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CAPEPS: attractivité et démocratisation

On disserte beaucoup dans la presse, en ce début d’année sur la crise des vocations pour les métiers de l’enseignement (voir notamment l’article de Libération du 8 janvier). Dans le concert actuel des informations relatives à leurs retraites et à leurs rémunérations, on a du mal à être optimiste vis-à-vis du recrutement des générations futures d’enseignants. La réforme en cours du processus de recrutement ne risque pas d’arranger les choses.

La Figure 1 indique l’évolution du nombre des candidats au CAPES de mathématiques et au CAPEPS, de 2008 à 2019. Dans les deux cas, on note l’effet de la mise en œuvre de la réforme dite de mastérisation. Le fait que les carrières de l’enseignement, précédemment post-licence deviennent post-master, a déterminé en 2011-2013 une nette baisse du nombre de candidats. On peut noter cependant que si le CAPES de mathématiques peine à reconstituer ses cohortes de candidats, le CAPEPS a depuis retrouvé une attractivité satisfaisante.

Figure 1 : Evolution du nombre des candidats au CAPES de mathématiques et au CAPEPS, de 2008 à 2019.

Encore une fois, l’EPS se démarque comme discipline « entièrement à part ». On peut évoquer plusieurs hypothèses : beaucoup d’étudiants s’orientent vers les STAPS avec le projet de devenir enseignants d’EPS, ils peuvent y trouver une Licence mention « Education et Motricité », qui attire 40% des étudiants inscrits en STAPS, et qui vise une préprofessionnalisation aux métiers de l’enseignement, même si cela ne constitue pas son unique objectif. Il existe dans les UFR STAPS une culture précoce des métiers de l’enseignement, et de ce fait, 87% des candidats au CAPEPS sont issus d’un master MEEF, alors que ce ne sont que 45% dans les autres disciplines. Cette évolution contrastée des candidatures débouche sur une évolution en miroir du pourcentage de réussite, comme l’indique la Figure 2. Si l’on peut s’inquiéter en général de la faible sélectivité des concours de recrutement, le CAPEPS fait exception, avec un taux de réussite de 15.40% en 2019.

Figure 2 : Evolution du pourcentage de réussite au CAPES de mathématiques et au CAPEPS, de 2008 à 2019.

On peut donc noter dans les deux cas l’effet repoussoir de l’accroissement du niveau d’exigence académique pour pouvoir s’inscrire au concours. Depuis 2011 les candidats doivent être inscrits en master, ou justifier de l’obtention préalable d’un master. Cette exigence (alors que le concours restait placé une année après l’obtention de la Licence) avait suffi pour diviser par trois le nombre de candidats. Je laisse à chacun augurer de l’effet du report du concours en cinquième année. Je dois dire que j’ai du mal à imaginer que l’on puisse regretter le tarissement des candidatures aux métiers de l’enseignement, constater l’effet de la réforme de mastérisation telle qu’elle a été opérationnalisée à partir de 2011, et affirmer comme l’a fait le ministre de l’Education Nationale début 2019 que « la vocation normale c’est que le concours se passe en M2 ».

Dans un billet paru voici deux ans, nous avons tenté de convaincre de l’intérêt d’un concours au contraire plus précoce, situé en fin de Licence. Un concours précoce, assurant les lauréats d’une entrée dans la carrière d’enseignant à condition de réussir un master consacré à leur formation professionnelle, tout ou partie de ce master se déroulant en position de fonctionnaire stagiaire, aurait permis sans doute une attractivité plus grande pour ces métiers. Une véritable démocratisation des concours de recrutement ne peut passer que par la sécurisation du parcours des futurs enseignants (voir à ce niveau les analyses de François Dubet). Je crains que cette baisse prévisible des vocations ne touche en priorité les étudiants issus des milieux populaires, sans doute peu enclins à passer cinq années à l’université dans la préparation d’un concours à l’issue incertaine. Je ne suis pas certain que les thuriféraires du report du concours en fin de master aient bien capté cet aspect des choses.

Enfin, comme je l’évoquais dans un billet récent, il est probable que les INSPE ajustent leurs capacités d’accueil en première année sur la base des berceaux d’accueil mis à disposition par les rectorats pour les alternants. En ce qui concerne l’EPS, on peut prévoir à peu près 1000 postes d’alternants au niveau national, alors que les Masters MEEF EPS accueillent en 2019 en première année 2700 étudiants. On peut s’attendre à une réduction sévère des capacités d’accueil, et donc à une nouvelle baisse du nombre de candidats au concours. Pour être plus clair, les capacités d’accueil en Master MEEF pourraient être plus faibles que le nombre d’admissibles traditionnellement observé au CAPEPS. Ajoutons que cette sélection à l’entrée du Master 1 s’effectuera sur des critères locaux, et en fonction d’un nombre de places qui sera essentiellement défini localement par les rectorats, ne tenant compte ni du nombre potentiel de candidats, ni de leur mérite.

Cette réforme va accomplir le tour de force de réduire le nombre de candidats, de forcer les INSPE à opérer à l’entrée en Master 1 une sélection encore plus sévère que celle réalisée traditionnellement par l’admissibilité des concours, et pour finir de mettre fin à toute perspective de formation professionnelle des enseignants à l’université. Je tire mon chapeau à ceux qui ont pensé ce dispositif, et à ceux qui les ont soutenus.

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Commentaire (1)

  1. Julliot philippe

    Très inquiétant,professeur d’EPS passionné, en fin de carrière,j’en suis arrivé lors de nombreux RDV à informer les familles et leurs enfants de la difficulté à envisager cette voie si enrichissante. C’est une sélection sociale,renforcée par la réforme du Bac,et parcours sup. On nous demande d’éduquer,de former, de cultiver un citoyen pour lui permettre de faire des choix éclairés mais derrière ce discours on lui apprend l’acceptation de son sort,la flexibilité, la nécessaire incertitude de son avenir, la responsabilité de ses échecs…

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