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Mise à jour du bilan de réussite de ParcourSup en STAPS

Comme nous l’avions annoncé précédemment, nous mettons à jour les résultats de notre bilan de réussite pour la première promotion d’étudiants STAPS issus de la procédure ParcourSup. La première version de ce bilan a suscité des réactions diverses, entre les pourfendeurs de la réforme, qui espéraient sans doute que ParcourSup n’ait aucun effet sur la réussite des étudiants, et ses thuriféraires, qui pour des raisons tout autant idéologiques souhaitaient voir émerger des progrès spectaculaires. Désolés de sans doute décevoir les uns et les autres, nous fournissons des données les plus objectives possibles, en toute transparence.

Le bilan ici présenté correspond aux résultats 43 UFR et départements, représentant un total de 20523 étudiants inscrits en 2018-2019 (soit à peu près 81% des effectifs nationaux). Certains ont douté que les résultats de notre première enquête soient statistiquement significatifs, j’espère que l’objection tombera cette fois-ci…). Cette enquête porte sur les résultats définitifs de l’année, après rattrapage. On pourra comparer ces résultats avec ceux d’une autre enquête que nous avons publiée voici quelques mois, à l’issue du premier semestre.

La Figure 1 permet de comparer les résultats de la promotion 2017-2018 et ceux de la promotion 2018-2019, tous étudiants confondus (néo-entrants et redoublants). Les résultats globaux indiquent un pourcentage de réussite de 39.45% en 2017-2018, et 47.31% en 2018-2019, soit un gain de 7.85% (en baisse de 3.85 points par rapport à l’estimation publiée au mois d’août, ce qui sera sans doute abondamment commenté…). Ces résultats sont meilleurs que lors de l’enquête réalisée pour le premier semestre, lors de laquelle nous n’avions enregistré qu’un gain de 4.8 points. Les présents résultats prennent en compte les rattrapages et la compensation entre semestres, ce qui explique évidemment la différence constatée. 42.24% des étudiants se retrouvent désormais dans l’intervalle de notes 10-13, ce qui n’était le cas que pour 35.4% d’entre eux au premier semestre. Cet effet se retrouve dans toutes les catégories de l’histogramme, les étudiants 2018-2019 présentant des pourcentages plus faibles dans les intervalles de notes situés en-dessous de la moyenne, et plus élevés dans les intervalles situés au-dessus. On observe aussi une diminution du pourcentage de décrocheurs, de 19.15% à 16.32%. Ces tendances sont généralement accrues lorsque l’on isole les néo-entrants, issus de la procédure ParcourSup.

Figure 1 : Répartition en pourcentages des résultats des étudiants inscrits en 2017-2018, en 2019-2019, et des néo-entrants de 2018-2019.

La Figure 2 illustre les résultats, au sein de la promotion 2018-2019, des étudiants « OUI » et « OUI SI ». A noter que ces résultats ne concernent que les formations ayant organisé des parcours adaptés pour les étudiants OUI SI, ces formations ne regroupant que 55.4% des étudiants inscrits en Licence 1 STAPS (certaines universités ayant décidé de ne pas ouvrir de parcours adaptés en 2018-2019). Dans ces formations, les parcours adaptés représentent 25.42% des effectifs. Le pourcentage de réussite est de 53.59% pour les OUI et de 23.74% pour les OUI SI. Quand on connaît les pourcentages de réussite affichés au niveau général par d’autres disciplines universitaires, ce taux moyen pour les parcours adaptés en STAPS reste quand même tout à fait honorable…


Figure 2 : Répartition en pourcentages des résultats des étudiants « OUI » et « OUI SI » néo-entrants de la promotion 2018-2019.

La procédure ParcourSup a mis fin au tirage au sort, qui sélectionnait ou éliminait de manière aveugle les candidats, quel que soit leur parcours antérieur. D’une manière générale, il est clair que les étudiants qui ont intégré la Licence STAPS cette année étaient mieux préparés à affronter les études supérieures. La procédure de classement proposée par la C3D a de ce point de vue rempli son rôle, et les résultats concernant les étudiants OUI SI montrent aussi que leur positionnement en parcours adapté était loin d’être injustifié.

Ces résultats nationaux masquent cependant des disparités ne peuvent manquer de questionner. Si l’on ne considère que les universités publiques (les instituts privés présentent généralement des résultats beaucoup plus favorables), le taux de réussite en 2018-2019 monte à 75% dans certaines formations mais ne dépasse pas 11% dans d’autres. Quant à progression de la réussite liée à la mise en œuvre de ParcourSup, elle se situe entre 25 et 30 points dans certaines universités, mais dans d’autres elle peut être tout à fait inexistante. On observe même dans certaines formations des régressions spectaculaires, de l’ordre de 5 à 10 points…

Il n’est pas évident d’identifier les causes de ces écarts de réussite, ni des effets contrastés du classement des candidatures. Le taux de pression à l’entrée dans le diplôme n’est que peu prédictif de la réussite des étudiants, même si l’on observe une légère tendance (on aurait pu évidemment penser qu’une formation en mesure d’accepter toutes les candidatures obtiendrait de plus mauvais résultats qu’une formation ne prenant que les meilleurs candidats, mais ce n’est pas vraiment le cas…). Ni la taille des UFR, ni le taux d’encadrement ne semblent avoir d’effets significatifs. D’une manière générale, toutes les formations qui ont mis en place des parcours adaptés voient cependant leurs résultats progresser. Mais un certain nombre de formations ont des résultats remarquables sans les avoir mis en place…

Les résultats sont parfois pollués par des changements de maquettes ou de modalités de contrôle des connaissances, liés au passage des vagues d’accréditation. Il n’en demeure pas moins que même si les STAPS ont fait des efforts louables pour homogénéiser au niveau national les cahiers des charges et les niveaux d’exigences, la réussite des étudiants semble intimement liée à des usages locaux, basés sur l’histoire de chaque UFR ou de l’université qui l’héberge. Le résultat moyen observé au niveau national découle en partie de manière mécanique de la procédure de recrutement qui a nettement accru le pourcentage de baccalauréats généraux. Les variations autour de cette moyenne semblent relever de normes locales plus ou moins implicites, entre la volonté de faire fructifier cette nouvelle donne et le souci de ne pas donner l’impression de brader les diplômes…

Enfin les parcours adaptés n’ont été mis en place que dans peu d’universités (21 sur 42). On peut regretter ce faible engouement pour un dispositif qui constituait un maillon essentiel de la réforme. Il est par ailleurs difficile de juger un aménagement qui a été mis en place dans l’urgence à la rentrée 2018, et qui en est à sa première année de fonctionnement. On peut espérer le voir se généraliser à l’avenir, et surtout gagner en efficacité.

Chacun pourra évidemment interpréter ces résultats selon ce qu’il voudra y voir, entre le trop et le trop peu. Beaucoup réagissent à ce type de bilan en affirmant que « de toutes manières, on fait dire ce que l’on veut aux statistiques ». Si l’on projette ces résultats aux effectifs nationaux, cela suggère quand même que par rapport à 2017-2018, 2000 étudiants de plus ont obtenu leur première année de Licence STAPS en 2018-2019. Nous ne savons pas si c’est insignifiant ou inespéré. Ça représente quand même quelques amphithéâtres (une unité que les universitaires comprennent sans peine). Ce n’est au moins pas entièrement anodin.

 

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