L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

Plan Etudiants : malaises et incertitudes

A l’heure de la clôture de ParcourSup, les gazettes font leurs choux gras des difficultés que les universités vont certainement rencontrer dans le traitement de ces candidatures. Le Conseil d’Administration de la C3D s’est réuni ce jour et a continué sa réflexion sur la procédure que les STAPS envisagent de mettre en place pour classer les candidats. Je pense qu’on s’en sortira sans trop de problèmes…

Par contre nous sentons poindre d’autres sujets de crispation, qu’il ne faudrait pas occulter. Rappelons que le Plan Etudiants comprenait trois volets nécessairement complémentaires :

  • La suppression du tirage au sort
  • L’accroissement des capacités d’accueil dans les disciplines en tension
  • L’amélioration de la réussite des étudiants, notamment par la mise en place de parcours adaptés

Le tirage au sort a bien été supprimé. Mais si l’on veut éviter que cette mesure ne se transforme en sélection élitiste, les deux autres mesures doivent être déployées avec la même ardeur. La C3D a travaillé avec le recteur Thierry Terrey à un projet ambitieux, prévoyant l’accroissement des capacités des Licences actuelles, la création de nouveaux centres de formation, la diversification des filières notamment avec l’ouverture de DEUST. Elle a aussi réfléchi aux parcours adaptés qui pourraient être proposés aux étudiants jugés fragiles.

Le ministère a débloqué deux budgets, l’un consacré aux recrutements de nouveaux enseignants, l’autre destiné à rétribuer les tâches liées au traitement des candidatures, et surtout à organiser et encadrer les parcours adaptés. Ces sommes ont été distribuées aux rectorats, puis ventilées aux universités. Les UFR et Départements STAPS ont obtenu parfois des postes, le plus souvent des promesses de poste. En effet à l’heure actuelle, et sur la base de ces « promesses », le bilan est plutôt favorable : on pourrait arriver à créer 3340 places nouvelles, dont 2982 en Licence et 358 en DEUST, ce qui porterait la capacité néo-entrante au niveau national à 21133 places, dont 20327 en Licence et 806 en DEUST.

Mais soyons clairs, ça coince… Il semblait clair que ces moyens en postes devaient être fléchés en priorité sur les formations en tension, et proposant d’accroître leurs capacités d’accueil. Tout n’est pas si simple. On apprend ainsi que parfois les postes ont servi à abonder des projets montés dans des filières sélectives, donc a priori non concernées. Les UFR STAPS de Brest et de Rennes ont dû se faire entendre pour obtenir les postes nécessaires. Si dans certaines académies les dotations ont pu être faites rapidement (et les postes ont pu être mis au recrutement au cours de la campagne synchronisée, notamment à Brest, Poitiers et Strasbourg), le plus souvent l’incertitude règne encore… Ce sera plutôt d’éventuels recrutements au fil de l’eau, avec tous les dangers que cela comporte. Ce serait plutôt des recrutements de personnels contractuels, comme si l’on pouvait mener des projets aussi ambitieux avec des enseignants de passage… Mais le plus souvent aucun engagement ferme n’est pris.

Quant aux dotations en heures destinées à l’accompagnement des étudiants en difficulté, c’est également l’incertitude totale. Les directeurs nous remontent quelques chiffres, qui évoluent de semaine en semaine. Un directeur STAPS s’est vu notifier qu’ayant déjà été servi en postes, il n’était pas question que son UFR reçoive en plus une dotation en heures…

Tout ceci ressemble à un jeu de dupes : on demande aux UFR STAPS d’accroître leurs capacités d’accueil, de les afficher sur ParcourSup, mais sans aucune assurance que les postes nécessaires pour y faire face leur seront effectivement attribués. On leur demande de monter des projets de parcours adaptés, d’en informer les candidats (par le fameux « oui si »), mais sans leur assurer les moyens nécessaires à leur mise en œuvre.

Difficile de savoir où ça coince. Les universités incriminent les rectorats, les rectorats le ministère, et nous nous tentons de rassurer les familles lors des Journées Portes Ouvertes. Nous nous souvenons encore des 100 millions d’euros débloqués voici un an par Thierry Mandon pour les filières en tension, qui se sont évaporés dans les budgets universitaires. On peut aussi évoquer l’aide exceptionnelle de 1500€ par étudiant attribuée en Juillet par le ministère pour les UFR STAPS ayant accepté d’accroître dans l’urgence leurs capacités d’accueil pour apaiser la crise d’APB. Les universités ont bien reçu ces crédits, mais se sont parfois bien gardées de les attribuer aux formations concernées. Nous espérons que les budgets déployés cette année par le ministère ne subiront pas le même sort.

Le ministère a clairement indiqué son intention « d’en finir avec le problème des STAPS ». Nous avons activement œuvré à ce projet, sur les trois volets du Plan Etudiants. Mais si in fine les moyens en postes et en heures ne descendent pas jusqu’aux UFR et départements STAPS, nous demanderons aux directeurs de ramener leurs capacités d’accueil aux niveaux antérieurs…

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Commentaires (2)

  1. Pingback: Quel sentiment vous inspire l'évolution de « votre » loi sur l'accès à l'Université, Mme la députée ? | France Insoumise du Pays de Vitré

  2. Catherine Dauvergne

    Bonjoçur,
    je lis avec intérêt (et retard) votre article. J’ai juste une question: est-ce que le nombre d’étudiants en Staps, si on augmente les capacités, sera en phase avec ce que la filière est en mesure d’absorber?
    Ce sont des métiers passionnants, je comprends qu’il y ait autant d’étudiants qui ont envie de suivre ces formations, mais si au bout de 5 ans d’étude il n’y a pas de débouchés car trop d’offre et pas assez de demande, est-ce que finalement l’université n’est pas coupable de laisser autant de jeunes aller dans ces licences? La non adéquation avec le marché du travail est une fabrique à désillusions terrible…

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