L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

Archives par auteur: Didier Delignières

Au sujet de Didier Delignières

Je suis Professeur à l’Université Montpellier 1 et doyen de la Faculté des Sciences du Sport (UFR STAPS). Je suis également vice-président de la Conférence des Directeurs d’UFR STAPS, plus spécialement en charge des Masters Enseignement. Mes travaux de recherche portent essentiellement sur l’analyse des fluctuations dans le comportement des systèmes complexes, et ses applications dans le domaine du mouvement humain, de l’apprentissage et de la réhabilitation. Mes engagements et mes activités d'enseignement m’amènent aussi à m'intéresser de près aux évolutions des systèmes scolaire et universitaire, à l'éducation, et en particulier à l'Education Physique et Sportive.

Mieux former les enseignants en dépensant moins

Dans un post récent j’ai évoqué les propositions du Groupe Reconstruire la Formation des Enseignants (GRFDE) concernant l’intérêt d’envisager un prérecrutement en Licence des futurs enseignants, et son travail d’estimation des coûts des diverses solutions actuellement en débat.

Je mets ici à disposition le document fourni par le GRFDE. Il montre clairement qu’au-delà des avantages du précretrument pour une formation de qualité des futurs enseignants, cette solution s’avère la moins onéreuse.

Le texte du GRDE: Mieux former les enseignants en dépensant moins

Formation des enseignants et concours de recrutement

Le Groupe Reconstruire la Formation des Enseignants (GRFDE) milite pour un modèle basé sur un prérecrutement en licence, laissant ensuite aux universités la charge de former professionnellement les futurs enseignants durant les deux années de master (http://grfde.eklablog.com/). Ce groupe a tenté de chiffrer cette proposition, et leur étude démontre que cette solution se révélerait beaucoup moins onéreuse que les modèles envisagés actuellement (concours en M1 ou concours en M2). Il semble que le ministère se refuse cependant à envisager cette éventualité, restant crispé sur l’hypothèse d’un concours situé en première année de Master. (suite…)

Des normaliens pour quoi faire ?

Cet éditorial est paru en 2012 dans la revue Movement & Sport Sciences, n°77

Le Département Sciences du Sport et de l’Education Physique de l’Ecole Normale Supérieure de Ker-Lann fête ses dix ans. A l’occasion de cet anniversaire, j’ai eu l’honneur de participer dans les locaux de l’Ecole à une table ronde consacrée à la place de l’ENS dans le monde des STAPS et de l’EPS. J’y ai tenu des propos que certains ont pu trouver provocateurs. Je voudrais ici rapporter cet argumentaire, en développant certains aspects particulièrement problématiques.

Il faut avouer qu’à la naissance du bébé, l’eau du bain était sacrément polluée. L’ENS avait été créée sur un campus isolé de Bretagne, au grand dam d’universités telles que Lyon ou Montpellier, qui auraient volontiers accueilli la prestigieuse institution et qui possédaient sans doute une culture de l’EPS plus ancrée. Le nouveau Département avait certes des moyens logistiques et financiers conséquents, mais ses ressources humaines étaient bien limitées. On avait mis en outre à sa tête un directeur qui n’avait jamais lui même été enseignant d’EPS, ce qui n’avait pas manqué de surprendre, voire de susciter quelques jalousies. (suite…)

Enseigner l’Education Physique et Sportive : Une histoire de mecs

La féminisation du corps enseignant est un phénomène dont il devient de bon ton de s’inquiéter. Avec 93% d’enseignantes à l’Ecole maternelle, 78% dans le primaire, et 57% dans le secondaire, il est clair que l’enseignement devient massivement une affaire de femmes. D’aucuns y voient une conséquence de la dévalorisation du métier d’enseignant. D’autres s’inquiètent de la perte d’autorité, ou du déficit de modèles masculins dans la communauté éducative.

L’Education Physique et Sportive, décidément toujours à part, marque encore ici sa différence. Les femmes ne représentent en effet que 45% des professeurs d’Education Physique et Sportive. Et cette proportion ne risque pas de s’accroître : lors du concours 2012, les femmes ne représentaient que 35% des candidats, et in fine 37% des admis. Là où les uns s’inquiètent d’une féminisation excessive, c’est au contraire la masculinisation du corps enseignant qui interroge en d’Education Physique et Sportive. (suite…)

Formation des enseignants : les spécificités de l’Education Physique et des STAPS

Tout le monde sait que depuis la réforme dite de « mastérisation », les enseignants nouvellement nommés arrivent dans les établissements scolaires en n’ayant jamais vu un élève, en n’ayant aucune idée du métier d’enseignant. C’est du moins ce que racontent à l’envi les media. (suite…)

Qui pilote réellement les Masters «Enseignement»?

A l’heure où l’université s’interroge sur la création des futures ESPE et leur rôle dans le pilotage des masters « Enseignement », il est intéressant de se poser la question du pilotage actuel de ces formations. Je vais ici présenter un rapide panorama des formations dans lesquelles je suis particulièrement impliqué : les masters « Métiers de l’Enseignement et de la Formation » consacrés à l’Education Physique et Sportive. Ces masters sont ouverts dans 44 centres de formation. Nous avons mené une enquête sur ces masters et obtenu des réponses pour 26 d’entre eux.

Les UFR et Départements STAPS sont le plus souvent les maîtres d’œuvre de ces masters : les seuls masters entièrement pilotés par l’IUFM sont ceux de Corte et de Pointe-à-Pitre. Dans tous les autres cas, le master est habilité par les UFR STAPS. Si les masters fonctionnent dans 81% des cas avec des équipes mixtes UFR/IUFM, des conventions fixent officiellement leurs contributions respectives dans seulement 38% des formations. (suite…)

ESPE: Prise de position de la Conférence des Directeurs STAPS

Voici la contribution de la Conférence des Directeurs et Doyens des UFR STAPS au sujet du projet de création des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education.

Réforme de la formation des enseignants.

Place et rôle des UFR STAPS pour une formation efficace des professeurs d’EPS.

La Conférence des Directeurs et Doyens STAPS (C3D), réunie à La Rochelle le 27 novembre 2012, se positionne sur la réforme en cours de la formation des enseignants. Les UFR et Départements STAPS pilotent 42 masters « Enseignement », principalement dédiés à la formation des professeurs d’Education Physique et Sportive (1464 étudiants inscrits en M1, 1007 en M2, soit 40% des étudiants inscrits dans les masters STAPS). (suite…)

La compensation : une insulte au bon sens, un profond mépris pour les étudiants

L’arrêté du 11 Août 2011 relatif  à la Licence régit depuis plus d’une année des modalités d’attribution de ce diplôme. L’article 16 précise en particulier les modalités de compensation : « la compensation est organisée sur le semestre, sans note éliminatoire et sur la base de la moyenne générale des notes obtenues pour les diverses unités d’enseignement, pondérées par les coefficients ; d’autre part, elle est organisée entre deux semestres immédiatement consécutifs en application de l’article L. 613-1 du code de l’éducation ». (suite…)

Enseignants-chercheurs: enseignants par obligation, pédagogues à l’occasion

J’ai évoqué dans deux billets précédents l’incapacité de l’université à prendre la mesure des besoins de la population étudiante dont elle a la charge. Ceci renvoie à une nécessité sans doute trop évidente pour être prise d’emblée en compte: il faut prendre les étudiants tels qu’ils sont, et non tels qu’on les rêve.

On peut se demander si les enseignants-chercheurs, à l’université, sont réellement en mesure d’opérer cette mise en perspective. Il faut conserver à l’esprit que les enseignants-chercheurs sont issus de la crème de l’université : ils ont obtenu une thèse, ils ont ferraillé dans des concours difficiles pour obtenir un poste, ils se sont hissés aux sommets de leur domaine de recherche, ils appartiennent à l’élite intellectuelle de la Nation. Que peuvent-ils comprendre à l’étudiant normal, qui vient juste d’obtenir son baccalauréat, parfois difficilement, et qui n’a pas de projet de vie clairement défini ? D’autant que ces enseignants-chercheurs ne sont formés, recrutés et évalués que sur leur activité de recherche : aucun d’entre eux n’a eu de réelle formation pédagogique. (suite…)

Simplifier l’offre de formation: Est-ce vraiment un bonne idée?

Un argument fréquemment répété est que l’offre de formation de l’université est trop complexe, illisible. La ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche s’en est récemment émue. L’université propose 9.900 différents intitulés de licences ou de masters: comment les étudiants peuvent-ils s’y retrouver pour construire leur parcours de formation ? La solution est évidente : il faut simplifier, revenir à une offre de formation plus compacte, une centaine de Licences, pourquoi pas une dizaine, clairement identifiées par de grands domaines disciplinaires. Des enseignements enfin lisibles, une offre de formation rassurante, compréhensible pour les lycéens, leurs parents, et les employeurs. On ne peut a priori qu’être d’accord avec cette proposition, pleine de bon sens. Mais nous savons aussi que les solutions de bon sens ne sont pas nécessairement les meilleures, et la simplification de l’offre de formation est de mon point de vue l’archétype de la fausse bonne idée. (suite…)

Les Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education : Avis de tempête sur la formation des enseignants

Le ministère de l’Education Nationale a annoncé la création prochaine des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education (ESPE), structures destinées à piloter les formations initiales et continues aux métiers de l’enseignement et de l’éducation. Le formatage de ces ESPE n’est pas encore clairement défini, mais il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour envisager les remous qui accompagneront leur naissance.

Il est clair notamment que la création des ESPE consacre le retour des IUFM, massacrés par le gouvernement Sarkozy. Bien sûr, on répète à l’envi que les ESPE ne sauraient être des IUFM bis, vaguement ripolinés. Il s’agit de créer un nouveau concept, assurant la réussite de la mastérisation tout en permettant une réelle formation professionnelle des futurs enseignants. Il n’en demeure pas moins que les IUFM, institutions et personnels,  seront candidats pour investir ce nouvel espace. (suite…)

L’université est-elle faite pour faire réussir les étudiants?

La réussite des étudiants à l’université était l’un des axes de réflexion retenus par les récentes Assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. La majeure partie des propositions ont tourné autour d’un leitmotiv lancinant : l’université ne peut assurer la réussite des étudiants par manque de moyens. Un constat s’impose cependant : les millions d’euros investis ces dernières années dans le Plan Réussite en Licence n’ont pas généré de rebond spectaculaire des statistiques de réussite. L’échec en première année de Licence touche toujours plus de 50% des étudiants. Le taux de réussite à la licence en trois ans est passé de 38,7% à 33,8% entre 2006 et 2011. (suite…)

Mastérisation et formation des enseignants: Plaidoyer pour un pré-recrutement en Licence

Le principe général de la mastérisation était d’élever le niveau de recrutement des enseignants. Jusque-là ces derniers étaient recrutés après concours au niveau licence, il s’agissait de repousser ce recrutement au niveau master, soit après la validation de cinq années universitaires.

On sait qu’un des objectifs de cette réforme était de pouvoir envisager une revalorisation ciblée des rémunérations des enseignants. Mais il était aussi attendu d’élever leur niveau de formation. La dévolution de principe des masters enseignement aux universités contenait en germe l’idée de confier la formation des enseignants aux institutions garantissant la maîtrise des savoirs disciplinaires , et son adossement à la recherche. Cette réforme avait aussi le but de dessaisir de cette mission les IUFM, présentés comme le creuset d’un pédagogisme verbeux et inutile. Il est sans doute inutile de disserter sur ces deux aspects de la réforme dite de mastérisation, teintés d’idéologisme à courte vue. Ils ont institué une situation de fait, dont il convient maintenant d’analyser les conséquences. (suite…)