L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

Vers un master MEEF « préparation aux concours »

Christian Couturier (secrétaire national du SNEP) a publié sur le site du syndicat un texte répondant aux objections de la C3D sur le placement des concours de recrutement en seconde année de Master. Il rappelle la position du SNEP, qui « s’est prononcé depuis longtemps sur un concours en fin de cursus de façon à laisser l’entière maîtrise des formations à l’université, sur 5 années », et ajoute que « la place du concours [n’est] pas un problème en soi, ce qui est un problème c’est l’ensemble du système proposé ». Nous pensons au contraire que la place du concours est un enjeu majeur.

Rappelons les principes qui sous-tendent notre position : Nous avons toujours conçu la mastérisation comme un alignement de la formation des enseignants sur la logique des masters professionnels de l’université. Ces masters forment des cadres, des porteurs de projets, des concepteurs. Il nous semblait en effet que les enseignants dont le système scolaire avait besoin relevaient de ce niveau de formation. Une formation professionnelle et universitaire de haut-niveau, incluant une formation à et par la recherche, une alternance entre stages en établissement scolaire et travail universitaire. Nous invitons nos collègues du SNEP à consulter les documents pédagogiques proposés par la C3D pour les master STAPS (fiches RNCP, référentiels de formation, etc.), pour comprendre ce qu’est un master professionnel à l’université. Ils se rendront peut être compte alors qu’une préparation au concours, même répartie sur deux années, ne peut absolument pas en tenir lieu.

Nous avons en effet milité, et ce depuis quelques années, pour un concours précoce, en fin de Licence, permettant de dédier les deux années du master MEEF à cette formation professionnelle ambitieuse et exigeante. On trouvera à la fin de ce post une série de liens vers les billets que nous avons publié à ce sujet depuis 2012.

Nous sommes persuadés, parce que nous travaillons depuis des années dans ces formations, que les étudiants ne peuvent engager une véritable formation professionnelle, et une démarche authentique de recherche, qu’après être débarrassés de la barrière du concours. Pour qui a un tant soit peu côtoyé les étudiants de master MEEF, la différence d’attitude entre un candidat au concours, en première année, et un fonctionnaire stagiaire, en seconde année, est évidente. Les candidats aux concours sont surtout pétrifiés par l’angoisse de déplaire, d’être à côté des attentes du jury. Il s’agit pour eux avant tout d’adhérer aux textes officiels, aux cadrages théoriques communément acceptés, de réciter les bréviaires canoniques. Tout le contraire de ce que l’on peut attendre d’enseignants concepteurs formés à l’université. Les seconds à l’inverse, parce qu’ils sont confrontés en responsabilité aux réalités du métier, parce qu’ils peuvent échanger à ce propos dans un cadre universitaire, peuvent engager une véritable prise de recul et une réflexion approfondie sur leur professionnalité. Dans le dispositif actuel, ils n’ont hélas qu’une année pour engager cette étape essentielle de leur formation.

Christian Couturier balaie cet argument en déclarant que « lorsque le concours se situait en 4ème année, avant la mastérisation, il était placé en fin de parcours et était reconnu comme très professionnalisant ». Argument d’autorité que l’on souhaiterait un peu plus fondé. Ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de déclarer plus haut qu’il faudra « éviter les effets que l’on peut connaître parfois : le formatage et/ou la constitution d’une caste de personnels aurait plus ou moins la mainmise sur le recrutement ». C’est au moins reconnaître que le problème existe, faute d’admettre qu’il est généralisé… Il estime cependant que ce problème peut être solutionné par en modifiant la nature des épreuves du concours, afin de le rendre plus professionnalisant. Nous n’y croyons absolument pas. Le problème que nous évoquons n’est pas lié à la nature du concours mais bien à sa place. C’est le sens que prennent les études aux yeux des étudiants qui est en jeu. Et le sens que les étudiants attribuent à leur formation dépend essentiellement du fait qu’ils se situent en amont ou en aval du concours.

Notre seconde objection renvoyait au problème des reçus-collés, qui obtiendraient leur master mais échoueraient au concours. Comprenez qui obtiendraient un master qui ne sanctionnerait guère que deux années de formatage aux épreuves du concours. Christian Couturier balaie cette objection en affirmant que les statistiques sur le travail et l’insertion professionnelle montrent « qu’un master, quel qu’il soit, augmente les chances de trouver un emploi par rapport à d’autres diplômes inférieurs. [..] quelqu’un possédant un master est moins au chômage et s’il l’est, moins longtemps. C’est un fait ». C’est peut-être oublier (ou méconnaître) que l’employabilité des diplômés de l’université n’est pas un fait en soi, mais a été activement construite par les universitaires, qui se sont efforcés de doter leurs diplômés des compétences attendues par les employeurs. Si l’on suit la logique statistique de cet argument, on devrait mener tous les étudiants à la thèse de doctorat, ce serait la solution au problème du chômage… Je m’étonne que cette solution n’ait pas été proposée. Nos collègues du secondaire se sont peut être habitués à délivrer des diplômes qui ne certifient plus grand chose, si ce n’est d’avoir usé ses fonds de culotte pendant sept années de scolarité. L’université n’est en pas encore là.

Christian Couturier assène à ce niveau un argument étonnant : « il y a là, dans le discours de la C3D une dévalorisation de ce qu’est un master qui est assez troublante et qui ne correspond pas à la réalité ». Mais qui dévalorise le master ? La C3D qui fait en sorte que les masters certifient des compétences reconnues par les milieux professionnels, ou le SNEP qui considère qu’un master n’est là que pour sanctionner le fait d’avoir subi cinq années de présence à l’université, quel que soit la nature de la formation suivie ? N’est-ce pas manquer de respect aux étudiants que d’envisager de « valoriser » leur échec au concours en leur décernant un master, quand ils n’auront par ailleurs construit aucune des compétences attendues dans un diplôme de ce niveau ?

Il faudra un jour réfléchir sur cet attachement à la grand messe vichyssoise, au cours de laquelle les étudiants jouent leur vie en trois jours, où les jurys ont un droit de veto à la moindre incartade. Reculer encore d’un an cet exercice le sacralise encore davantage. On peut comprendre, sans y adhérer, la volonté de l’employeur de conserver la mainmise sur le recrutement, même s’il faut admettre que c’est enterrer les principes qui ont sous-tendu la mastérisation.

J’entends les arguments de Christian Couturier sur les problèmes de calendrier qu’aurait posé un concours précoce, sur son influence sur le profil des candidats sélectionnés. On peut aussi entendre nos arguments sur les dégâts d’un concours tardif. Un master vise à former des professionnels de haut niveau. Pas à formater les candidats à un concours de recrutement. Le déplacement du concours en fin de Master 2 va néanmoins restreindre les masters MEEF à cette seconde utilité.

Les billets précédents sur ce sujet…
Mastérisation et formation des enseignants: Plaidoyer pour un pré-recrutement en Licence. 17 novembre 2012
Formation des enseignants et concours de recrutement. 6 janvier 2013
Réforme du collège : la formation des enseignants sera-t-elle à la hauteur ? 28 octobre 2016
Formation des enseignants : où l’on reparle de la place du concours… 28 décembre 2017
Formation des enseignants : pour un concours en fin de Licence. 20 juin 2018
Non, le concours enseignant n’a pas « vocation » à se dérouler en M2. 30 janvier 2019
Le concours en M2 : c’était la pire des solutions ! 22 février 2019

 

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