2014, l’année des MOOCs ?

En ce début d’année 2014 et alors que les universités traversent des périodes budgétaires délicates, la ministre de l’ESR poursuit sur la lancée MOOC.

Après les Etats-Unis (Coursera, edX et Udacity), la Chine (XuetangX), le Royaume-Uni (Futurelearn), l’Espagne (Miriadax) et l’Australie (Open2Study), la première vague française a commencé et le ministre met en avant ses chiffres prometteurs :

  • 88 000 utilisateurs inscrits à un MOOC au 10/01/14

  • 1 600 000 pages vues sur la plateforme FUN

  • Des inscrits qui se trouvent majoritairement en France (86% des inscrits se trouvent en France, 7% en Afrique et 5% sur le continent américain.)

On est tout de même assez loin des chiffres américains :1,7 millions d’inscrits pour le leader du marché Coursera, crée en avril 2012.  A la vue de ces chiffres, on peut se demander si  les MOOCs seront des outils de démocratisation du savoir (alors que selon François Taddéi, “la dernière enquête Pisa de l’OCDE a montré que le système universitaire français est le plus inégalitaire du monde développé ») ou un gadget numérique à la mode qui ne servira pas aux étudiants qui représentent seulement 15% des participants ?

Selon des données recueillies par Katy Jordan, une doctorante de l’Open University, 7% des participants inscrits à un cours sur la plus importante plateforme de cours universitaires en ligne (Coursera) vont jusqu’au bout tandis qu’une étude publiée en décembre 2013 par la Graduate school of education de l’Université Penn aux États-Unis, montre que seulement la moitié des inscrits ont suivi au moins un cours magistral et seulement 4 % d’entre eux sont allés au bout du cursus avec un fort abandon au bout d’une ou deux semaines (lire les explications de Matthieu Cisel sur son blog à ce sujet).

On sait également que pour cette première vague 25 MOOCs sont ouverts aux inscriptions. Parmi eux, trois se disputent le haut du panier :

On peut s’étonner du choix des premiers participants, ceux-ci semblent majoritairement se diriger vers des programmes de développement personnel!

Pour voir comment cela se passe concrètement dans les universités, nous avons interviewé Jean-Claude Hunsinger, DSI chez Université Paris II Panthéon-Assas.

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JC Hunsinger nous explique ainsi que les MOOCs payants existent déjà depuis quelque temps à Assas, mais sous la forme de véritables cours. Les MOOCs FUN seront en fait des conférences des principaux professeurs de l’université à destination des participants de niveau d’étudiants de première année de droit. Ces conférences FUN sont donc conçus comme des “produits d’appel” pour amener les usagers vers de véritables inscriptions cette fois-ci payantes !

Au-delà des préoccupations d’impact, les Moocs posent aussi des questions de liberté pédagogique, de déshumanisation de l’enseignement, de fracture socio-économique numérique, de réduction des effectifs, de personnel disponible et formé, de manque d’efficience, de modèle économique (gratuit ou non, publicité ou non), de concurrence exacerbée entre les institutions d’enseignement supérieur,  que souligne le Collectif anti-Moocs, créé par trois syndicats étudiants et enseignants (Solidaires étudiants, la CGT FERC-SUP, l’UNEF) après la création d’un Mooc par l’École normale supérieure de Cachan et auquel Mathieu Cisel a en partie répondu.

Les MOOCs ne vont-ils pas profiter aux universités, enseignants, étudiants, entreprises… les mieux dotés d’un point de vue socio-économique et culturel ? Est-ce que le MOOCs ne seront pas simplement un instrument de marketing coûteux pour les universités ?

Réponse dans un article du JDN :Un rapport de Moody’s prédit que la hausse des MOOCs pourrait aider les grandes universités à atteindre davantage d’étudiants, renforcer leur réputation et éventuellement générer des revenus en distribuant du contenu ou en délivrant des certifications.“

En France en 2013, plusieurs levées de fonds dans ce secteur peuvent en attester. LearningShelter avait reçu 200 000 euros en juin, juste après un tour de table de 3 millions d’euros de digiSchool. En octobre 2013, 360Learning recevait pour sa part 1,2 million d’euros.
Il semblerait que l’on perde donc de vu l’éducation ouverte et diffusée à tous et toutes.

Plutôt que du marketing, ne pourrions-nous pas imaginer une université numérique :

  • ouverte : des MOOCs accessibles gratuitement de façon permanente et pour tout le monde sans inscription
  • interactive : avec une utilisation au niveau de la production (les MOOCs pourraient être produits par des étudiants encadrés par les doctorants et docteurs chargés de TD et de travaux pratiques) et de la réception (les MOOCs pourraient être utilisés dans la préparation des cours, travaux dirigés et pratiques gérés par les doctorants et docteurs ; les doctorants pourraient suivre des formations à la recherche, à l’enseignement, à la gestion de projet, citer les MOOCs dans leur publications…)
  • intermédiatique : où l’on pourrait trouver des connections avec tous les médias liés à l’enseignement supérieur et la recherche : TV et Radios universitaires, les radios Campus, Cinaps, INA, Canal-U, France Télévision, Radio France…
  • hétérogène : où seraient diffusées les activités de l’enseignement supérieur et la recherche qui pourraient faire l’objet de rediffusion : l’Université de tous les savoirs, l’université populaire, le collège de France, les colloques, séminaires, ateliers scientifiques, les soutenances de thèse ou de HDR, les agrégations…

Des liens pour aller plus loin :

5 Comments

Filed under Dans les universités

5 Responses to 2014, l’année des MOOCs ?

  1. doctrix

    Entretien de Jérôme Valluy dans le dossier « Enseignement sur le Net: faut-il croire aux MOOC? »de Amandine Zirah dans le nouveau « e-mag » France Soir #45 du vendredi 31 janvier 2014 : http://www.francesoir.fr/e-mag/vendredi-31-janvier-2014/enseignement-sur-le-net-faut-il-croire-aux-mooc-245263.html
    ———————————————————-
    Le ministère estime que «le développement des Moocs dans les dix prochaines années redéfinira la carte universitaire internationale». Les Moocs peuvent-ils remplacer les cours physiques à terme?
    C’est peu probable : la présence physique de l’apprenant sur le site de formation, la mise à disposition d’infrastructures de vie universitaire, les interactions entre étudiant-e-s et personnels, les apprentissages informels par socialisation dans le milieu estudiantin, demeurent à la base de la transmission des connaissances. Les prédictions futuristes du ministère ne reposent sur rien, si ce n’est l’envie de substituer aux cours en présence des enregistrements moins coûteux.

    Il y un taux d’abandon annoncé de 90%. Selon vous, à quoi est-ce dû ?
    Cela est dû à tout ce que les étudiant-e-s « numériques » n’ont pas : des explications orales, pédagogiques, plus libres, plus simples ; une adaptation intuitive du pédagogue au niveau de son auditoire ; une aide de l’orateur à la concentration de son public ; la structuration de l’agenda de travail quotidien et hebdomadaire ; la possibilité de discuter entre étudiant-e-s du travail à faire, de la façon de s’organiser, des documents, des préparations ; les salles de travail silencieuses, les bibliothèques et équipements informatiques qui compensent la faiblesse des moyens personnels ; l’interaction avec les enseignants, chercheurs, administratifs, bibliothécaires…

    Que pensez-vous du modèle économique des Moocs?
    Il n’y a pas, pour le moment de modèle économique connu. Soit le numérique se fait à bas prix, les MOOC ne sont alors guère plus que des vidéos un peu enrichies, et l’offre de formation confine à l’escroquerie. Soit les MOOC sont techniquement et pédagogiquement sophistiqués et leurs coûts de production deviennent exorbitants. Or leur rentabilité, par certification finale payante, est faible en raison des taux d’abandon… sauf pour quelques entreprises pionnières qui ont bénéficié d’une position novatrice et d’une audience planétaire. Et encore… pour combien de temps ? La valorisation de leurs certifications sur le marché du travail n’est pas acquise à se ce jour.

    Un grand nombre d’universités et d’écoles se sont lancés ou vont se lancer dans l’aventure. D’après vous, qu’est-ce qui pousse les établissements à utiliser ce nouveau mode d’enseignement?
    Ce sont principalement des motifs publicitaires. En raison des réformes récentes, les universités doivent attirer des inscriptions dont le nombre détermine en partie la dotation budgétaire de l’Etat. Les MOOC sont peu coûteux comparés aux annonces dans la presse ou aux journées portes-ouvertes. Les établissements prestigieux utilisent davantage cet outil marketing, mais n’intègrent pas les MOOC dans la validation de leurs diplômes : ce ne sont donc que des publicités et non des cours.

    Qu’est-ce que vous craignez le plus dans le développement des Moocs?
    La tromperie commerciale de ceux qui, ne connaissant pas la différence entre marketing académique et pédagogie numérique, suivront des mirages de prestige et se croiront à Harvard, Oxford, Sorbonne… en restant chez eux, derrière un ordinateur, plutôt que de bénéficier de la pédagogie bien supérieure qu’ils trouveraient dans un établissement proche. La tromperie politique aussi consistant à faire croire que l’on peut facilement se former à distance alors que des décennies d’expérience ont prouvé le contraire, que toutes les statistiques le confirment aujourd’hui, et que la « révolution des MOOC » sert à accompagner politiquement la débudgétisation du service public gratuit d’enseignement supérieur.

    Jérôme Valluy – Professeur à l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1), chercheur à l’Université de Technologie de Compiègne (UTC) – Elu FERC Sup CGT au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche.

  2. Doctrix

    Si vous ne connaissez rien des MOOC, regardez cette vidéo de Stephen Downes, l’un des fondateurs
    tipes.wordpress.com/2012/07/18/les-cours-en-ligne-ouverts-et-massifs-explication-en-francais-par-stephen-downes/

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