L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

Sport-Santé et Certificats de Spécialisation : Le CREPS de Reims franchit la ligne rouge

Ce post est un peu long, mais instructif. Commençons par détailler le contexte.

Le Plan « Sport Santé Bien-Etre » est un dispositif visant à promouvoir la pratique d’activités physiques et sportives au sein de la population française. Au-delà de l’incitation à la pratique pour le plus grand nombre, le Plan comporte un volet visant à développer la pratique d’activités physiques et sportives pour les personnes atteintes de pathologies chroniques non transmissibles telles que les maladies métaboliques (le diabète, l’obésité), cardio-vasculaires, broncho-pulmonaires obstructives, etc.

Le ministère des Sports a récemment mis en place un Pôle Ressource National Sport-Santé, qui travaille sur la mise en œuvre de ce Plan. Les renseignements dont nous disposons indiquent que ce groupe de travail envisage de confier principalement la mise en œuvre de ces actions dirigées vers ces publics à besoins spécifiques à des titulaires du BPJEPS, dont la formation initiale serait complétée par des Certificats de Spécialisations (on a ainsi évoqué un CS « Encadrement des APS pour les porteurs de maladies chroniques non transmissibles », attribué au terme d’une formation d’environ 80h).

Dans une lettre envoyé aux ministères concernés (Jeunesse et Sport, Santé, et Enseignement Supérieur), la C3D déclarait : « il est difficilement acceptable de confier la prise en charge de tels publics à des intervenants ne possédant qu’une formation aussi brève. Autant on peut admettre que dans le cadre de la prévention primaire une formation minimale en éducation pour la santé soit suffisante, autant dans le cadre d’actions relevant des préventions secondaire et tertiaire (ce qui est le cas pour les maladies chroniques), l’intervention requiert des connaissances scientifiques et des compétences liées à la prise en charge qui sont longues à acquérir, et qui ne peuvent l’être que dans le cadre d’une formation à et par la recherche, intégrant une mise en stage progressive et de plus en plus spécialisée » (http://www.c3d-staps.org/toutes-les-actualites/item/plan-sport-sante-bien-etre-les-formations-apa-s-oubliees).

Il semble que ce courrier ait éveillé quelques doutes dans les cabinets ministériels. On nous dira peut-être dans quelques mois que nous étions bien suspicieux, que l’implication des Educateurs Sportifs dans le cadre du Plan « Sport Santé Bien-Etre » ne saurait dépasser le cadre de la prévention primaire, que la prise en charge des maladies chroniques requiert évidemment des niveaux de formation plus élevés.

Nous avons été assez surpris cependant en découvrant le Certificat de Spécialisation « Animation et Maintien de l’Autonomie de la Personne » proposé par le CREPS de Reims (http://www.creps-reims.fr/creps_de_reims-296-Animation_et_Maintien_de_lAutonomie_de_la_Personne). Ce certificat est sensé couvrir « l’ensemble du champ concernant le maintien de l’autonomie ». Cette formation s’adresse « aux animateurs qui veulent proposer des animations « aux seniors souhaitant maintenir leur autonomie avec l’avancée en âge », et « à toute personne en perte d’autonomie suite à une maladie chronique, à des problèmes locomoteurs (lombalgies, troubles musculo-squelettiques…) ou encore à des problèmes cognitifs (perte de mémoire, Alzheimer …) ».

Le titulaire de cette spécialisation peut exercer ses fonctions comme « animateur professionnel dans différents établissements privés, publics ou au sein d’associations accueillant des personnes vivant une situation de perte d’autonomie ». Sont cités notamment les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) , les établissements gérontologiques, les Fédérations agréées et associations affiliées sportives ou socioculturelles capables d’accueillir un public en perte d’autonomie (seniors, maladies chroniques, problèmes locomoteurs …), etc. Il peut également exercer à titre libéral en dispensant des cours à des particuliers ou à des groupes.

Les candidats doivent être titulaires d’un BPJEPS (Activités Physiques pour Tous,  Animation Culturelle, Activités du Cirque, Activités Equestres, Activités Gymniques, de la Forme et de la Force, Activités Nautiques, Golf, Loisirs Tous Publics, Pêche de loisirs, Techniques de l’Information et de la Communication). Afin sans doute de ne pas trop élever le niveau de formation, le CREPS précise que « les étudiants en UFR STAPS (titulaires d’une L3 STAPS « Education et Motricité »), pourront entrer en formation sans pouvoir prétendre au certificat de spécialisation. Ces candidats pourront obtenir une attestation de suivi de la formation délivrée par le CREPS de Reims ». On ne fait pas mieux dans le mépris de ses supposés partenaires… Enfin cette formation comprend 107 heures de formation et 180 heures de stage, et revient à 1100 €.

Qui est derrière cette formation ? Le site annonce le partenariat du Conseil Régional, de la DRJSCS, de l’ARS, du Réseau sport santé bien-être, de l’université et de « sociétés scientifiques ». A noter quand même que le doyen de l’UFR STAPS de Reims n’a pas connaissance d’une quelconque convention entre son établissement et le CREPS à ce sujet.

On apprend cependant que l’appui technique et pédagogique est assuré par le docteur Jean-Luc Grillon et Monsieur Jacques Bigot. Une recherche sur internet révèle que ces personnes représentent la Société Française Sport-Santé (http://www.sf2s.org/index.html). Bien que le site de cette association soit encore en construction, on y apprend qu’elle « a défini un label « Salle Sport Santé » qu’elle décernera aux entreprises de Fitness qui satisferont à un certain nombre de critères de sécurisation et de professionnalisation des pratiques permettant la prise en charge des personnes porteuses de pathologies chroniques, ou en risque de l’être ». Il en coûtera 750€ HT par an aux salles désireuses d’obtenir ce label.

L’association SF2S a aussi pour objectif de « développer l’accompagnement éducatif et motivationnel préventif et thérapeutique aux activités physiques et sportives – santé » (AEMPTAPS, sigle à retenir), au travers de formations de « Coachs sportifs Sport-Santé », et d’« Educateurs Sportifs Sports-Santé ». Difficile de distinguer ces deux formations dont les présentations relèvent de copier-coller réciproques.

On lit par exemple que le « coach Sportif Sport-Santé » met en place et évalue des programmes éducatifs Sport-Santé : prévention du surpoids et de l’obésité et facteurs de risques cardio-vasculaires (sédentarité, surpoids, hypertension artérielle, diabète de type 2, cholestérol…), lutte contre le tabac et prévention des maladies respiratoires, bien vieillir et maintien de l’autonomie, prévention du mal de dos, prévention du cancer. Il possède « un niveau de formation adapté aux préventions primaire et secondaire, pour rendre accessible les APS de Santé aux sédentaires pouvant être porteurs de facteurs de risque ou de maladies chroniques équilibrées et non compliquées ».

Il s’agit cependant d’une formation « courte », en présentiel sur deux week-end, « adaptés aux contraintes professionnelles des Coachs Sportifs, permettant de réduire les coûts et les temps d’absence ». Il en coûtera quand même 600 € aux candidats.

On peut évoquer aussi l’association « cousine » Défi Santé Nutrition (http://www.defisantenutrition.fr/), fondée en Bretagne par le Dr Pagès, par ailleurs fondateur de l’association précédente, qui propose des formations de 40 heures permettant aux éducateurs de proposer une « activité physique régulière, adaptée, sécurisante et progressive aux porteurs de maladies chroniques non transmissibles ». Tout cela avec le soutien de la DRJSCS et de l’ARS…

On reste atterré face à un tel mépris des patients. L’université, au travers de la Licence STAPS Activité Physique Adaptée-Santé, forme des professionnels de l’intervention auprès de ces publics spécifiques. Il s’agit d’une formation de trois ans, d’au moins 1500 heures, adossée à des laboratoires de recherche, appuyée sur des stages répétés en institutions spécialisées, et contrainte par un cahier des charges exigeant (http://www.c3d-staps.org/filiere-staps/referentiel/item/referentiel-de-competences-de-la-licence-staps). Cette formation longue et spécifique a été confortée par la convention récemment signée entre la C3D et la Conférence des Doyens de Médecine (http://www.c3d-staps.org/toutes-les-actualites/item/convention-de-partenariat-entre-la-c3d-et-la-conference-des-doyens-de-facultes-de-medecine-2). Et le ministère de la Jeunesse et des Sports estime que quelques dizaines d’heures de formation peuvent donner des compétences similaires à des Educateurs Sportifs…

On pouvait s’attendre à ce que certaines officines veuillent s’engouffrer dans le dispositif sport-santé dans un but lucratif. Il est plus surprenant que les DRJSCS et les ARS soutiennent ces initiatives, et que les CREPS les relaient. Rappelons qu’il a été récemment créé un comité de concertation Enseignement Supérieur/Jeunesse et Sports sur les métiers du sport et de l’animation (http://www.c3d-staps.org/toutes-les-actualites/item/creation-d-un-comite-de-concertation-dans-les-champs-du-sport-et-de-l-animation). Il serait temps que ce comité engage la concertation dont il est question.

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Commentaires (3)

  1. Dian Raynaud

    Votre blog est réconfortant. Merci. Sans doute communiquerons-nous encore en ce qui concerne le sport-santé et le Qi Gong authentique.

    DR

  2. Dian Raynaud

    Bravo

    DR

  3. Anne

    merci pour le post !

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