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Master MEEF : L’année de transition va être difficile

J’ai déjà évoqué dans ce blog les dégâts qu’allait entraîner le report des concours de recrutement en seconde année de master : disparition de la formation professionnelle des futurs enseignants, précarisation des parcours des étudiants, incurie programmée de la formation à et par la recherche. Nous avons suffisamment alerté, depuis quelques années, sur les conséquences de cette réforme[1]. J’hésite encore, au vu des orientations décidées par le Ministère de l’Éducation Nationale, entre l’application délibérée d’une conception néolibérale de l’enseignement (qui devrait alors se traduire par une réduction drastique du nombre de postes ouverts aux concours), et une simple incapacité à penser la complexité et à anticiper les conséquences à court et long terme des décisions prises.

Je voudrais ici attirer l’attention sur le court terme, auquel sont d’ores et déjà confrontées les équipes pédagogiques des INSPE : l’année 2021-2022, qui marquera la transition entre les deux systèmes.

Pour faire simple, actuellement les étudiants de master 1 sont concentrés sur la préparation au concours, qu’ils passent à partir de la mi-mars pour les épreuves d’admissibilité, et courant juin pour les épreuves d’admission. Les étudiants de seconde année, lauréats du concours, sont fonctionnaires stagiaires et bénéficient d’une formation en alternance, avec un mi-temps en responsabilité en établissement scolaire, et un mi-temps de formation à l’université.

On conçoit que l’année prochaine, le master 2 MEEF devra accueillir deux catégories d’étudiants : les lauréats du concours 2021, qui auront le statut de fonctionnaire stagiaire, et les collés de ce même concours, qui auront la chance de pouvoir retenter la session 2022, bien que devant assurer une charge d’enseignement en établissement scolaire à tiers temps. Dans sa grande sagesse, l’institution a ainsi décidé pour les seconds de concentrer en une seule année la préparation à un concours sélectif, une expérience et une formation professionnelles approfondies, et enfin la réalisation et la soutenance d’un mémoire de recherche. Il faut vivre sur une autre planète, dans le confort ouaté d’un ministère, pour penser une seule minute que ce soit envisageable : on comprendra sans peine que les préoccupations de ces étudiants se concentreront prioritairement sur le premier objectif, au détriment des deux autres.

Les INSPE devront cependant faire cohabiter dans la même formation, et attribuer le même diplôme à des étudiants aux motivations si disparates : les premiers se formant professionnellement dans le confort relatif d’une titularisation probable, les seconds vivant dans le stress d’un concours incertain, jouant leur avenir professionnel après cinq années d’études universitaires.

La logique aurait voulu que les INSPE puissent faire fonctionner en parallèle, durant cette année de transition, deux maquettes d’enseignement spécifiques, l’une pour les fonctionnaires stagiaires, et l’autre pour les candidats aux concours. Il aurait évidemment fallu pour cela prévoir des moyens, tant en postes qu’en heures d’enseignement, pour permettre aux INSPE d’assurer simultanément ces deux missions. Visiblement les rectorats et les universités n’avaient pas prévu grand-chose et découvrent sur le tard les conséquences d’une réforme qu’ils pensaient anodine. Les universités, au nom de la nécessaire soutenabilité budgétaire, souhaiteraient que tous les étudiants soient alignés sur la même maquette (pas facile quand certains sont stagiaires à tiers-temps, et d’autres à mi-temps, quand les uns préparent un concours que les autres ont déjà décroché,  quand les uns devront soutenir  leur mémoire le plus vite possible pour libérer la fin de l’année pour les  épreuves du concours, alors que les autres pourront peaufiner leur travail de recherche en vue d’une soutenance tardive). Convaincues des difficultés d’une telle entreprise, les universités demandent aux équipes pédagogiques d’au moins mutualiser au maximum les enseignements, afin de réduire les coûts. Comme si les compétences requises pour réussir un concours étaient les mêmes que pour être un bon enseignant. Comme si, à partir du moment où l’on évoque l’École et l’enseignement, un cours serait également profitable aux uns et aux autres.

D’un autre côté, les rectorats découvrent avec effroi que la réforme va faire exploser les effectifs en master 2, avec l’obligation de proposer des lieux de stage pour chacun, pas trop éloignés des centres de formation, et pour beaucoup en responsabilité, ce qui risque de perturber sévèrement les mouvements inter- et intra-académiques des enseignants titulaires. Pour le moment, les ministères ne semblent pas avoir pris la mesure du problème, ou sont protégés des vagues par les institutions intermédiaires, ou ont d’autres chats à fouetter…

Comme d’habitude, ce sont évidemment les équipes pédagogiques qui vont devoir bricoler, inventer des solutions acrobatiques face à des contraintes antagonistes, se satisfaire des budgets que pourront concéder universités et rectorats. Les emplois du temps devront concilier des exigences multiples (temps de déplacement des étudiants entre lieux de stage et centres de formation, alignement des troncs commun et répartition des enseignements spécifiques, etc.), ce qui promet des journées bien longues et des semaines bien étalées. Et pour des équipes pédagogiques qui ne peuvent guère espérer de renfort significatif, beaucoup d’heures consacrées à corriger des copies, à suivre des mémoires, à accompagner les uns dans leurs premiers pas professionnels et les autres dans leurs angoisses de candidats, le tout pour une rémunération forfaitaire qui confine au bénévolat.

Remercions encore ceux qui ont  pensé cette réforme, ceux qui l’ont soutenue, ceux qui l’ont préparée, pour leur étonnante sagacité.

[1]  CAPEPS : attractivité et démocratisation. Blog Educpros, 11 décembre 2020

Vers une réduction des capacités d’accueil en Master MEEF EPS. Blog Educpros, 23 décembre 2019

Master MEEF : les bonnes places risquent d’être chères… Blog Educpros, 24 novembre 2019

La « reprise en main » de la formation des enseignants par l’Éducation Nationale, Blog Educpros, 27 Aout 2019

Vers un master MEEF « préparation aux concours », Blog Educpros, 4 juillet 2019

Le concours en M2 : c’était la pire des solutions !, Blog EducPros, 22 février 2019

Formation des enseignants : pour un concours en fin de Licence, Blog Educpros, 20 juin 2018

Formation des enseignants et concours de recrutement. Blog Educpros, 6 janvier 2013

Mastérisation et formation des enseignants : Plaidoyer pour un pré-recrutement en Licence. Blog Educpros, 17 novembre 2012

 

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