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Quelles maquettes d’enseignement pour les futurs masters MEEF ?

A partir de la session 2022, les concours de recrutement seront repoussés en seconde année de master. Les équipes pédagogiques de ces diplômes doivent commencer à réfléchir à l’évolution des maquettes d’enseignement, qui devront être opérationnelles à la rentrée 2021.

Notons d’entrée que les propos qui suivent concernent avant tout le master MEEF EPS, préparant aux concours du CAPEPS et du CAFEP. Concours particulièrement sélectifs : en 2018, on compte par exemple pour le CAPEPS 5014 candidats inscrits, 4000 présents aux épreuves d’admissibilité, 1336 admissibles, et 630 admis. Il s’agit donc de concours qui ne manquent pas d’attractivité. Notons aussi que les candidats ont tous suivi préalablement un parcours préprofessionnel en Licence « STAPS-Éducation et Motricité », au cours duquel ils ont déjà réalisé des stages en établissements scolaires, et que la majorité des candidats (87%) sont issus directement des masters MEEF (53% étaient inscrits M1, 34% en M2). La moyenne générale des admis est de 12.6, et la moyenne du dernier admis de 10.4. Ces précisions sont importantes, car elles orientent sans doute les propos qui vont suivre. Je conçois que dans d’autres disciplines les problématiques puissent être différentes.

Le concours étant placé en seconde année (épreuves d’admissibilité en mars/avril et épreuves d’admission en juin), on peut supposer que les candidats s’investiront corps et âme lors de cette ultime année pour décrocher le concours. Surtout qu’ils arriveront au terme d’un long cursus à l’université, cursus qu’il n’est pas évident d’assumer tant au niveau financier qu’en termes de pression psychologique.

La seconde année du master va devenir nécessairement une période d’affûtage et de bachotage en vue des épreuves du concours. Parce que cela correspondra aux besoins des candidats, et parce que les centres de formation auront à cœur de donner à leurs étudiants les meilleures chances de réussite. C’est misérable pour un master de l’Université, mais c’est la conséquence inéluctable du report du concours en fin de cursus.

Les centres de formations auront donc intérêt à concentrer dans cette deuxième année les enseignements essentiels à la préparation des épreuves des concours, et à avancer en première année ceux qui pourraient représenter une charge de travail non directement utile. C’est une vision pragmatique que l’on peut regretter, mais les étudiants eux-mêmes seront les premiers à nous faire comprendre, notamment par un absentéisme ciblé, ce qu’ils considèrent comme important pour le concours qu’ils préparent. Quant à ceux qui penseraient que la préparation aux concours est en soi une formation au métier d’enseignant, mieux vaut qu’ils arrêtent tout de suite la lecture de ce billet.

Il semble clair que les étudiants ne pourront simultanément en seconde année préparer le concours et réaliser un stage en responsabilité à tiers-temps en établissement. L’expérience que nous avons de la charge de travail et aussi de la charge mentale que représente actuellement le mi-temps en responsabilité pour les fonctionnaires-stagiaires nous incite à penser qu’il serait illusoire d’envisager de mener en parallèle une préparation sérieuse aux concours. Ce stage, pour les étudiants qui en bénéficieront, aura intérêt à être au maximum décalé en première année. Évidemment, on peut penser qu’il est délirant de placer des étudiants en responsabilité face aux élèves dès la première année de master. Les étudiants de STAPS ont comme il a été dit précédemment l’avantage avoir déjà vécu le face-à-face pédagogique lors de leur Licence. J’ose à peine imaginer ce que cela peut représenter pour ceux qui n’auront pas pu bénéficier de cette expérience préalable.

Dans un sursaut de bon sens, le ministère a semble-t-il prévu la possibilité de stages répartis sur les semestres 2 et 3, ce qui permettrait au moins de libérer les étudiants dans la dernière ligne droite du concours. Bricolage hybride, qui ne résoudra aucun problème. On peut d’ailleurs supposer que beaucoup d’étudiants, du moins ceux qui auront les moyens financiers de faire face à des études longues, y regarderont à deux fois avant de « bénéficier » de ces stages en alternance, qui risquent fort de les pénaliser dans leur préparation au concours. D’un autre côté, ils devront expliquer au jury pourquoi ils n’ont pas eu d’expérience en responsabilité…

Les enseignements liés à la formation à et par la recherche auront eux aussi intérêt à basculer en première année. Là aussi, on peut difficilement concevoir simultanément de préparer un concours et de réaliser un mémoire de recherche de qualité. Même si l’on peut envisager, pour sauver la face, que le mémoire soit soutenu en fin de master, les centres de formations vont devoir concentrer en première année la formation théorique et méthodologique et le recueil de données. Enfin, on peut supposer que les enseignements de langues étrangères et ceux liés aux TICE seront eux aussi anticipés et placés en première année.

On a compris que la réforme en cours, repoussant le concours en fin de master, marque la fin de la formation des enseignants à l’université, et surtout la fin de la formation exigeante, appuyée sur la recherche, qui sous-tendait initialement le projet de mastérisation des métiers de l’enseignement. On aura aussi compris que c’est un coup de frein à l’ascenseur social que pouvait représenter pour les étudiants issus des milieux populaires l’accès aux métiers de l’enseignement. Ceux qui ont imposé cette réforme, et ceux qui l’ont soutenu en porteront la responsabilité. Je regrette aussi le silence complice de ceux qui ont préféré laisser passer, pour ne pas froisser leur hiérarchie, ou en attendant la prochaine alternance. On connaît les raisonnements économiques et les calculs politiques qui ont présidé à cette décision et à son soutien.

On peut supposer que dans le confort des cabinets ministériels, ces arguments ne peuvent guère être entendus. Après tout, il y aura toujours des concours, des candidats et des lauréats. Quand on voit le mépris avec lequel les enseignants de ce pays sont traités, on peut concevoir que la qualité de leur formation initiale et celle de leurs modalités de recrutement soient le cadet des soucis des élites dirigeantes.

Pour ceux qui ont raté quelques épisodes, voici quelques billets qui retracent l’histoire, depuis 2012…
Mastérisation et formation des enseignants: Plaidoyer pour un pré-recrutement en Licence. Blog Educpros, 17 novembre 2012
Formation des enseignants et concours de recrutement. Blog Educpros, 6 janvier 2013
Formation des enseignants : où l’on reparle de la place du concours…. Blog Educpros, 9 janvier 2018
Formation des enseignants : pour un concours en fin de Licence, Blog Educpros, 20 juin 2018
Le concours en M2 : c’était la pire des solutions !, Blog EducPros, 22 février 2019
Vers un master MEEF « préparation aux concours », Blog Educpros, 4 juillet 2019
Master MEEF : les bonnes places risquent d’être chères… Blog Educpros, 24 novembre 2019
Vers une réduction des capacités d’accueil en Master MEEF EPS. Blog Educpros, 23 décembre 2019
CAPEPS: attractivité et démocratisation. Blog Educpros, 11 janvier  2020

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