L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

Le Master Mention MEEF : encore une fausse bonne idée…

La volonté du Ministère de regrouper les masters enseignements dans une mention commune « Métiers de L’Enseignement, de l’Education et de la Formation » (MEEF) semble a priori intéressante. On imagine sans peine le montage initialement prévu : la mention concerne tous les métiers de l’enseignement, et regroupe des spécialités disciplinaires (Mathématiques, Physique-Chimie, Lettres, l’Education Physique et Sportive, etc.). Un tronc commun portant sur des contenus transversaux, pédagogie, sciences de l’éducation, psychologie de l’enfant, etc., et des enseignements de spécialité centrés sur la maîtrise de la discipline enseignée. Jusque là, tout va bien.

Mais si l’on regarde le problème du côté de la logique universitaire qui a présidé depuis l’instauration du LMD à la construction des offres de formation, quelques interrogations émergent. Un des principes majeurs est celui d’éviter la tubularisation, et de permettre des réorientations à l’intérieur des mentions. Les masters disciplinaires comprennent généralement un tronc commun scientifique et méthodologique que se partagent toutes les spécialités regroupées dans une mention. Chaque spécialité propose ensuite des enseignements plus spécifiques, centrés sur la maîtrise d’un domaine professionnel particulier. En cas d’échec, ou de changement de projet, l’étudiant est sensé pouvoir naviguer d’une spécialité à l’autre. Dans nos masters STAPS, un étudiant engagé dans un master « Activité Physique Adaptée » peut se réorienter éventuellement dans un master « Entraînement Sportif » ou encore « Enseignement de l’Education Physique et Sportive ». C’est toute la puissance de cette idée de Mention : identifier un domaine professionnel, une communauté de métiers qui partagent une base commune de formation.

Quid de la Mention « Métiers de L’Enseignement, de l’Education et de la Formation » ? On peut dire en effet qu’elle est basée sur l’identification d’un domaine professionnel bien cerné. Mais imagine-t-on qu’un étudiant échouant dans la spécialité Education Physique et Sportive puisse se réorienter vers l’enseignement des mathématiques ? L’inverse serait tout aussi cocasse… J’ai trop de respect pour l’enseignement des disciplines pour envisager le métier d’enseignant comme un ensemble de compétences transversales, flottantes, qui permettraient de s’accommoder d’une maîtrise minimale des contenus enseignés.

On peut penser que ces problèmes de réorientation restent marginaux. Actuellement les étudiants échouant au concours bénéficient le plus souvent d’une seconde chance (redoublement, DU, préparations au concours) et le plus souvent décrochent le concours à leur seconde tentative. C’est vrai dans un contexte où l’on peine parfois à attirer suffisamment de candidats pour pourvoir tous les postes ouverts aux concours. Mais on peut revenir rapidement à une situation que l’on a connue voici quelques années, où l’on pouvait avoir pour certains concours 10 candidats pour un poste. Que deviendraient alors les 90% d’étudiants qui échoueraient au concours en M1 ? Dans l’hypothèse de spécialités chapeautées par une mention MEEF, ils ne pourront guère que reprendre à zéro un master dans leur mention d’origine, ou tenter de négocier sur le marché du travail leur première année de master « Enseignement ». A-t-on pensé au coût social que cela pourrait représenter ? On aura compris que les Masters « Enseignement », par respect pour les étudiants, sont davantage à leur place dans les mentions de leurs disciplines universitaires.

On aurait sans doute pu éviter ces problèmes de réorientation, soit en laissant le concours dans un M2 sélectif, soit comme nous le préconisions en optant pour un concours précoce en Licence (http://blog.educpros.fr/didier-delignieres/2012/11/17/masterisation-et-formation-des-enseignants-plaidoyer-pour-un-pre-recrutement-en-licence/). Mais il semble que l’on ait préféré la solution la plus défavorable en plaçant le concours en M1.

 

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Commentaires (7)

  1. Sirius

    J’approuve totalement vos propos sur les deux points principaux.
    La sélection en fin M1 est absurde et considérer les compétences pédagogiques comme le tronc commun (la mention) et les compétences disciplinaires comme spécialité l’est tout autant.
    L’armature intellectuelle d’un étudiant lui est donnée par sa discipline principale, il peut ensuite la mobiliser dans divers métiers, dont l’enseignement.
    L’organisation prévue des MEEF va produire un immense gâchis social.

  2. Romain

    Bonjour, je suis étudiant en M1 MEEF PC, nous sommes actuellement en discussion avec notre ESPE car ce dernier refuse de donner la possibilité aux étudiants ayant validé leur master mais échoué au concours de refaire une préparation concours comme en M1, Ils veulent nous faire passer dans un M2 de substitution dans lequel il n’y aurait qu’une seule UE de disciplinaire. Or on voit bien que dans le concours du CAPES, le disciplinaire reste encore majoritaire.

    La solution est pourtant possible et évidente : les étudiants pourraient s’inscrire dans une prépa capes qui serait composée des UE du master MEEF et cette formation serait non diplômante.

    c’est pour cela que nous avons fait une pétition pour nous faire entendre, est ce possible de la diffuser ?
    http://www.petitions24.net/m1_meef_sauvons_notre_preparation_au_concours

  3. Didier Delignières (Auteur de l'article)

    Bonjour,

    J’ai mis le lien vers votre pétition dans un nouveau post http://blog.educpros.fr/didier-delignieres/2014/05/23/masters-enseignement-les-recus-colles-suite/

  4. Phil

    Bonjour, actuellement en master MEEF 1, dans le but d’une reconversion professionnelle à plus de 40 ans, je suis très déçu. Diplômé niveau licence en sciences de l’éducation il y a quelques années et expérimenté auprès d’enfants en difficulté scolaire je suis tombé de haut en arrivant à l’ESPE. L’organisation est brouillonne et le contenu des cours est écartelé entre la prépa concours et le master. Le niveau master est inférieur à ce que j’ai fait en licence, la moitié des profs est incompétente en didactique et pédagogie voir relève de maison de repos Mgen. Les intervenants externes lancent des pavés dans la marre en dénonçant les défauts du systeme et rien n’est fait ensuite pour approfondir le sujet ou font des conférences sans interêt sinon de faire leur show narcissique de chercheur en mal de reconnaissance. Des TD ( travaux dirigés ) sont transformés en cours magistraux de collège par des profs de collège censés nous enseigner la didactique disciplinaire de l’école élémentaire mais totalement incompétents et inexpérimentés dans ce domaine et se contentant de faire du frontal en nous traitant comme des ados. Posez une question précise de didactique comme par exemple sur un biais dans un énoncé et vous voilà ignoré, posez une question psychot-cognitive…bien sûr il y a d’excellents profs mais ils ne sont pas majoritaires. Dans le temple de la formation à la pédagogie et didactique on devrait trouver les meilleurs spécialistes, forts d’expérience de terrain… D’autant que la formation continue coûte plusieurs milliers d’euros. Les notes et examens sont fantaisistes, même le concours blanc compte en partie pour le master !?
    Et il y a aussi le système de bureau virtuel, mal ficelé, pas du tout ergonomique pour mettre à disposition des étudiants des dossiers, infos…compensé par des groupes google, dropbox, facebook…un vrai foutoir. Bref, c’est assez décourageant. Fort heureusement les stages en école remotivent car ils sont loin de cette irréalité et en 2x 15 jours ils nous apprennent dix fois plus que les cours.
    Et petit problème, le concours à préparer..Ne vaudrait-il pas mieux obtenir un master ailleurs et passer le concours avec une prépa personnelle. Autre question de fond : est-il pertinent de recruter des étudiants de haut niveau universitaire ( spécialisés) de 23 24 ans qui sont censés devenir des enseignants polyvalents pour former des citoyens alors qu’ils sont inexpérimentés et non polyvalents professionnellement, ce qui donne des étudiants passifs en cours ?…Cette désillusion est assez difficile à vivre et démotivante pour bosser ce master et le concours…

  5. Nini

    Bonjour,

    Même constatation. Cette année j’ai préparé le master meef 1er degré. J’ai validé toutes les matières sauf les maths semestre 2. Malgré cela, j’ai la moyenne aux deux semestres et à l’année. J’ai suis également lauréate au concours mais l’ESPE refuse catégoriquement de nous faire passer en m2 sous prétexte qu’on a pas validé les maths. Beaucoup d’élève de cet ESPE sont dans le même cas que moi. Nous avons discuté avec le président du jury, président de la fac… mais rien à faire. On nous force à redoubler une année entièrement validée. Nous sommes totalement découragés! Je préfère passer par une autre filière pour valider un bac+4 pour pouvoir être fonctionnaire stagiaire l’année prochaine. Est-ce possible?

  6. yukiz0ra

    Bonsoir,

    Moi aussi j’ai fais un master 1 Meef ,très déçu de cette formation, ce qu’à dit « phil » reflète la réalité qui sévit encore en 2015.
    De ce fait ne souhaitant pas refaire un M1 meef , je me suis renseigné et je n’ai rien trouvé qui empêche de passer un autre master (type recherche).
    Donc tu peux très bien repasser un M1 recherche à la fac ,car du moment que tu as un master tu peux aller en M2 c’est tout ce qui a savoir !
    Maintenant il faut penser aux fait que l’ ESPE peut te créer des difficultés si tu souhaite aller en M2 Meef renseigne toi avant.
    Mais là aussi normalement tu peux devenir professeur titulaire en ayant un M1 et un M2 autre que Meef + un concours ;
    A cette issue , il faudra juste passer le B2/CLES en langue et le C2I2E ce qui est normalement possible à la fac.Et pour le C2IE2 tu auras 3 ans pour le passer à partir du moment où tu seras en poste.

    http://www.education.gouv.fr/cid51268/conditions-inscription-concours-externe-capes.html

  7. babar

    témoignage espé nanterre- sufom meef1
    Avant de m’inscrire en MASTER MEEF 1 au SUFOM de Nanterre j’ai cherché des infos mais je n’en ai trouvé aucune. C’est sùr que quand on arrive enfin au bout, on a juste envie de l’oublier…
    Je me suis donc inscrite la bas, par facilité. Grossière erreur. Tout commence le 3 septembre : réunion de pré rentrée : on nous informe le jeudi aprèm dans cette fameuse réunion qu’on n’aura pas d’emploi du temps ! Les cours commencent lundi matin à 9h et là on saura dans quelle classe on est et l’emploi du temps de la semaine seulement. Oui, ca change toutes les semaines et il faut passer devant l’affichage le vendredi pour la semaine d’après car le jeudi ce n’est pas fiable. Je cite là . 1ere grosse dose de stress de l’année. Si vous travaillez, vous avez des enfants à faire garder, ou vous pensez avoir droit à une vie en tant qu’être humain : ca va être très compliqué.
    (Cela n’est pas le cas dans toutes les espe, renseignez vous !)
    Sachant que dans une même journée ou du jour au lendemain ca ne dérange pas « les incompétents des bureaux » de rajouter 2heures de cours. On finissait à 17h, ah bah non on fini à 19. Bien sur il faudra toujours aller regarder les affichages car envoyer un mail c’est hors compétence/ intérêt des incompétents dans les bureaux.
    Sans compter les erreurs constantes, les cours fantômes : en gros il y a cours, vous venez, vous attendez (parfois 5h de trous dans la journée) mais le prof n’est pas au courant/ ou a annulé le cours il y a des jours…mais barrer l’affichage, ça aussi c’est difficile. Et ça c’est quand il y a des profs. Ah oui car beaucoup galèrent pour se faire payer donc les profs des départements de la fac refusent de venir donner cours au Sufom. Je parle de cours préparant au concours quand même… stress énorme. Les cours d’options pour l’oral sont sensés commencer en janvier, or pour certaines classes ils commencent fin avril/ début mai : au moment des écrits du concours et des partiels. Et ca c’est tout les ans. Je précise car on nous a quand même dit : « ah votre classe vous n’avez pas de chance. » C’est faux. La chance n’a rien à voir… je vous laisse deviner comment ça s’appelle !
    Au niveau des partiels, sachez qu’ils n’y a pas de compensations entre semestres. ex : 1er semestre : 13 en maths, 2nd semestre 7 en maths : pas de compensation. Pas non plus entre bloc de matières : 16 en français ne compense pas 8 en maths. Par contre, compensation (de 2 points seulement, de 8 à 10)dans des matières proches : les littéraires ou les scientifiques. Ce qui ne sert donc à rien si vous avez un profil bien spécifique. Sachez aussi qu’il est tout à fait assumé de ne pas nous « aider » à valider une matière même si vous avez le concours ! Certains admis au concours perdent une année (merci la précarité) pour redoubler une matière où ils avaient 9 ou 9,5. (Cela n’est pas le cas dans toutes les espe, renseignez vous !)
    A part ca, vous serez la tête dans les révisions de concours blanc du 2nd semestre (qui font office de partiels en fr/maths) et vous n’aurez toujours pas les notes du 1er semestre. Pas très motivant. De plus, erreurs fréquentes dans la saisie des notes.
    Au niveau des cours, certains profs sont vraiment très bien, d’autres n’ont rien a faire là. C’est au petit bonheur la chance selon les classes et les semestres. Vous ne serez de toute façon pas préparé pour l’oral « cse ». On a quand même cours 6/7j en septembre pour ça +quelques heures le reste de l’année. A quoi servent-ils ? Je ne sais toujours pas. A aucun moment on nous a ne serait-ce que parlé de la forme de l’épreuve… vive les bouquins.
    Au niveau des maths, je conseille vivement de bosser pendant l’été si vous n’êtes pas fortiche car en cours on corrige les exos à faire à la maison, mais pas le temps pour réapprendre, ou apprendre…
    Au niveau de la charge de travail, il doit y avoir 25/30 heures de cours par semaine mais assez inégalement réparties dans l’année. Le travail personnel en dehors dépend beaucoup de votre niveau de base. Personnellement je n’ai pas arrêté de l’année et je ne suis pas la seule !
    C’est un master de « culture générale » donc on apprend « tout et n’importe quoi » mais pas à être prof. J’ai fais moins de 10 fiches de prep dans l’année, sachant qu’un jeune PE doit en faire une pour chaque leçon! Ca c’est pareil, toutes les classes ne sont pas logées à la même enseigne.
    Au niveau des stages, on peut être placé à l’autre bout de l’ile de France, les écoles ne sont pas prévenues de notre venue…
    L’incompétence sans fond de ce Sufom, c’est stressant et usant nerveusement tout au long de l’année : inorganisation « magique », aucune communication, vous serez toujours les derniers informés de ce qui vous concerne en premier, tellement de problèmes, de couacs, de oups, de « petites erreurs »,bref. Je pense sincèrement que ça passe inaperçu car 90% de ses étudiants passent le CPRE dans les deux académies les plus faciles de France, mais si on le transposait ailleurs, ça ferait très mal au niveau du taux de réussite…mais ce n’est que mon avis.
    Pour les inscriptions, une personne en licence a eu l’excellente idée de s’informer via le facebook MEEF de Nanterre et les 50 réponses ont été très claires : il faut fuir cet endroit !!
    Voilà, vous êtes prévenu. A vous de faire votre choix.
    Pour info, l’université de Cergy a une espe à Gennevilliers avec des emplois du temps fixes…

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