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Les Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education : Avis de tempête sur la formation des enseignants

Le ministère de l’Education Nationale a annoncé la création prochaine des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education (ESPE), structures destinées à piloter les formations initiales et continues aux métiers de l’enseignement et de l’éducation. Le formatage de ces ESPE n’est pas encore clairement défini, mais il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour envisager les remous qui accompagneront leur naissance.

Il est clair notamment que la création des ESPE consacre le retour des IUFM, massacrés par le gouvernement Sarkozy. Bien sûr, on répète à l’envi que les ESPE ne sauraient être des IUFM bis, vaguement ripolinés. Il s’agit de créer un nouveau concept, assurant la réussite de la mastérisation tout en permettant une réelle formation professionnelle des futurs enseignants. Il n’en demeure pas moins que les IUFM, institutions et personnels,  seront candidats pour investir ce nouvel espace.

Juste retour des choses, sans doute. Les IUFM ont été accusés de tous les maux, et surtout de « pédagogisme », un terme qui ne veut rien dire mais qui exprime une méfiance communément partagée par tous ceux qui estiment que l’éducation est avant tout affaire de bon sens, et que des intellectuels qui théorisent l’enseignement ne peuvent déboucher que sur des raisonnements tordus, auxquels les bonnes gens ne peuvent rien comprendre. La mastérisation a été un bon prétexte pour déposséder les IUFM de la formation des enseignants, considérant que seuls les UFR disciplinaires étaient capables de construire des formations de niveau master, adossées à la Recherche, et assurant la maîtrise des savoirs enseignés.

Je conçois que les IUFM aient été profondément meurtris pas les conséquences de la mastérisation. Même si les conditions de fonctionnement des masters « Enseignement » sont très variables d’une académie et d’une discipline à l’autre, le plus souvent ils ont perdu la main sur les masters préparant aux métiers de l’enseignement secondaire, ne conservant que les masters visant l’enseignement primaire ou les fonctions non enseignantes du secondaire (CPE).

D’un autre côté, les UFR disciplinaires se sont attachés à donner du corps à la mastérisation, en proposant des masters « Enseignement » adossés à la Recherche, spécialités intégrées dans des offres de formation plus larges, permettant réorientations et passerelles pour les étudiants en difficulté. Evidemment, viser simultanément au cours des deux années de master la préparation aux concours et la formation professionnelle reste une mission quasi impossible. Je pense que si le Ministère avait eu la sagesse de s’en rendre compte, la mastérisation aurait été une réussite (voir mon post Mastérisation et formation des enseignants: Plaidoyer pour un pré-recrutement en Licence).

Dépossessions, humiliations, affrontement de légitimités contradictoires, tout est réuni pour composer un cocktail explosif dans les mois à venir, surtout si l’on annonce tout de go que les futures ESPE envisagent de piloter les masters « Enseignement », et l’ensemble de la préprofessionnalisation au niveau Licence (voir le billet de Patrick Demougin du 25/09/2012). A la naissance des ESPE, l’eau du bain risque d’être saumâtre.

Je ne sais pas ce dont accoucheront les discussions actuelles. Mais j’ai du mal à concevoir que les ESPE puissent être des composantes universitaires à part entière, en ayant par ailleurs des directeurs nommés par le ministère, et en ayant pour mission d’assurer la cohérence des politiques menées par l’université et l’employeur (voir le billet de Jean-Louis Auduc du 27/08/2012). Quant à promouvoir la recherche en Education, comment en aurait-elle les moyens ? L’excellence de la recherche ne se décrète pas.

Les ESPE pourraient être des lieux de coordination, sur le mode des Ecoles Doctorales dans le domaine de la Recherche. Encore faut-il qu’elles puissent d’emblée acquérir dans leur domaine une légitimité similaire à celle des Ecoles Doctorales dans le leur. Tout cela dépendra de la manière dont leur création sera négociée et préparée. Mais quand je vois comment la mastérisation et la question de la place des concours sont actuellement gérées, j’ai quelques angoisses…

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