettra de sélectionner les étudiants, et donc d’augmenter son taux de réussite. L’université est la seule formation supérieure non sélective.

    L’erreur vient du fait qu’on fait jouer 2 roles différents au bac:
    – certificat de fin d’études secondaires
    – passeport d’entrée à l’université

    Ma solution:
    – controle continu total au lycée pour l’obtention d’un certificat de fin d’études.
    – les étudiants qui veulent faire des études supérieures passent un examen national sur 3 matières seulement. Ces matières sont exigées par les universités en fonction des études envisagées: exemple: math-physique-chimie si on veut faire des sciences.
    Ainsi non seulement les étudiants qui rentrent à l’université auront le niveau requis, mais on fait des économies sur l’organisation du bac puisque chaque élève ne passerait plus que 3 épreuves nationales. Le bac ne serait donc plus une usine à gaz. L’année scolaire serait ainsi rallongée.
    Que du positif !

    Bonne journée !

  2. Didier Delignières (Auteur de l'article)

    Merci pour ce commentaire.
    Ces idées bouleversent deux dogmes bien établis:
    – le baccalauréat est le premier diplôme de l’enseignement supérieur (et pas le dernier de l’enseignement secondaire)
    – l’entrée a l’université est un droit pour tout titulaire dudit baccalauréat
    Il est sans doute utile de réinterroger ces postulats de départ pour reconsidérer le rôle de l’université

  3. Viviane Micaud

    Je suis globalement d’accord avec ce qui a écrit Patrick. Pour pouvoir suivre des matières littéraires, il y a nécessité d’avoir un minimum d’acquis. Il a 99,6% d’échec pour les bacs pro qui essaient les filières littéraires à l’université. Parce que la capacité d’écrire une dissertation suivant les codes artificiels de rédaction des littéraires, est une compétence qui s’apprend dans la durée et 99% des titulaires d’un bac pro ne l’ont pas.
    C’est la même chose pour les filières qui nécessitent un outillage en mathématiques ou en mathématiques appliquées à la description des phénomènes physiques. Ces concepts s’apprennent dans la durée. Certains comme ceux nécessaires à la physique quantique demande une aptitude à la logique que tout le monde n’a pas. S’il faut interdire que la capacité d’écrire suivant les codes artificiels de rédaction littéraire, ou le niveau en maths soient un critère de sélection là où ils ne sont pas utiles, il faut le remettre quand c’est indispensable.
    Dans certaines universités, le master de physique quantique ne prévoit pas la mise en équation des phénomènes étudiés alors que c’est un des fondamentaux du domaine. Un néophyte a posé la question : Alors comment il se débrouille en doctorat ? Réponse : Il ne sont pas pris en doctorat car ils n’ont pas la compétence pour le réussir. Question suivante : A quoi sert donc ce Master. Réponse : Rien puisqu’il n’y a pas de débouché de l’industrie, et personne ne les prend pour la recherche.
    Les épreuves nationales du baccalauréat devraient permettre de vérifier des acquis sur des pré-requis fondamentaux : capacité de rédiger suivant les codes artificiels de la rédaction littéraire (pour l’accès aux filières littéraires), Maths (niveau nécessaire au filière économique et certaines filières scientifiques), Maths (niveau nécessaire aux filière scientifiques exigeantes), Physique (mise en équation des phénomènes physique). Il y aurait une obligation de justifier le niveau du prérequis par rapport au besoin de l’apprentissage pour chaque filière. Pour aller en Histoire, il faut savoir rédiger suivant le codes artificiels de la rédaction littéraire. Pour aller dans une filière scientifique, il faut savoir rédiger une démonstration suivant une structure logique et sans faute de grammaire et d’orthographe. Savoir questionner la question en faisant des paragraphes équilibrés est inutile pour les études scientifiques. Par contre, il devrait être interdit de réserver une formation en économie ou sciences sociales de l’université à ceux qui ont le niveau mathématiques exigeant, car il n’y a pas de nécessité.
    La remise à niveau sur les matières nationales du bac devrait être dans l’offre des université pour ceux qui ne les ont pas acquis pendant les années lycée.
    Pour mon avis sur le bac, je vous invite à regarder le billet sur mon blog Mediapart.

  4. Patrick

    Les dogmes sont faits pour être bousculés… 😉 Sinon, il n’y aurait pas de progrès.
    Mais ce que je propose ne remet pas en cause ces dogmes puisque l’examen sur les 3 matières sélectionnées serait le baccalaureat, puisque premier examen d’entrée à l’université.
    Avec l’existence d’un certificat de fin d’études, on résoud tous les problèmes:
    – 80% d’une classe d’âge
    – controle continu, et non couperet en fin d’année. Le controle continu prend de plus en plus d’importance, ce qui est une bonne chose. Par contre, il peut laisser place à des différences de traitement entre les élèves selon les lycées.
    – lourdeur de l’organisation du bac

    Etc…

  5. Didier Delignières (Auteur de l'article)

    Un examen d’entrée à l’université… ça me rappelle l’examen d’entrée en sixième. Je dois dire que j’ai du mal à adhérer à une système qui orienterait par la sélection et l’exclusion. Et puis l’image que vous donnez de l’université me semble extrêmement simpliste: lettres, sciences, économie. L’université est beaucoup plus complexe. Dans mon UFR j’accueille des Bac Pros et des BAc S mention Bien. Nous essaierons de donner à tous des voies de réussite, du BAC+2 au BAC+8.
    En fait, je crois plus aux vertus de l’orientation active: des lycéens qui connaissent l’université, qui savent en lire les exigences, et qui choisissent en connaissance de cause les formations qui leur conviennent Il faudrait pour cela que l’orientation deviennent un véritable enseignement. L’université développe ce type de démarche avec les enseignement de projet personnel et professionnel.

  6. Patrick

    Le bac est par définition l’examen d’entrée à l’université. Les présidences de jury de bac sont là pour nous le rappeler. Sauf que comme on a voulu aussi en faire un « certificat de fin d’études », on l’a complètement dénaturé. Didier, comme vous l’indiqué, ce qui semble marcher pour votre UFR ne marche pas du tout pour les études scientifiques (je parle en connaissance de cause), et c’est partagé par tous les collègues. Il ne s’agit pas de sélectionner sur des critères obscures mais de s’assurer que les étudiants ont les prérequis pour pouvoir suivre dans la filière de leur choix. C’est le minimum, et c’est ce qui se fait partout ailleurs. Les jeunes qui sortent du lycée et qui finissent à l’université dans des filières scientifiques sont ceux qui n’ont pas pu faire médecine ou faire prépa. Les filières vraiment sélectives récupèrent les premières moitiés de classe. Si les filières universitaires ne peuvent pas (filière par filière) s’assurer que les élèves ont les pré-requis pour suivre, alors il n’y a aucune chance d’améliorer les taux de réussite en licence.
    L’autre solution, que j’ai proposé dans mon université, est de faire une licence en 4 ans, mais sans augmenter le programme. Ca permettrait aux étudiants de combler les lacunes la première année et avoir un vrai niveau de licence à la sortie.
    Certaines universités allemandes qui étaient passées à une licence en 3 ans à cause des accords de Bologne ont fait marche arrière et sont revenues à une licence en 4 ans. Elles ont nettement amélioré le niveau des étudiants tout en augmentant les effectifs. Car les étudiants souhaitent également recevoir une meilleure formation.

  7. bensikaddour habib

    Je suis globalement d’accord avec ce qui a écrit notre amis .
    l’entrée a l’université est un droit pour tout titulaire dudit baccalauréat
    donc L’université elle et pour tous le monde du point de vue culturelle et socioéconomique
    mes le point de départ c’est bien que
    l’Université-fondé méthodologie pour identifier les besoins du marché du travail avant l’introduction de nouveaux programmes d’études en vue de contribuer à son développement.
    Il y a l’ Auto enthousiasme est le point de départ pour l’étudiant
    souvent les étudiants Répète plus, et fréquenté leurs langues: Nous perdons notre enthousiasme pour l’étude
    Il n’y a pas qui me motive ou m’encourager à étudier», ce qui est presque la seule excuse pour tout problème lié à l’étude.
    Et la Diversification de la spécialisation et la méthodologie pour identifier les besoins du marché du travail aurez mis les pieds sur le bon chemin d’étudiant à prendre des mesures plus importantes dans la voie de la réussite et de progrès universitaire et la vie en général

  8. Étudiant de gestion

    Le ministère de l’éducation devrait être un peu plus regardant sur le contenu des cours. Dans bien des licences et masters, le programme semble prometteur, avec souvent des termes anglais pour donner bonne impression. Toutefois, quand vous regarder le contenu du cours, je veux dire ce qu’on vous apprends concrètement … eh bien concrètement, c’est beaucoup de blabla et peu de choses utiles pour votre vie professionnelle !

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