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La déroute de la pensée

Certains événements récents ont tristement illustré une véritable déroute de la pensée chez nos élites médiatiques et politiques. Incapacité à dépasser l’émotion de l’immédiat, à penser les événements en relation avec leur histoire ou leur contexte, à conserver une ligne réflexive guidée par un système consistant de valeurs. On ne cherche plus à convaincre et à construire, mais à séduire, momentanément.

Que ce soit pour les politiques, capables de défendre une idée opposée à celle qu’ils affichaient deux jours avant, à cause de tel nouvel événement ou tel sondage utilement exploité, les médias pour qui les migrants du vendredi deviennent des réfugiés le lundi suivant, une idée chasse l’autre dans un flux incontrôlé et dérisoire. Par paresse, par défi ou par simple médiocrité, on se réfugie dans la première opinion qui vient à l’esprit, sans aucun recul réflexif.

Cette médiocrité touche même ceux que l’on présente comme les plus fins analystes. Quand Michel Onfray tente d’expliquer que les réactions affectives des médias et des politiques à la photo du petit Aylan auraient mérité d’être resituées dans un contexte historique et politique plus large, son contradicteur Yann Moix traduit qu’il suggère que la photo a été truquée. Quand le sage montre la lune, l’imbécile ne voit que le doigt… Edgar Morin publie opportunément un nouvel ouvrage[1] sur la pensée complexe : il serait salutaire d’en rendre la lecture obligatoire.

Face à cette déferlante lamentable de ceux qui hélas construisent l’opinion, dans les médias et sur Internet, on se dit que l’Ecole et l’université ont du pain sur la planche. A l’heure où l’on se questionne sur les compétences qu’il serait indispensable qu’élèves et étudiants acquièrent, cette capacité à déconstruire les évidences, à objecter le sens commun, à prendre en compte la complexité des événements et des savoirs, devrait être considérée comme une priorité absolue.

[1] Edgar Morin, E. (2015). Penser global. L’humain et son univers. Paris : Robert Laffont.

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Commentaires (2)

  1. Lafont Lucile

    Priorité absolue à l’analyse, la distanciation, la pensée systémique; nous avons « du pain sur la planche » dès le premier degré de l’enseignement!
    Je ne dirai pas « avant c’était mieux », cependant nos hussards de la république ont certainement moins échoué que nous dans cette entreprise.
    Il est vrai que le contexte était fort différent…

  2. Taboulaid

    Lucile,
    je ne suis pas sûr que nous avons échoué ou en tout cas, nous ne sommes pas dans la même situation que les hussards de la république.
    Les élites dirigeantes ont réussi volontairement, ou involontairement à fracturer la société, et la dessiner d’une certaine manière.
    Comment peut-on analyser? prendre de la distance? alors qu’on nous propose de consommer? Consommer directement, instantanément, à n’importe quel moment. Cela créer l’envie, le manque, la frustration, la colère, le sentiment d’injustice, décuple ce besoin de posséder. Les gouvernements s’entêtent à vouloir relever l’économie par la consommation. Et nous nous laissons séduire docilement par ce qui nous ait proposé. Le vrai problème est la consommation pour elle même et le progrès pour lui même. On parle de crise de la pensée? De crise de l’éducation? C’est une crise de l’humanité. L’homme est une bête vorace qui finira par se manger elle même.

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