L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

Université

7 janvier 2015

Dévastés. C’est ce que beaucoup ont éprouvé ce jour-là. Parce que les victimes nous avaient accompagnés pendant des années, parce qu’ils faisaient partie de nos vies, parce qu’ils nous avaient enseigné l’impertinence, le rire et la liberté. Parce qu’ils étaient les piliers d’une culture qui nous est chère. Comme si l’on avait assassiné ensemble Brassens, Brel et Ferré. Parce que nous avons ressenti cet acte barbare comme une injustice profonde, fusils contre crayons, brutalité contre innocence.

Au-delà des personnes, ce sont des principes qu’on a voulu détruire. Des principes auxquels la communauté universitaire est essentiellement attachée : la liberté de penser autrement, de critiquer, la confrontation des idées, le respect des différences. En tant qu’universitaires, en tant que chercheurs, nous avons à cœur d’avancer dans la voie de la connaissance, des idées neuves, dans le refus des dogmes et de la pensée fermée.

Nous sommes aussi des enseignants, et nous avons de ce fait une responsabilité forte dans la formation des acteurs de la société de demain. Surtout lorsque nous formons des enseignants et des éducateurs, qui seront eux-mêmes en charge de la jeunesse. Au-delà des savoirs scientifiques et des compétences professionnelles, derrière lesquels il est souvent confortable de se réfugier, l’université doit être porteuse de valeurs. On se pose beaucoup ces jours-ci la question de l’éducation à la citoyenneté dans les établissements scolaires. L’université n’est pas exonérée de cette responsabilité. D’aucuns pourraient considérer cette perspective comme une perte de temps, ou estimer qu’ils ne sont pas formés pour cela. La pédagogie universitaire est sans doute à réformer, et la formation citoyenne ne doit pas être occultée dans ce processus.

A l ‘UVSQ, les formations STAPS servent de variable d’ajustement

Nous avons évoqué sur ce site voici quelques mois les incertitudes quant à l’avenir du Département STAPS de l’Université de Versailles – Saint Quentin en Yvelines. Rappelons notamment que le président de l’université a décidé de fermer le recrutement en première année de Licence STAPS pour la rentrée 2014 (http://blog.educpros.fr/didier-delignieres/2014/06/20/la-disparition-programmee-du-departement-staps-de-versailles/, http://blog.educpros.fr/didier-delignieres/2013/11/30/le-departement-staps-de-versailles-en-danger/).

le Conseil de l’UFR des Sciences de la Santé, dont dépend le Département STAPS, a pourtant adopté le 26 juin 2014 le projet d’une Licence STAPS Activité Physique Adaptée – Santé, parfaitement justifiée dans cette UFR au vu des vœux APB, et de la politique de prévention santé actuellement développée. Or le Président de l’UVSQ a annoncé dans Educpros le 22 septembre 2014 que « d’ici à deux ans, il n’y a aura plus de STAPS à l’UVSQ… car il ne reste que deux enseignants titulaires…. ». (suite…)

Les conférences de doyens et directeurs d’UFR s’expriment sur les nouvelles architectures universitaires

Après l’adoption de la loi de juillet 2013, tous les établissements d’enseignement supérieur se trouvent précipités dans une recomposition territoriale initiée par le « pacte recherche » (2005) et la loi LRU (2007).

Des décisions importantes visant à des fusions ou à l’ajout d’une strate supplémentaire de « communauté » entre plusieurs établissements sont censées être prises avant le 23 juillet 2014.

Dans les nouvelles architectures qui émergent, trois évolutions majeures se dégagent :

1. Une remise en cause du lien Formation/Recherche par l’affaiblissement du rôle des UFR.

2. Un découplage entre les licences et les masters, les premiers restants au niveau de l’université, les seconds fortement impliqués voire mutualisés dans les nouveaux regroupements de type COMUE.

3. Une structuration de la recherche présentée en agrégats de mots-clefs (énergie, humanités, environnement, nouvelles technologies,…). Ces termes supposés plus concrets pour les décideurs politiques et économiques (qui pourraient donc davantage contribuer aux budgets universitaires) tendent à effacer la cohérence des corpus disciplinaires et des règles spécifiques qui en établissent la légitimité scientifique. (suite…)

La disparition programmée du Département STAPS de Versailles

Le département STAPS de l’université de Versailles n’accueillera aucun étudiant en Licence 1 à la rentrée prochaine. Cette fermeture de la Licence 1 est une étape dramatique dans un processus que nous avions déjà évoqué sur ce site (http://blog.educpros.fr/didier-delignieres/2013/11/30/le-departement-staps-de-versailles-en-danger/). On sait depuis longtemps que l’UVSQ est en faillite. Malgré une aide conséquente apportée par l’Etat au cours du printemps, l’université a du mal à retrouver l’équilibre budgétaire et c’est le Département STAPS qui en fait les frais. Dans un premier temps le Président de l’université avait décidé une réduction de la capacité d’accueil de la première année de Licence. Cette fois la mesure est plus drastique, la première année de Licence STAPS est rayée de l’offre de formation. (suite…)

Pour un enseignement des valeurs à l’université

L’université a longtemps été conçue comme ce lieu exceptionnel, à la fois producteur et diffuseur de savoir. On peut ajouter que sa mission ne se destinait qu’à un public restreint, sélectionné par l’enseignement secondaire.

Deux évolutions récentes ont sensiblement changé la donne. C’est déjà la massification de l’université : avec plus de 80% de bacheliers, c’est maintenant à la masse de la population que l’université doit s’adresser. Ensuite, c’est une exigence marquée vers la professionnalisation et l’insertion professionnelle. Finie la diffusion désintéressée du savoir, les connaissances doivent servir la professionnalité et viser l’insertion future des diplômés sur le marché du travail. (suite…)

Quelques réflexions sur la limitation des capacités d’accueil à l’université

L’Université, notamment dans le cadre de la gestion des premières années d’études supérieures, est confrontée à un ensemble d’exigences particulièrement contradictoires.

La première est souvent rappelée, comme balise incontournable : tous les bacheliers doivent pouvoir être accueillis dans la formation supérieure de leur choix. Principe généreux, inscrit dans la Loi, et dont le système universitaire français peut être fier.

La seconde nous ramène à un quotidien plus pragmatique : les composantes universitaires doivent fonctionner à budget constant. C’est-à-dire que le budget d’une UFR ou sa dotation en postes, ne sont pas liés au nombre d’étudiants qu’il accueille. Il faut faire avec les moyens que l’on a. Principe de réalité. (suite…)

Le Département STAPS de Versailles en danger

Le département STAPS de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines traverse une période difficile. Créé en 1999 au sein de l’UFR Sciences de la Santé, ce Département de taille modeste accueille 306 étudiants, dont 168 en première année. L’équipe statutaire se compose de 5 enseignants-chercheurs, d’un PAST et d’un enseignant de statut second degré, représentant un taux d’encadrement de 32%.

L’université de Versailles a décidé de geler trois de ces postes (suite à un départ à la retraite et de deux demandes de mutation). Dans cette perspective, le taux d’encadrement redescendrait à 15%, interdisant tout perspective d’habilitation ministérielle. L’université a également décidé de réduire la capacité d’accueil en première année à 60 étudiants, et 31 demandes de réorientation ont été rejetées sur demande de la présidence. (suite…)

Cadre National des Formations: le nouveau texte n’évoque pas l’inscription des parcours sur les diplômes

Une nouvelle version du Cadre National des Formations nous a été communiquée le 6 novembre. Ce texte ne fait pas mention de l’inscription sur le diplôme, sous forme de visa, du parcours suivi par l’étudiant, alors que cette disposition apparaissait dans la version précédente du texte. Cette absence a vivement inquiété la communauté des STAPS car elle risquait d’affecter gravement les perspectives d’employabilité des étudiants. Le Code du Sport de 2004 accorde aux licenciés STAPS des prérogatives d’intervention spécifiques, à condition que les intitulés des « filières » suivies apparaissent sur les diplômes (« Activité Physique Adaptée-Santé », « Education et Motricité », « Entraînement Sportif »). L’inscription de ces parcours sur les diplômes est une solution qui a priori doit permettre de pallier la suppression des 5 spécialités nationales.

Jean-Michel Jollion a eu la courtoisie de nous contacter  pour nous rassurer sur le principe d’inscription des parcours sur les diplômes. Ce principe est acté et son absence dans le texte soumis à concertation n’est liée qu’à un problème de hiérarchie des textes règlementaires. Dont acte. Notre réaction a été à la mesure de l’enjeu pour notre système de formation.

Capacités d’accueil : un tirage au sort à l’entrée à l’Université ?

Les médias se sont fait l’écho en cette rentrée de l’émoi déclenché par l’instauration d’un tirage au sort à l’entrée en première année de Licence dans certains UFR STAPS (voir notamment http://m.poitou-charentes.france3.fr/2013/07/10/polemique-les-lyceens-candidats-aux-staps-de-poitiers-dependants-d-un-tirage-au-sort-285795.html . On a même été jusqu’à affirmer que le recours au tirage au sort venait du refus des universités d’analyser les dossiers des candidats.

Revenons aux faits. Tout d’abord ce ne sont pas les universités qui opèrent ce tirage au sort, mais l’application PostBac. Deuxièmement, ce tirage au sort relève simplement de l’application de la Loi, le Code de l’Education prévoyant que si le nombre de candidatures excède le nombre de places disponibles, seul un tirage au sort peut permettre de sélectionner les étudiants parmi les candidats éligibles. C’est en effet la moins mauvaise solution, si l’on veut respecter le principe d’égalité face  à l’accès à l’université des bacheliers. (suite…)

Entrée à l’université: le chemin de croix

3273 candidats pour la Licence 1 sur Admission PostBac, dont plus d’un millier en premier choix. 53% en provenance d’autres académies. Auxquels on doit ajouter une bonne centaine de demandes de réorientation, une cinquantaine de demandes de sportifs de haut-niveau, quelques dizaines de dossiers Campus France et des demandes de reprise d’étude. L’UFR STAPS de Montpellier fait montre d’une belle attractivité.

Mais nous ne pouvons offrir plus de 650 places en première année de Licence, suite ou plutôt grâce à l’octroi par le Rectorat d’une limitation de nos capacités d’accueil. Cette limitation a été rendue nécessaire pour garantir la sécurité des étudiants. Et je ne parle pas des 1400 demandes de transfert de dossier universitaire en L2, L3 et M1, que nous ne pourrons satisfaire qu’au compte-goutte. (suite…)

Exit la qualification aux fonctions d’enseignant-chercheur?

Je pensais qu’il était temps que l’année finisse. Des mois à se bagarrer pour le montage improvisé des ESPE et des masters enseignements, puis les nomenclatures des diplômes et la disparition des spécialités, le tout sur un fond de dossiers AERES, formation et recherche. Dure saison.

La dernière couche est donc la disparition de la qualification. En d’autres termes, la fin de toute référence nationale, la ruine des efforts des CNU pour maintenir et élever le niveau des enseignants-chercheurs, la porte ouverte aux mandarinats, aux recrutements de complaisance, aux thèses arrangées. Étonnant à l’heure où l’on veut élever le niveau des universités, leur permettre de concurrencer les meilleurs établissements internationaux, et permettre à 50% de la population d’accéder au niveau Licence.

S’il y a une logique derrière tout cela, je dois dire que j’ai quelque difficulté à la percevoir.

Position de la C3D STAPS sur la Nomenclature des Diplômes

La C3D, en accord avec les positions publiées par l’ANESTAPS et le SNEP,  demande la transformation de ses cinq spécialités actuelles en mentions:

1.  STAPS – Activité Physique Adaptée et Santé
2.  STAPS – Education et Motricité
3.  STAPS – Entraînement Sportif
4.  STAPS – Management du Sport
5.  STAPS – Ergonomie du Sport et Performance Motrice

Cette demande est justifiée par l’effort réalisé par la C3D ces dernières années pour simplifier et homogénéiser son offre de formation au niveau national, et pour permettre la lisibilité de ses diplômes.

La C3D donne mandat à son Président d’engager les discussions en fonction des propositions qui seront faites par la DGESIP, en conservant comme ligne rouge le maintien des prérogatives d’emploi pour les métiers à exercice règlementé.

 

Motion adoptée en séance plénière à Montpellier le 13 juin 2013

Intitulés des diplômes nationaux de master

Le projet de nomenclature des intitulés de diplôme national de master fait des propositions assez étonnantes. Evidemment, je me suis principalement intéressé au sort réservé aux STAPS. La proposition est claire : un seul intitulé « STAPS » (c’est la seule discipline à laquelle ce sort est réservé), en d’autres termes un diplôme indifférencié où rien n’apparaîtra des spécificités de la formation suivie par l’étudiant, hormis sur l’annexe descriptive.

Quand on sait que les spécialités actuelles des masters STAPS renvoient à des domaines aussi variés que l’entraînement sportif, la réhabilitation des maladies chroniques, le management des entreprises de tourisme sportif, ou l’ergonomie des matériaux sportifs, on peut légitimement se demander si c’est une bonne idée. (suite…)

La disparition des spécialités : un coup dur pour l’insertion professionnelle

La suppression des spécialités, en Licence et en Master, répond à un souci de simplification de l’offre de formation. Elle entraîne cependant des effets pervers, notamment lorsque les diplômes préparent à des professions à cadre réglementé, ce qui est justement le cas pour la plupart des spécialités de Licence STAPS.

La Conférence des Directeurs d’UFR STAPS a réalisé ces dernières années un lourd travail de structuration de l’offre de formation, ne retenant que cinq spécialités de Licence STAPS : (1) Activité Physique Adaptée et Santé, (2) Education et Motricité, (3) Entraînement Sportif, (4) Management du Sport, et (5) Ergonomie du Sport et Performance Motrice. Chacune de ces spécialités a fait l’objet en 2006 du dépôt d’une fiche RNCP, décrivant les compétences acquises par les titulaires des diplômes correspondants. (suite…)

La compensation : une insulte au bon sens, un profond mépris pour les étudiants

L’arrêté du 11 Août 2011 relatif  à la Licence régit depuis plus d’une année des modalités d’attribution de ce diplôme. L’article 16 précise en particulier les modalités de compensation : « la compensation est organisée sur le semestre, sans note éliminatoire et sur la base de la moyenne générale des notes obtenues pour les diverses unités d’enseignement, pondérées par les coefficients ; d’autre part, elle est organisée entre deux semestres immédiatement consécutifs en application de l’article L. 613-1 du code de l’éducation ». (suite…)

Enseignants-chercheurs: enseignants par obligation, pédagogues à l’occasion

J’ai évoqué dans deux billets précédents l’incapacité de l’université à prendre la mesure des besoins de la population étudiante dont elle a la charge. Ceci renvoie à une nécessité sans doute trop évidente pour être prise d’emblée en compte: il faut prendre les étudiants tels qu’ils sont, et non tels qu’on les rêve.

On peut se demander si les enseignants-chercheurs, à l’université, sont réellement en mesure d’opérer cette mise en perspective. Il faut conserver à l’esprit que les enseignants-chercheurs sont issus de la crème de l’université : ils ont obtenu une thèse, ils ont ferraillé dans des concours difficiles pour obtenir un poste, ils se sont hissés aux sommets de leur domaine de recherche, ils appartiennent à l’élite intellectuelle de la Nation. Que peuvent-ils comprendre à l’étudiant normal, qui vient juste d’obtenir son baccalauréat, parfois difficilement, et qui n’a pas de projet de vie clairement défini ? D’autant que ces enseignants-chercheurs ne sont formés, recrutés et évalués que sur leur activité de recherche : aucun d’entre eux n’a eu de réelle formation pédagogique. (suite…)

Simplifier l’offre de formation: Est-ce vraiment un bonne idée?

Un argument fréquemment répété est que l’offre de formation de l’université est trop complexe, illisible. La ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche s’en est récemment émue. L’université propose 9.900 différents intitulés de licences ou de masters: comment les étudiants peuvent-ils s’y retrouver pour construire leur parcours de formation ? La solution est évidente : il faut simplifier, revenir à une offre de formation plus compacte, une centaine de Licences, pourquoi pas une dizaine, clairement identifiées par de grands domaines disciplinaires. Des enseignements enfin lisibles, une offre de formation rassurante, compréhensible pour les lycéens, leurs parents, et les employeurs. On ne peut a priori qu’être d’accord avec cette proposition, pleine de bon sens. Mais nous savons aussi que les solutions de bon sens ne sont pas nécessairement les meilleures, et la simplification de l’offre de formation est de mon point de vue l’archétype de la fausse bonne idée. (suite…)

L’université est-elle faite pour faire réussir les étudiants?

La réussite des étudiants à l’université était l’un des axes de réflexion retenus par les récentes Assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. La majeure partie des propositions ont tourné autour d’un leitmotiv lancinant : l’université ne peut assurer la réussite des étudiants par manque de moyens. Un constat s’impose cependant : les millions d’euros investis ces dernières années dans le Plan Réussite en Licence n’ont pas généré de rebond spectaculaire des statistiques de réussite. L’échec en première année de Licence touche toujours plus de 50% des étudiants. Le taux de réussite à la licence en trois ans est passé de 38,7% à 33,8% entre 2006 et 2011. (suite…)