L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

STAPS : une rentrée sous tension

La rentrée universitaire en STAPS ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Il va déjà falloir accompagner le plus humainement possible les déçus d’APB. Nous avons reçu tout l’été des messages de lycéens désespérés de n’avoir pas été retenus par le tirage au sort. Bien sûr, ces lycéens ont le plus souvent obtenu une place quelque part, et ne rentrent donc pas dans les statistiques des candidats sans proposition. Mais quand on n’envisageait pas autre chose que les STAPS et que l’on n’est accepté que dans son 15ème vœu, dans une filière que l’on avait ajoutée par défaut, on ne peut pas dire que l’on commence dans l’euphorie ses études universitaires.

Il faudra ensuite faire face aux effectifs pléthoriques, en tentant d’offrir aux heureux élus toutes les chances de réussir leurs études, malgré les difficultés à trouver des salles et des installations sportives, malgré des emplois du temps acrobatiques. Et l’on sait déjà que pour de nombreux étudiants peu préparés aux études universitaires et à leurs exigences, ce sera le décrochage et l’échec…

Je salue les efforts du ministère pour réduire les effets catastrophiques du tirage au sort. Je comprends qu’il était difficile de faire face en quelques semaines à une situation aussi bloquée. Mais vu l’ampleur du problème, les mesures proposées risquent de n’avoir guère plus d’effet qu’un cautère sur une jambe de bois… Certains UFR STAPS ont accepté d’accroître leurs capacités d’accueil, notamment lorsqu’il était localement envisageable de satisfaire tous les premiers vœux de l’académie. C’est le cas notamment à Strasbourg, qui a accepté de prendre une centaine d’étudiants supplémentaires. Mon collègue ne cache cependant pas ses inquiétudes quant à la manière dont il va pouvoir faire face à cet afflux…

J’espère que l’aide exceptionnelle promise par le ministère parviendra effectivement dans les UFR qui ont accepté d’accroître leurs capacités d’accueil. Je tiens à rappeler ici l’épisode des 100 millions d’euros débloqués au printemps par le ministère pour les filières en tension, et dont les UFR STAPS (seule filière officiellement en tension) n’ont guère vu la couleur…

Le ministère s’est engagé à mettre fin à la pratique délirante du tirage au sort pour la rentrée 2018. J’espère sincèrement qu’il ira au bout de ce projet. La C3D a fait des propositions concrètes pour la prise en compte de pré-requis à l’entrée à l’université. Notons déjà que cette démarche doit évidemment être intégrée à APB, ce qui signifie que l’examen des pré-requis ne devra s’appliquer dans chaque UFR que sur les premiers vœux académiques, qui doivent rester prioritaires. Il serait à mon sens ridicule de mettre les UFR STAPS en concurrence dans un processus sélectif national. Personne n’a explicitement évoqué cette hypothèse, mais ça va mieux en le disant…

Pour résumer, il s’agirait d’examiner au travers de dossiers élaborés par les candidats un certain nombre de pré-requis renvoyant aux compétences scientifiques, aux compétences littéraires et argumentaires, aux compétences sportives, à l’engagement associatif et aux responsabilités collectives, chacune de ces compétences devant être attestée par des pièces justificatives. Nous nous rendons tout à fait compte du travail que cet examen demandera aux universités. Mais l’enjeu nous paraît suffisamment important pour qu’on y alloue les ressources nécessaires.

Cette analyse multi-critériée permettra d’établir le profil des candidats, et d’évaluer leurs chances de réussir en STAPS. Car c’est bien de cela dont il s’agit : avant tout de ne pas laisser aux portes des UFR STAPS des lycéens qui ont muri leur projet universitaire. Ne pas non plus leurrer des candidats qui iraient de manière évidente à l’échec. A noter également que nous n’envisageons aucunement l’idée d’un profil-type : il y a bien des manières de réussir en STAPS, et nous croyons à la nécessaire mixité sociale de nos promotions d’étudiants et aussi des professionnels que nous formons. Enfin l’affichage de ces prérequis pourrait permettre précocement aux lycéens de comprendre les exigences des études universitaires en STAPS, et de préparer activement leur orientation.

Le ministère nous a assuré début juillet vouloir avancer sur ce dossier. J’ose espérer que les discussions vont rapidement s’engager à ce sujet, car nous ne disposons que de peu de temps pour être en ordre de marche pour la rentrée prochaine. Je pressens évidemment les difficultés, les positions tranchées et a priori non conciliables, les principes trop généreux et la réalité trop complexe. La C3D est en tous cas disposée à engager cette concertation.

La mise en place de ces pré-requis doit pouvoir fonctionner sur un mode d’orientation, et non seulement dans une logique de sélection. Il nous semblerait nécessaire de réfléchir à un portail des métiers du sport et de l’activité physique, qui ouvrirait non seulement sur les formations universitaires, mais aussi sur les formations proposées par le ministère des Sports, par les fédérations sportives ou les branches professionnelles. Frédérique Vidal et Laura Flessel se sont mises d’accord début juillet pour avancer sur ce dossier. J’espère que cela ne restera pas un vœu pieux.

Enfin l’objectif n’est certes pas de sélectionner une élite. Les UFR STAPS ne souhaitent pas réduire leurs capacités d’accueil, et les augmenteront dès qu’elles en auront la possibilité. On a pu entendre ça et là durant l’été des esprits chagrins, mal renseignés ou particulièrement malveillants, écouler leur fiel sur les STAPS, supposées n’être qu’une usine à chômeurs. Je tiens à rappeler une bonne fois pour toutes que les diplômes STAPS présentent des taux d’insertion tout à fait honorables. C’est le décrochage et l’échec qui posent problème en STAPS, certainement pas l’insertion professionnelle.

Alors évidemment on peut s’inquiéter des menaces qui pèsent sur les aides aux étudiants, notamment en matière de logement, et aussi sur la diète budgétaire qui semble se profiler pour les universités. Il ne suffit pas de bourrer les amphis pour apaiser temporairement la pression lycéenne. Encore faut-il donner aux universités les moyens de construire la réussite de leurs étudiants. Cela ne pourra de toutes manières pas se faire sans investissements conséquents.

Commentaire (1)

  1. Pontais Hugo

    Merci Didier Delignières pour cette clarification de pré-rentrée ! L’enjeu à court termes de répondre aux souhaits de étudiants doit être saisi par toutes les parties concernées. En tant qu’ancien élu en STAPS et aujourd’hui prof d’EPS en lycée dans le 93 et militant du SNEP-FSU Créteil, j’inviterai les profs d’EPS de lycée à en prendre la mesure !
    De plus, un enjeu à moyen et long termes vient s’ajouter : la relance d’une réelle politique publique des pratiques sportives en France (et en Europe). Les UFR STAPS doivent, par leur diversité de parcours, avoir les moyens de former les milliers d’étudiants nécessaires à l’encadrement scolaire, associatif, dans les centre de ré-éduction, maisons de retraites, dans les entreprises, mais aussi dans les collectivités ou les organismes d’événementiel via les formation en management et marketing, ou encore pour alimenter les réflexions d’aménagement du territoire ou de développement durable.
    La perspective des Jeux Olympiques et Paralympiques à Paris/Seine-Saint-Denis en 2024 nous ouvre un chantier qui doit associer tous les acteurs (universités et étudiants ; fédérations et comités ; éducation nationale ; élus locaux ; adhérents associatifs) ainsi que les intervenants dans ces différentes structures aux divers niveaux de l’échelle administrative !
    C’est un vaste chantier qu’il faut prendre à bras le corps. Il parait indispensable que les discussions sur APB et les STAPS dépassent le cercle fermé C3D / Ministère Enseignement Supérieur / Ministère des Sports !
    Affaire à suivre…

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