Le doctorat au registre national des certifications professionnelles : regard critique

registre national des certifications professionnelles

Peut-être faudra-t-il mettre un jour les compétences des doctorant.e.s et docteur.e.s directement dans la constitution ! Notre Ministre de la Justice – dr Nicole Belloubet (que nous avions interviewé il y a quelques années) – n’est-elle pas spécialiste de droit constitutionnel après tout ! Bon en attendant, il faudra se contenter d’un arrêté, ce qui est déjà pas mal, en tout cas une avancée. L’injustice – qui consistait à ne pas reconnaître le doctorat comme une certification – a été réparée non par la Ministre de la Justice mais par la Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation dr Frédérique Vidal. Il est signé le 22 février 2019 soit pas moins de 15 mois après son annonce le 20 octobre 2017 lors du salon PhD Talent Career Fair. On peut en déduire qu’il a fallu batailler pour écrire et publier ces 4 petits articles et cette annexe de 6 blocs de compétences. Mais oui, c’est bien réel « Le doctorat est enregistré au répertoire national des certifications professionnelles. » selon l’article 1 de l’arrêté. Alléluia !

Il faut dire que la procédure nécessitait de faire valider cette idée par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche. Celui-ci est, rappelons-le, l’institution qui réunit les représentant.e.s des établissements de l’ESR (60 conseillers) et les représentant.e.s des forces politiques, économiques, sociales et culturelles (40 conseillers) sous la présidence du ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ou la personne que le ministre désigne à cet effet. Il n’y a malheureusement pas de représentant.e.s des doctorant.e.s dans cette instance réunit au moins trois fois par an alors que la CJC demande un collège spécifique depuis de nombreuses années. Parmi ses activités, il se prononce sur les orientations générales de l’enseignement supérieur et sur les diplômes. Pourquoi pas le diplôme de doctorat donc !

 

 

1) Le cadre législatif

 

Comme tout arrêté, l’arrêté du 22 février 2019 s’appuie sur tout un arsenal juridique :

 

  • la recommandation du Conseil européen du 22 mai 2017 concernant le cadre européen des certifications pour l’apprentissage tout au long de la vie ;
  • le code de l’éducation, notamment son article L. 613-1 qui donne le monopole de la collation des grades et des titres universitaires à l’Etat, comment il les définit par décret après avis du CNESER ;
  • le code du travail, notamment ses articles 6113-1 (Cet article, introduit par l’article 31 de la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, prévoit que les certifications professionnelles enregistrées au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) sont classées par niveau de qualification. Il renvoie à un décret – le décret n° 2019-14 du 8 janvier 2019 – simple le soin de classer les niveaux de qualification selon un cadre national des certifications qui détermine les critères de gradation des compétences au regard des emplois et des correspondances possibles avec les certifications des Etats appartenant à l’Union européenne.), D. 6113-34 (Cet article fixe le principe d’une nomenclature reposant sur une grille de niveaux de qualification permettant une correspondance avec le cadre européen des certifications.) et D. 6113-35 (Les ministères certificateurs déterminent le niveau de qualification des certifications professionnelles qu’ils créent ou révisent dans les conditions prévues à l’article L. 6113-3 en fonction des critères de gradation du cadre national des certifications.) ;
  • l’arrêté du 22 janvier 2014 fixant les modalités d’accréditation d’établissements d’enseignement supérieur ;
  • l’avis du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche en date du 20 décembre 2018.

 

Il fait suite à l’article 1 (Art. D. 6113-34) du décret n° 2019-14 du 8 janvier 2019 relatif au cadre national des certifications qui définit le niveau le plus haut de la certification qu’est le niveau 8 :

 

« Le niveau 8 atteste la capacité à identifier et résoudre des problèmes complexes et nouveaux impliquant une pluralité de domaines, en mobilisant les connaissances et les savoir-faire les plus avancés, à concevoir et piloter des projets et des processus de recherche et d’innovation. Le diplôme national de doctorat est placé sur ce niveau du cadre national. »

 

En ce qui concerne la phrase « Le diplôme national de doctorat est placé sur ce niveau du cadre national. » de cet article, elle ne veut pas dire que le doctorat est la seule formation qui mène au niveau 8. Sinon la phrase aurait été : « Le diplôme national de doctorat est le seul diplôme placé sur ce niveau du cadre national. » Où place-t-on le diplôme de normalien, d’énarque, de polytechniciens, les MBA… qui sont objectivement d’excellents diplômes ? Ont-ils le « Niveau 7 » ou le « Niveau 8 » ?

En revanche, il y a une distinction entre le doctorat national et le doctorat non national, c’est-à-dire le doctorat local, c’est-à-dire ceux des écoles ou grandes écoles ou universités privées : les doctorats professionnels, doctorats exécutifs, PhD… Or, d’un point de vue recherche, certains de ces diplômes sont de très bonne qualité et proches du diplôme de doctorat national, mais beaucoup sont plus proches d’un master.

L’article 1 (Art. D. 6113-34) du décret n° 2019-14 du 8 janvier 2019 donne 2 articles dans l’arrêté :

 

  • L’article 1 de l’arrêté réaffirme que le doctorat « est classé au niveau 8 du cadre national de certification défini à l’article D. 6113-34 du code du travail et issu de la recommandation du Conseil européen du 22 mai 2017 susvisée. »
  • L’article 2 de l’arrêté qui commence à définir aussi les compétences : « La délivrance du doctorat certifie la capacité à produire des connaissances scientifiques nouvelles de haut niveau ainsi que l’acquisition et la maîtrise de blocs de compétences communs à l’ensemble des docteurs et liés à leur formation par la recherche. »

 

Dans cette phrase, on voit 3 informations apparaître mais distinctes et désorganisées :

 

  • La capacité à produire des connaissances scientifiques nouvelles de haut niveau
  • L’acquisition et la maîtrise de blocs de compétences communs à l’ensemble des docteurs
  • La formation par la recherche

 

Cette présentation n’est pas rationnelle, elle ne fait pas comprendre la logique du doctorat et comment les doctorant.e.s développent des compétences. Ces dernières n’apparaissent pas par magie mais bien à partir de multiples expériences pratiques. J’aurais donc écrit cette phase ainsi :

 

« Le travail de recherche implique d’acquérir et la maîtriser de blocs de compétences communs à l’ensemble des docteurs qui aboutissent à produire des connaissances scientifiques nouvelles de haut niveau. »

 

J’enlève volontairement le mot « formation ». Les universités sont bien des établissements de formation. Qui oserait dire le contraire ? Néanmoins le diplôme de doctorat est plus complexe que les autres diplômes. Il est mixte. Le.a doctorant.e reste étudiant.e juridiquement. Il a une carte d’étudiant.e. Il.elle est dirigé.e par un.e directeur.rices de thèse. Il.elle est formé.e aussi. MAIS ce n’est pas un.e « étudiant.e » ou « formé.e » comme un.e autre : c’est un.e « formé.e » qui forme. C’est un.e « dirigé.e » qui dirige. C’est un.e étudiant.e qui a des étudiant.e.s. Il.elle a souvent beaucoup plus d’autonomie dans son travail que les autres étudiant.e.s Ce n’est pas parce qu’il.elle a un directeur.rices de thèse qu’il.elle est un.e simple étudiant.e. Le.la directeur.rices de thèse dirige la thèse. Or, le fait d’être dirigé est le principe de toute organisation. Ce n’est pas parce qu’une personne dirige une autre que la personne dirigée est un.e étudiant.e. Si le.la doctorant.e ne suit pas la direction donnée par le.la directeur.rices de thèse, il perdra son.sa directeur.rices de thèse. Il y a partage de la responsabilité. Mais le.la doctorant.e a plus de liberté et autonomie que les personnes dirigées ordinairement.

 

 

2) L’influence de l’Europe

 

Le « Niveau I » de la « nomenclature approuvée le 21 mars 1969 par le groupe permanent de la formation professionnelle et de la promotion sociale » est scindé en deux niveaux :

 

  • Le « Niveau 7 » qui est le niveau master.
  • Le « Niveau 8 » qui est le niveau doctorat.

 

Ces deux niveaux sont ceux de la classification européenne EQF (European Qualifications Framework ; Cadre européen des certifications) issue de la recommandation du Conseil européen du 22 mai 2017 concernant le cadre européen des certifications (CEC) pour l’apprentissage tout au long de la vie. La loi, le décret et l’arrêté y font référence. Rappelons la proximité du Conseil européen des Etats ce qui signifie que l’Etat français était d’accord pour publier cette recommandation et donc cette évolution.

Par ailleurs, les numéros sont identiques mais la classification européenne ne fait pas référence au Master ou au Doctorat alors même que c’est bien l’Europe qui est à l’origine du système Licence-Master-Doctorat. En effet, l’Europe ne se donne qu’un objectif de « recommandation » en la matière.

En ce qui concerne le diplôme de doctorat, l’annexe 2 de la recommandation définit le niveau 8 d’« acquis d’apprentissage » avec le descriptif suivant :

 

  • Savoirs : « savoirs à la frontière la plus avancée d’un domaine de travail ou d’études et à l’interface de plusieurs domaines »
  • Aptitudes : « aptitudes et techniques les plus avancées et les plus spécialisées, y compris en matière de synthèse et d’évaluation, requises pour résoudre des problèmes critiques en matière de recherche et/ou d’innovation et pour élargir et redéfinir les pratiques ou savoirs professionnels existants »
  • Responsabilité et autonomie : « démontrer un niveau élevé d’autorité, d’innovation, d’autonomie et d’intégrité scientifique et professionnelle et un engagement soutenu en faveur de la production de nouvelles idées ou de nouveaux processus à l’avant-garde de contextes de travail ou d’études, y compris en matière de recherche »

 

Ce qui est intéressant de noter, c’est la différence entre la façon de retranscrire le niveau 7 et le niveau 8. Selon l’article 1 du décret n° 2019-14 du 8 janvier 2019,

 

« Le niveau 7 atteste la capacité à élaborer et mettre en œuvre des stratégies alternatives pour le développement de l’activité professionnelle dans des contextes professionnels complexes, ainsi qu’à évaluer les risques et les conséquences de son activité. Les diplômes conférant le grade de master sont classés à ce niveau du cadre national. »

 

Dans la version du décret qui avait circulé peu avant sa publication, il était question « gérer et transformer des contextes professionnels » tandis que le mot « professionnel » n’était présent qu’une fois (!) :

 

« Le niveau 7 atteste la capacité à élaborer des stratégies alternatives pour le développement de l’activité, à gérer et transformer des contextes professionnels complexes ainsi qu’à évaluer les risques et les conséquences de son activité. Les diplômes conférant le grade de master sont placés sur ce niveau du cadre national. »

 

Ce « Niveau 7 » français s’adresse clairement aux recruteurs.ses de cadres, voire de dirigeant.e.s. Il est bien plus axé « professionnalisation » que le « Niveau 7 » de la classification européenne qui est axée « formation » :

 

  • Savoirs : « Savoirs hautement spécialisés, dont certains sont à l’avant-garde du savoir dans un domaine de travail ou d’études, comme base d’une pensée originale et/ou de la recherche – Conscience critique des savoirs dans un domaine et à l’interface de plusieurs domaines ; connaissance critique des savoirs dans un domaine et à l’interface de plusieurs domaines »
  • Aptitudes : « aptitudes spécialisées requises pour résoudre des problèmes en matière de recherche et d’innovation afin de développer de nouveaux savoirs et de nouvelles procédures et d’intégrer les savoirs de différents domaines »
  • Responsabilité et autonomie : « gérer et transformer des contextes de travail ou d’études complexes, imprévisibles et nécessitant une nouvelle approche stratégique ; assumer des responsabilités pour contribuer aux pratiques et savoirs professionnels et/ou pour examiner les résultats stratégiques des équipes »

 

On voit que le « Niveau 7 » européen a un rôle à jouer dans la recherche et l’innovation (le « Niveau 6 » européen aussi d’ailleurs) mais c’est le superlatif qui est employé pour le « Niveau 8 » et le place donc au sommet de cette hiérarchie.

A quelques semaines des élections européennes, cette recommandation est un moyen de se rappeler que les institutions européennes ont un rôle très important dans le droit français (80% selon la rumeur mais 20% selon « Les décodeurs de l’Europe »). Même si les élections européennes concernent le Parlement européen alors que la recommandation émane du Conseil européen ! A ce sujet, nous comptons regarder les docteur.e.s candidat.e.s et les programmes, comme nous l’avions fait pour les docteur.e.s eurodéputé.e.s français 2009-2014 et les docteur.e.s eurodéputé.e.s français 2014-2019.

Au final, suivant la pyramide des normes de Kelsen, la recommandation du Conseil européen a donc été intégrée en droit interne via la loi « liberté pour choisir son avenir professionnel » promulguée le 5 septembre 2018, puis le décret n° 2019-14 du 8 janvier 2019, puis le présent arrêté publié au journal officiel ici. Nous avons déjà raconté ici les discussions qui ont eu lieu suite à l’annonce de la Ministre dr Frédérique Vidal et nous avons aussi regardé ce qu’est le RNCP.

 

 

3) Les « compétences ou qualités évaluées » de l’arrêté

 

Voici l’annexe de l’arrêté avec ses 6 blocs de « compétences ou qualités évaluées ». Il est mis en lien hypertexte avec les compétences, savoirs… soulignées et justifiées concrètement car les compétences n’apparaissent pas par magie mais sont le résultat d’un travail quotidien.

 

Bloc 1 Conception et élaboration d’une démarche de recherche et développement, d’études et prospective

 

– disposer d’une expertise scientifique tant générale que spécifique d’un domaine de recherche et de travail déterminé ;

– faire le point sur l’état et les limites des savoirs au sein d’un secteur d’activité déterminé, aux échelles locale, nationale et internationale ;

– identifier et résoudre des problèmes complexes et nouveaux impliquant une pluralité de domaines, en mobilisant les connaissances et les savoir-faire les plus avancés ;

– identifier les possibilités de ruptures conceptuelles et concevoir des axes d’innovation pour un secteur professionnel ;

apporter des contributions novatrices dans le cadre d’échanges de haut niveau, et dans des contextes internationaux ;

s’adapter en permanence aux nécessités de recherche et d’innovation au sein d’un secteur professionnel.

 

 

Bloc 2 Mise en œuvre d’une démarche de recherche et développement, d’études et prospective

 

mettre en œuvre les méthodes et les outils de la recherche en lien avec l’innovation ;

– mettre en œuvre les principes, outils et démarches d’évaluation des coûts et de financement d’une démarche d’innovation ou de R&D ;

garantir la validité des travaux ainsi que leur déontologie et leur confidentialité en mettant en œuvre les dispositifs de contrôle adaptés ;

gérer les contraintes temporelles des activités d’études, d’innovation ou de R&D ;

– mettre en œuvre les facteurs d’engagement, de gestion des risques et d’autonomie nécessaire à la finalisation d’un projet R&D, d’études ou d’innovation.

 

 

Bloc 3 Valorisation et transfert des résultats d’une démarche R&D, d’études et prospective

 

– mettre en œuvre les problématiques de transfert à des fins d’exploitation et valorisation des résultats ou des produits dans des secteurs économiques ou sociaux ;

respecter les règles de propriété intellectuelle ou industrielle liées à un secteur ;

respecter les principes de déontologie et d’éthique en relation avec l’intégrité des travaux et les impacts potentiels ;

– mettre en œuvre l’ensemble des dispositifs de publication à l’échelle internationale permettant de valoriser les savoirs et connaissances nouvelles ;

– mobiliser les techniques de communication de données en « open data » pour valoriser des démarches et résultats.

 

 

Bloc 4 Veille scientifique et technologique à l’échelle internationale

 

acquérir, synthétiser et analyser les données et informations scientifiques et technologiques d’avant-garde à l’échelle internationale ;

– disposer d’une compréhension, d’un recul et d’un regard critique sur l’ensemble des informations de pointe disponibles ;

dépasser les frontières des données et du savoir disponibles par croisement avec différents champs de la connaissance ou autres secteurs professionnels ;

– développer des réseaux de coopération scientifiques et professionnels à l’échelle internationale ;

– disposer de la curiosité, de l’adaptabilité et de l’ouverture nécessaire pour se former et entretenir une culture générale et internationale de haut niveau.

 

 

Bloc 5 Formation et diffusion de la culture scientifique et technique

 

– rendre compte et communiquer en plusieurs langues des travaux à caractère scientifique et technologique en direction de publics ou publications différents, à l’écrit comme à l’oral ;

enseigner et former des publics diversifiés à des concepts, outils et méthodes avancés ;

– s’adapter à un public varié pour communiquer et promouvoir des concepts et démarches d’avant-garde.

 

 

Bloc 6 Encadrement d’équipes dédiées à des activités de recherche et développement, d’études et prospective

 

– animer et coordonner une équipe dans le cadre de tâches complexes ou interdisciplinaires ;

repérer les compétences manquantes au sein d’une équipe et participer au recrutement ou à la sollicitation de prestataires ;

– construire les démarches nécessaires pour impulser l’esprit d’entrepreneuriat au sein d’une équipe ;

identifier les ressources clés pour une équipe et préparer les évolutions en termes de formation et de développement personnel ;

évaluer le travail des personnes et de l’équipe vis à vis des projets et objectifs.

 

 

4) Analyse de la présentation des « compétences ou qualités évaluées »

 

On voit dans l’arrêté que le ministère a décidé de valoriser les chercheur.e.s via des « qualités » ou « compétences » sans distinction entre savoir, savoir-faire, savoir-être, compétence transférables ou transversales, aptitude, capacité. Il est vrai que c’est compliqué à faire. J’avais essayé pour une conférence intitulée « Le docteur, cet entrepreneur » organisée par le CNAM, Hésam et Humanitudes au CNAM le 8 avril 2016 :

registre national des certifications professionnelles

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Ces compétences fondamentales ou basiques prennent donc place dans 6 « blocs » qui représentent différents aspects de la recherche :

 

  • préparer leur recherche (bloc 1)
  • la mettre en œuvre (bloc 2)
  • la valoriser (bloc 3)
  • regarder celles des autres (bloc 4)
  • l’enseigner (bloc 5)
  • gérer celles des autres (bloc 6)

 

On y trouve 3 fois le mot « connaissance » (mais le mot est aussi dans l’article 2 de l’arrêté), 4 fois le mot « savoir », 6 fois le mot « scientifique ». Mais il n’y a pas les mots « expérience », « expérimentation », « observation ». Curieusement, il n’y a pas de référence à la connaissance du monde de la recherche (les entités qui le constituent, leurs collaboration et leur fonctionnement par exemple) qui est par définition une caractéristique des docteur.e.s et qui est particulièrement floue pour celles et ceux qui n’ont pas fait de thèse. D’ailleurs, un.e docteur.e est souvent recruté en partie parce qu’il connaît et comprend l’université (voir Etudes APEC, Le devenir professionnel des jeunes docteurs, quel cheminement, quelle insertion 5 ans après la thèse ?, 2014).

Le « savoir-être » est le grand oublié du tableau (même si c’est un peu sous-entendu parfois à propos de la déontologie et de l’éthique) alors que cela joue un rôle fondamental dans la vie quotidienne professionnelle. Bien entendu que le recruteur veut une expertise et une personne capable d’accomplir les tâches demandées, mais que faire de lui s’il n’est pas capable de s’intégrer dans le groupe social qu’est une organisation publique ou privée ? Le.a recruteur.se se pose forcément certaines questions :

 

  • la docteur.e va-t-il.elle comprendre ce qu’on lui demande ?
  • va-t-on comprendre ce qu’il.elle nous dit ?
  • va-t-il insuffler une dynamique ou ralentir celle qui existe ?
  • va-t-il s’entendre avec le reste de l’équipe ou créer des tensions ?
  • va-t-il rester à moyen terme ou à long terme ou va-t-il rester quelques mois ?

 

Or, le doctorat attire des profils et forge un savoir-être qui ne peut pas être lié simplement à des subjectivités individuelles.

Rappelons qu’il s’agit de rester dans des bureaux ou laboratoires pendant 7-12h heures par jour via des réunions, des ateliers, des échanges, des repas, des déplacements… donc de passer plus de temps éveillé qu’avec sa propre famille.

Par ailleurs, les verbes utilisés dans l’annexe sont à l’infinitif et ce sont des verbes d’action : « mobiliser », « mettre », « gérer », « s’adapter », « animer », « repérer », « construire », « évaluer », « identifier ». Il s’agit sans doute de montrer que les doctorant.e.s et docteur.e.s ne sont pas des personnes passives qui lisent des livres et regardent les résultats d’expériences dans des laboratoires pour ensuite simplement écrire un long document appelé « thèse », mais bien des acteurs.rices de la recherche, et même de la société.

Le vocabulaire de l’entreprise est d’ailleurs très présent : avec les mots « produit », « prestataire », « développement personnel », « exploitation », « valorisation », « transfert », 6 fois le mot « innovation », 4 fois « R&D », 6 fois « étude », 5 fois « professionnel », 5 fois « technique » et « technologique ». La création d’entreprise est même explicitement encouragée : « construire les démarches nécessaires pour impulser l’esprit d’entrepreneuriat au sein d’une équipe ». Rappelons que l’arrêté avant tout est un « outil de communication entre le monde de la formation et le monde de l’emploi ». Il s’agit ici de se faire comprendre par les entrepreneurs.ses et recruteurs.ses (Directeurs.rices des ressources humaines qui seront les premiers.ères lecteurs.rices de ce type de document) pour des partenariats et des recrutements comme l’indique explicitement l’article 2 de l’arrêté :

 

« Dans l’objectif de favoriser le recrutement des docteurs par les employeurs des secteurs de la production et des services, ces blocs de compétences sont définis dans l’annexe du présent arrêté. ».

 

Malgré cet objectif de s’adresser au marché commercial, il y a dans l’annexe de cet arrêté une référence à la science ouverte – qui est la politique actuelle du gouvernement depuis l’été 2017 – à travers le sujet de l’« open data » qui est sujet que j’ai traité récemment pour Doctrix et Arcascience.

On peut souligner que le mot « international » apparaît pas moins de 7 fois ! C’est le mot (important) qui apparaît le plus de fois dans ce document. Est-ce une application de la méthode d’Émile Coué de La Châtaigneraie ?! C’est vrai que c’est une spécificité du doctorat : en licence ou master, on peut rencontrer des étudiant.e.s étranger.ère.s ou être soi-même à l’étranger, mais sans objectif professionnel à court terme a priori. Les doctorant.e.s lisent dans des langues étrangères, ont des directeurs.rices de thèse étrangers.ères, organisent des colloques avec des étrangers.ères, où communiquent des étrangers.ères… On peut en déduire une forte volonté et une attente ministérielle spécifique, notamment en termes de classements internationaux.

La principale difficulté était de réussir à faire en sorte que des doctorant.e.s de toutes les disciplines, travaillant dans des contextes différents (dans des entreprises, dans une université, à l’INRA…) avec des objectifs professionnels différents puissent se reconnaître. L’exercice est en grande partie réussi même si on voit que les sciences « dures » semblent particulièrement visés et que les archéologues, plasticien.ne.s, logicien.ne.s, mathématicien.ne.s… auront peut-être des difficultés à s’y retrouver.

 

 

Conclusion :

 

Cet arrêté est une étape de plus sur le long chemin de la reconnaissance du doctorat que Doctrix relate régulièrement depuis 2011 où nous avons créé ce blog dans cet objectif (voir ici pour quelques étapes de la reconnaissance des compétences).

Comme l’a reconnu Bruno Carias – ex consultant et membre de la commission recherche, innovation et nouvelles technologies du MEDEF et auteur de Recrutez des docteurs pour booster votre entreprise (2009) – lors de la soirée annuelle du Cycle DFE d’Isefre, on peut dire qu’il y a eu une accélération ces dernières années. Ces évolutions sont multifactorielles :

 

  • les écoles doctorales,
  • les rapports sur les compétences des docteur.e.s,
  • les conseils d’école doctorale,
  • le Crédit d’impôt recherche,
  • les conventions Cifre,
  • les formations spécialisées pour les doctorant.e.s,
  • les formations pour les directeur.e.s de thèses,
  • les salons d’emploi des docteur.e.s,
  • les associations de doctorant.e.s et de docteur.e.s au niveau des laboratoires, des écoles doctorales, des régions, national, européen,
  • les entreprises spécialisées sur le doctorat,
  • les portfolios de compétence,
  • les compétitions de doctorant.e.s,
  • l’ouverture de concours administratifs pour les docteur.e.s,
  • les statistiques sur les doctorant.e.s,
  • les sondages sur les doctorant.e.s,
  • les maisons administratives du doctorat,
  • les résidences pour doctorant.e.s et postdoctorant.e.s,
  • les réseaux Alumnis des écoles doctorales,
  • les newsletters des écoles doctorales,
  • les Moocs sur le doctorat,
  • les comités de suivi de thèse,
  • les afteworks,
  • les visites d’entreprise,
  • les conférences, ateliers, articles, ouvrages, doctorats sur la vie doctorale…

 

Chaque évolution est en soi petite, mais l’accumulation donne le vertige, non ? Nous avions relaté tout ce qui se passe en une seule année en 2015, c’est impressionnant.

Le doctorat semble être devenu un enjeu politique et économique. Cela pose des questions :

 

  • idéologiques : Les doctorant.e.s ne sont-ils pas devenus les derniers avatars du capitalisme ? Les écoles doctorales ne sont-elles pas aujourd’hui des écoles de commerce ? Les doctorant.e.s ont-ils perdu de leur liberté à cause de toutes ces évolutions ?
  • pratiques : Lorsqu’on fait un afterwork, une formation, un portfolio…, on n’est pas en train d’écrire sa thèse. Peut-on apprendre un dialecte et faire une observation longue en 3 ans ? Les occasions de faire une recherche approfondie diminuent.

 

Le sondage réalisé récemment par Génération PhD montre bien tout le progrès qu’il reste à faire :

 

  • sur la socialisation des doctorant.e.s et docteur.e.s,
  • sur l’égalité homme/femme,
  • sur la confiance en soi (les doctorant.e.s et docteur.e.s ont tendance à penser qu’ils ne sont pas des professionnels alors qu’ils ont tous les attibuts),
  • sur la reconnaissance du diplôme
    • dans les administrations,
    • dans les entreprises,
    • dans les associations,
    • dans les coopératives,
    • mais aussi dans les établissements d’enseignement et de recherche

 

Dans un compte-rendu du CNESER du 20 décembre 2018 fait par l’UNSA Education et transmis par un lecteur de Doctrix qu’il convient légitimement de remercier ici, on peut voir que l’UNSA éducation est intervenu au CNESER sur la question de la reconnaissance du doctorat au sein de l’administration :

 

« L’UNSA éducation rappelle aussi que l’État employeur doit lui aussi reconnaître le niveau 8 dans les carrières de ses personnels, pas seulement pour les recrutements évoqués : agrégés, ENA … les grands corps. »

 

Et au sein même de l’université :

 

« Il faut aussi améliorer la reconnaissance du doctorat pour les personnels des universités … et que les Mcf sont dans les fait rémunérés au niveau BAC+5 puisque leur grille de salaire est la même que celle des agrégés. »

 

Pourquoi le secteur privé devrait-il reconnaître davantage de valeur au doctorat si le secteur public ne le fait pas lui-même (rappelons les avancées récentes ici pour la fonction publique), et a fortiori l’université et les établissements de recherche ? Si les chercheur.se.s sont davantage gouverné.e.s par la libido sciendi (la curiosité) que par la libido dominandi (l’orgueil) ou libido sentiendi (la volupté) qui sont les trois forme de concupiscence selon Augustin d’Hippone (dit saint Augustin), ils.elles doivent malgré cela prendre une place légitime et équitable dans la société. Le diplôme de doctorat doit pouvoir attirer des profils pour qui la valeur économique est davantage importante. Par ailleurs, le diplôme doit devenir obligatoire pour toute personne souhaitant travailler dans la recherche à un haut niveau dans un service de « Recherche & Développement ». Cela ne l’a pas été jusqu’à présent. Dans la compétition internationale qui ne fait que s’accroitre (« Plus de 50% des demandes internationales de brevets viennent désormais d’Asie »), le recrutement de ceux.celles dont le travail consiste à innover doit être massif. À ce sujet, lire le livre Homo Deus, Une brève histoire de l’avenir de dr Yuval Noah Harari sur la « useless class », même si ce n’est qu’une hypothèse car l’arrivée de nouvelles technologies lors des derniers siècles n’a pas mis tout le monde au chômage. Au-delà de la compétition il s’agit aussi de sauver la planète, ce qui passe par le comportement de nos organisations, le nôtre mais aussi la science :

 

  • par la mesure des évolutions,
  • par les technologies nécessaires pour trouver des solutions alternatives,
  • pour mettre en place de nouvelles stratégies…

 

Bref, une bataille a été gagnée mais ce n’est pas fini car il fallait/faut/faudra « l’inscription de ce diplôme dans les conventions collectives, et plus précisément dans les grilles de classification des branches professionnelles (avec une garantie de salaire minimum pour le coefficient qui serait attribué aux docteurs lors de leur 1ère embauche et avec une garantie de progression d’un coefficient à l’autre, au fil du temps). » selon Dr Pierre Dubois. L’arrêté pourra au moins appuyer cette démarche bien plus contraignante qui connaît beaucoup de résistance.

 

Références :

Bilan de compétence : valorisation professionnelle du doctorat, Bureau d’Aide à l’Insertion Professionnelle (BAIP) – Direction Partenariat et Insertion Professionnelle – Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris, 2011

« L’insertion par la valorisation°: l’exemple de l’atelier « Valorisation de la thèse » », Université d’été UNISO 2011 Partenariat Universités-Entreprises pour une croissance intelligente et durable, Conservatoire National des Arts et Métiers, 6-10 juillet 2011, 2012

Synthèse « Bilan de compétence : valorisation professionnelle du doctorat », Maison des Entreprises et de l’Emploi du 14e arrondissement-Mairie de Paris, Paris, octobre 2012

« Qui veut la peau des docteurs ? Voyage au bout de la jungle des chasseurs de têtes ! », Doctrix, 30 avril 2013

Recruter des docteurs : conseils et pratiques des consultants en recrutement, SYNTEC Syndicat Conseil en Recrutement, Paris, juin 2013

Table-ronde 1 modérée par Sabine Pasdelou « La valorisation du doctorat dans le secteur privé : enjeux et débats », Séminaire professionnel 4 : « Pour de nouvelles opportunités de carrière », « Le docteur en histoire de l’art, acteur de son projet professionnel vers l’entreprise », Association Hist’Art !, Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC), 16 décembre 2014

Bilan de compétence°: valorisation professionnelle du doctorat, Éditions Universitaires Européennes, Sarrebruck, 2015

« Les compétences transversales des docteurs », Séminaire AproDoc’, Ecole doctorale, Université fédérale de Toulouse Midi-Pyrénées, Toulouse, 27 janvier 2015

« Devenir chercheur en sciences sociales : entre contraintes et autonomie », Ech Francia, Université Paris-Sorbonne, Paris, 6 novembre 2015

« Le doctorat ou le basculement du côté obscur de la force », Ech Francia, Université Paris-Sorbonne, Paris, 6 novembre 2015

« Le docteur, cet entrepreneur », CNAM-Hésam-Humanitudes, CNAM, 8 avril 2016

« Valorisation des savoir-faire du chercheur sur le marché du travail », Séminaire de professionnalisation de Dr. Grégory Daho avec Thao Lang (ABG-L’Intelli’Agence), Master 2 Science politique. Parcours Relations internationales, UFR 11 de Science Politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Comue héSam, Sorbonne, 07/10/2016

Atelier 6 « Valorisation des SHS », Journée « Docteurs : entrepreneurs, intrapreneurs ? De la recherche au marché et aux besoins sociétaux » de l’Institut pour l’ouverture à la Société et à l’Economie FRançaises et Européennes (ISEFRE), Fondation des Etats-Unis et du Collège Franco-Britannique de la Cité internationale universitaire de Paris, lundi 5 décembre 2016, 14h30-16h30

« Compétences professionnelles et valorisation du doctorat », Demie journée d’information professionnelles, Ecole doctorale « Sociétés, cultures, échanges », organisée par Prof. Dr Patrice Marcilloux, Maison de la recherche Germaine Tillon, Université d’Angers, Angers, 02/03/2017

« Doctorant-e-s, docteur-e-s, que faire de vos publications scientifiques ? », Doctrix, 25 septembre 2017

« Internet ou le paradis des chercheurs », medium.com, 6 mars 2019

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José Manuel Campa Fernández, un docteur à la tête de l’Autorité bancaire européenne

José Manuel Campa Fernández

Après Dr Mário José Gomes de Freitas Centeno à la tête de l’Eurogroupe (voir notre article), voici un autre docteur en économie à la tête d’une institution européenne : Dr José Manuel Campa Fernández (dont les nom est un tout petit peu moins long !). Il a été nommé le 19 février 2019 à la tête de l’Autorité bancaire européenne.

Cette institution créée le 1er janvier 2011 à la place du Comité européen des superviseurs bancaires a son siège actuel à Londres. Mais le Brexit entraîne son déménagement à la tour Europlaza du quartier de La Défense, nouveau centre de la finance européenne.

Bénéficiant d’un budget annuel de 38,8 millions d’euros (2017) et de 197 salariés (2017), elle travaille à davantage de transparence, d’encadrement, de stabilité de la finance pour éviter une nouvelle crise bancaire similaire à celle de 2008.

Dr José Manuel Campa Fernández a soutenu sa thèse en 1991 à l’université d’Harvard. Elle est intitulée : Firm Investment under Exchange Rate Uncertainty. Il s’agissait donc de réfléchir sur la question de l’investissement des entreprises dans la période actuelle où le taux de change des monnaies est flexible, donc incertain.

Par la suite, il est devenu consultant tout en continuant à faire de la recherche et de l’enseignement :

  • 1991- 2001 : New York University: Associate Professor of Economics and International Business, Stern School of Business, New York University.
  • 1996-2004 : Research Fellow, National Bureau of Economic Research.
  • 1999 : Research Associate, Center for Economic Policy Research.
  • 2000-2009 : IESE Business School, Finance Professor, Head of Research.
  • 2014 : IESE Business School, External Collaborating Professor

Evidemment sa carrière a connu une ascension lorsqu’il est devenu Secrétaire d’Etat aux affaires économiques du Premier ministre José Luis Rodríguez Zapatero du 14 mai 2009 au 23 décembre 2011.

Avant d’entrer à l’Autorité bancaire européenne, il était, depuis 2014, le responsable mondial des affaires réglementaire du groupe bancaire espagnol Santander (45 895 000 000 d’euros de chiffre d’affaires en 2016), c’est-à-dire un lobbyste contre les régulations mises en place à la suite de la crise de 2008… ce qui pose question… Voir la chronique d’Arjuna Andrade à ce sujet.

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« Lettre de rupture à ma Ministre » par Marianne Ana

Frédérique Vidal

Chère Ministre,

Les étudiant.e.s ne rêvent plus et

Les scientifiques, ensemble, s’ennuient

La précarité ruine nos vies et nos données

Désormais, nous sommes tous insomniaques

 

Chère Ministre,

Les labos brulent de votre misère,

Et notre colère s’intensifie à mesure

Que votre violence se montre,

Désormais, nous sommes tous insomniaques

 

Chère Ministre,

Vous nous coupez l’inspiration, à se pendre,

On ne sait plus comment se faire entendre,

Nous avons dit et redit que nous ne pouvions plus,

Et là, le coup de massue avec Parcoursup !

Désormais, nous sommes tous insomniaques

 

Chère Ministre,

Notre idéal de vie et d’émancipation par le savoir est à terre,

Sans rien y faire, vous gaspillez les chances de nos enfants,

Sans trop pourquoi, nous y croyons encore,

Désormais, nous sommes tous insomniaques

 

Chère Ministre,

Vous voulez plus d’activité et de richesses,

Sauf que votre politique insuffle misère et sélection

Protégez les sciences sociales, et vous trouverez le Best

Désormais, nous sommes tous insomniaques.

 

 

Marianne Ana, desesperate doctor

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« Gilets jaunes et Université : quelle mobilisation ? » par Brice le Gall

Brice Le Gall

Sans vouloir lancer de polémique, je m’interroge sincèrement sur l’absence de discussion autour du mouvement des Gilets jaunes parmi les chercheurs.euses.

Des textes éclairants circulent parfois dans la presse, je ne doute pas que le sujet intéresse de nombreuses personnes mais y a-t-il un embryon de prise de position collective (et, encore mieux, d »actions collectives ») du côté des sociologues, des politistes…, ou encore du côté des instances qui ont prétention à les représenter ?  

Ce mouvement se poursuit depuis le 17 novembre, les revendications autour de la précarité, des conditions d’existences, de la destruction des services publics, de la démocratie (pensons au fonctionnement des instances universitaires), etc. font très largement partie des problèmes soulevés par les Gilets jaunes. « Tout remonte à la surface » pour reprendre le titre d’un édito éclairant… Et ce mouvement est par bien des aspects tout à fait extraordinaire (les profils et la ténacité des gens mobilisés, leur capacité à remettre en cause un ordre des choses habituellement accepté, le caractère offensif de certaines revendications, etc.) 

Je sais bien que la grève ne se décrète pas et qu’il est très difficile de mobiliser les plus précaires, mais cela ne coûterait pas grand chose ou si peu d’afficher au moins une réaction, de tenter quelque chose. Les conditions de travail à l’Université, l’armée de réserves de précaires rémunérés au lance pierre et tenus à la docilité en l’attente d’un poste hypothétique, la segmentation sociale et scolaire croissante de tout le système éducatif, les mesures discriminatoires à l’égard des étudiants étrangers, etc. ce ne sont pas les motifs de mécontentements qui manquent. Pourquoi ne parvient on pas à les exprimer collectivement alors que le gouvernement est littéralement aux abois et que le rapport de force est inespéré.

Profiter de la conjoncture pour défendre concrètement une autre vision de l’Université et du monde social que celle qu’on nous impose à marche forcée fait sans doute aussi partie de notre rôle d’intellectuel.

Brice le Gall, Doctorant en sciences sociales

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Le gouvernement français doit faire honneur aux étudiant.e.s, doctorant.e.s et docteur.e.s étranger.ère.s

doctorants étrangers

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