L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

Des filières en tension qui n’ont pas ou peu de débouchés…

Un article du Monde du 7 février 2018 rapporte les déclarations du sénateur Jacques Grosperrin (LR), qui propose que les universités ajustent leurs capacités d’accueil en fonction de leurs taux de réussite et d’insertion professionnelle. Il ajoute qu’il y a « des filières en tension qui n’ont pas ou peu de débouchés », en prenant comme exemple les STAPS.

Je dois dire que je ne m’attendais pas à de tels propos de la part d’un membre de la représentation nationale, qui a pris par ailleurs le temps de largement consulter avant de se prononcer sur le projet de loi (la C3D STAPS a d’ailleurs été auditionnée le 16 janvier par un groupe de sénateurs présidé par M. Grosperrin). Soulignons par ailleurs que M. Grosperrin devrait bien connaître le sujet, ayant donné des enseignements en STAPS à l’université de Besançon.

On peut déjà interroger le « postulat adéquationniste » qui voudrait que l’université ajuste de façon stricte son offre de formation au marché de l’emploi. C’est bien mal connaître l’université, qui si elle s’inquiète évidemment de l’employabilité de ses étudiants (et en fait un des critères pour l’accréditation de ses diplômes), ne peut être considérée comme une « formation au métier ». L’université forme ses étudiants dans des domaines professionnels relativement larges, non pour exercer un poste particulier (même si l’entrée dans l’emploi passe nécessairement par cette étape), mais surtout pour construire une carrière professionnelle, le plus souvent dans des métiers qui n’existent pas encore. Il ne s’agit donc pas de s’adapter aux métiers, mais de permettre l’adaptabilité à l’évolution constante du marché de l’emploi. Une licence ou un master ne sont pas des brevets professionnels…

Je peux néanmoins entendre cet argument, qui renvoie à une certaine conception de l’université, suffisamment claire pour être rationnellement critiquée. J’ai un peu plus de mal avec la seconde partie de la citation, à propos des « filières en tension qui n’ont pas ou peu de débouchés ». On se situe ici dans la désinformation la plus flagrante. Je me permets de signaler à M. Grosperrin les chiffres de l’enquête réalisée par le Ministère de l’Enseignement Supérieur en 2013 sur l’insertion professionnelle des masters : les étudiants titulaires d’un master STAPS sont à 91% en emploi 18 mois après l’obtention de leur diplôme, et à 93% après 30 mois (pour l’ensemble des masters de l’université, les chiffres sont respectivement de 85 et 90%). Pas mal pour une filière sans débouchés.

Sincèrement, j’espérais que les parlementaires, au moment de discuter de textes engageant l’avenir de millions d’étudiants, se garderaient de préjugés de ce type et travailleraient un peu plus leurs dossiers. Il faut croire que le combat politique autorise toutes les outrances et approximations. Nous avons encore le souvenir du candidat Sarkozy affirmant en 2007 qu’en STAPS, il y avait « 10000 candidats à l’entrée et 400 postes à la sortie ». Nous avons mis des années à regagner la confiance des familles. Je ne pensais pas 10 années plus tard voir resurgir des propos aussi caricaturaux…

J’ai publié sur ce site voici quelques mois un court billet intitulé les STAPS pour les nuls, et surtout pour les journalistes. Je me permets d’en conseiller la lecture à ceux qui ont entre leurs mains le destin de l’université.

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Commentaire (1)

  1. Prat

    Rien a ajouter… si peut être . Comment peut on encore accepter de confier l’orientation scolaire de notre nation à des politiques payés grassement pour leur incompétence, leur ignorance et parfois leur mépris?

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