L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

Archive mensuelles: août 2019

La « reprise en main » de la formation des enseignants par l’Education Nationale

L’objectif de la mastérisation était de confier la formation des enseignants à l’université, et de lui donner une dimension universitaire. Le positionnement des concours de recrutement en fin de master change complètement la donne[1]. Comme nous le disions dans un billet précédent, les deux années de master MEEF vont devenir une (longue) préparation au concours, et la formation au métier d’enseignant va être repoussée à l’année de stagiairisation, après l’obtention du master. C’est donc la fin de la formation des enseignants à l’université qui se profile.

J’entends bien sûr ceux qui disent que la préparation aux concours peut aussi contribuer à la préparation au métier. Evidemment. Si ce n’est que les étudiants eux-mêmes affirment sans ambiguïté que ce n’est qu’à partir du moment où ils ont réellement pu prendre des élèves en responsabilité que leur formation professionnelle a réellement commencé.

J’entends aussi ceux qui affirment qu’il est possible de proposer un concours différent, plus « professionnalisant ». Je suis surpris que le SNEP, qui était favorable au déplacement du concours en fin de master mais qui pensait que cela nécessitait d’en modifier les modalités, propose en fait de laisser le concours en l’état, limitant les critiques aux « choix dans les programmes, les sujets, les attendus qui orientent les épreuves ».

Mais si l’on quitte les argumentaires de cabinet ou les harangues de tribune, et lorsque l’on questionne les étudiants, on se rend vite compte que tant qu’ils n’ont pas obtenu le concours, ils sont incapables de se mobiliser pour autre chose que pour la préparation aux épreuves de sélection, et au formatage intellectuel qu’ils supposent nécessaire à la réussite. Exit donc la formation professionnelle, mais aussi le recul réflexif que pouvaient permettre l’alternance entre l’établissement scolaire et l’université et la mise en place d’une véritable démarche de recherche. Tout ceci pourra encore exister sur le papier, mais certainement pas dans les préoccupations des étudiants. J’ai suffisamment développé ces arguments sur ce blog pour ne pas en rajouter (voir notamment ici et ici). Je trouve quand même assez surprenant que des gens qui sont eux-mêmes enseignants, qui sont capables de faire des prêches assez convaincants sur la pédagogie du sens, ne puissent concevoir qu’une formation n’ait pas le même sens pour les étudiants, selon que l’on se situe en aval ou en amont du concours…

Evidemment, le recul du concours va permettre à l’Education Nationale de belles économies budgétaires en repoussant d’un an la stagiairisation. C’était sans doute l’argument décisif. En revanche on peut s’attendre avec un concours si tardif à une nouvelle raréfaction des candidats. On ne peut pas tout avoir…

Mais avant tout placer le concours en fin de master 2, c’est clairement dessaisir l’université de la formation des enseignants et redonner la main aux rectorats et aux inspections pédagogiques régionales.

Une anecdote, comme ça…

L’Education Nationale n’a d’ailleurs pas attendu la mise en place du nouveau calendrier pour travailler à la « reprise en main » de la formation des enseignants. Au mois de juillet, une réunion de crise à l’ESPE de Montpellier regroupait les principaux acteurs universitaires de la formation et deux inspecteurs pédagogiques régionaux. Ces inspecteurs ont par ailleurs créé le Groupe Académique de Réflexion sur l’Enseignement de l’EPS (GAREEPS), dont la vocation est de « rendre opérationnels les programmes d’EPS et d’éclairer une manière d’approcher l’enseignement par compétences ». Pas grand chose à redire sur les objectifs de ce groupe, qui déploie sa réflexion dans le cadre d’un courant de pensée tout à fait actuel, et dont j’ai moi-même largement contribué à l’émergence. Ce groupe constitue une force de frappe assez consistante, un certain nombre de ses membres étant par ailleurs Professeurs Formateurs Académiques.

Au cours de cette réunion, les inspecteurs en viennent assez vite à exprimer le souhait d’avoir un droit de regard sur le recrutement des enseignants vacataires intervenant dans le master MEEF. Il est notamment question d’une enseignante, intervenant depuis quelques années dans cette formation, antérieurement membre du GAREEPS, qui en aurait été exclue car proposant une approche jugée trop « techniciste » (entendez par là non conforme aux présupposés théoriques du groupe), et dont les inspecteurs doutaient de la pertinence dans le cadre de la formation des futurs enseignants. Il est aussi question d’un autre collègue, qui intervient depuis quelques années dans le master MEEF mais qui visiblement n’a pas l’imprimatur de l’inspection. Les inspecteurs suggèrent évidemment que les membres de leur groupe de travail devraient être privilégiés…

Il a fallu rappeler avec force certains principes : que le recrutement des intervenants à l’université est une entreprise collégiale, que les formations universitaires sont basées sur le débat et la multiplicité des points de vue, et que la formation des enseignants ne saurait pas être le lieu d’un formatage idéologique univoque. On a déjà connu ce type de mise au pas idéologique, notamment dans les années 90, dans l’académie de Nantes, où le Groupe Académique d’Innovation Pédagogique, piloté par l’IPR local, était parvenu à imposer une doxa didactique régionale.

Las, dans deux ans ces questions ne se poseront plus. Le formatage régional des lauréats des concours pourra s’exprimer pleinement, les universitaires ne seront plus là pour évoquer le nécessaire recul critique et épistémologique, la démarche prudente de l’expérimentation.

[1] La C3D pour sa part défendait l’hypothèse d’un concours précoce, en fin de Licence, réservant dès lors les deux années de master à la formation professionnelle et universitaire des futurs enseignants (voir Formation des enseignants : pour un concours en fin de Licence, 20 juin 2018).

Un bilan de réussite de la première promotion ParcourSup en STAPS

Au terme de l’année universitaire 2018-2019, nous sommes en mesure de dresser un bilan de réussite pour la première promotion d’étudiants STAPS issus de la procédure ParcourSup. 23 UFR et départements ont répondu à notre enquête, représentant un total de 11153 étudiants inscrits en 2018-2019. Ce billet sera remis à jour au fur et à mesure de l’arrivée des résultats des autres centres de formation. Cette enquête porte sur les résultats définitifs de l’année, après rattrapage. On pourra comparer ces résultats avec ceux de la première enquête que nous avons publiée voici quelques mois, à l’issue du premier semestre.

La figure 1 permet de comparer les résultats de la promotion 2017-2018 et ceux de la promotion 2018-2019, tous étudiants confondus (néo-entrants et redoublants). Le nombre d’étudiants décrocheurs croît légèrement par rapport aux résultats obtenus au semestre 1, mais reste toujours inférieur à celui relevé l’année précédente (14.57% en 2018-2019 contre 16.02% en 2017-2018). Les résultats globaux indiquent un pourcentage de réussite de 42.69% en 2017-2018, et 54.39% en 2018-2019, soit un gain de 11.7 points. Ces résultats sont meilleurs que lors de l’enquête précédente, dans laquelle nous n’avions enregistré qu’un gain de 4.8 points. Les présents résultats prennent en compte les rattrapages et la compensation entre semestres, ce qui peut expliquer la différence constatée. La moitié des étudiants se retrouve désormais dans l’intervalle de notes 10-13, ce qui n’était le cas que pour 36% d’entre eux au premier semestre. Cet effet se retrouve dans toutes les catégories de l’histogramme, les étudiants 2018-2019 présentant des pourcentages plus faibles dans les intervalles de notes situés en-dessous de la moyenne, et plus élevés dans les intervalles situés au-dessus. Ces tendances sont accrues lorsque l’on isole les néo-entrants, issus de la procédure ParcourSup.

 

Figure 1 : Répartition en pourcentages des résultats des étudiants inscrits en 2017-2018, en 2019-2019, et des néo-entrants de 2018-2019. (suite…)