Réflexions sur les études doctorales, une tribune de Dr. Geoffrey Lorre

Geoffrey Lorre

Le ministère a récemment revu les décrets et les arrêtés réglementant les études doctorales. Les avancées de ces nouveaux textes sont importantes et montrent l’intérêt que le ministère porte à l’encadrement des doctorants. Néanmoins, d’autres mesures peuvent être mises en place pour garantir un bon déroulement du processus de thèse. Le doctorat est en effet un « long tunnel » qu’il est nécessaire d’éclairer au mieux. Le document que nous proposons ici est écrit dans le but d’expliciter les difficultés d’un doctorat et de proposer des processus de formation et d’organisation qui permettraient de les limiter.
Ce document est motivé par la détresse dans laquelle est plongée une grande partie des doctorants et qui va croissante avec l’avancement de la thèse. Or, cette détresse n’est pas une fatalité.

Par ailleurs, il est motivé par la recherche d’une équité de traitement entre les doctorants, et s’adresse donc principalement au ministère.

Nous pensons qu’il est possible de renforcer les règles légales d’organisation du doctorat et les processus de formations pour que les doctorants effectuent leurs thèses dans de meilleures conditions ; que ces étudiants deviennent de bons chercheurs, intéressés et motivés ; que le processus de thèse soit plus facile pour le doctorant comme pour le directeur de thèse et, in fine, que les échecs soient limités.

La suite plus bas :

1.Constat

 

Le doctorat est une collaboration faisant intervenir le doctorant, le(s) directeur(s) de thèse et les institutions (les laboratoires, les écoles doctorales, les universités). Ces trois parties ont une asymétrie d’information les unes par rapport aux autres : chacune d’entre elles manque d’information sur les deux autres. Les candidats à la recherche manquent d’informations (i) sur ce qu’est la recherche, son déroulement, les exigences méthodologiques et donc sur ses compétences et son intérêt à faire de la recherche ; (ii) sur  l’encadrement (à savoir le directeur de thèse) ; (iii) sur l’environnement de la thèse. Le directeur de thèse fait face à de l’asymétrie d’information concernant (i) les compétences du candidat et l’intérêt de celui-ci pour la recherche ; (ii) concernant la personnalité du doctorant. Il fait face à une autre réalité : l’incitation très forte des institutions universitaires et du système plus généralement pour que les membres des laboratoires prennent en charge des doctorants. Enfin, les institutions font face à de l’asymétrie d’information concernant (i) les compétences du candidat et l’intérêt de celui-ci pour la recherche ; (ii) les motivations des directeurs de thèse pour la recherche du candidat.

 

Par ailleurs, le(s) directeur(s) de thèse et les institutions peuvent être peu investis dans l’avancement du doctorat, ce qui laisse au doctorant un sentiment de délaissement et ralentit considérablement le travail. Nous pouvons résumer ces problèmes dans le tableau suivant.

 

Tableau 1. Récapitulatif des problèmes dans le parcours de thèse

Doctorant Directeur de thèse Institutions
Asymétries :- Ses compétences- Son intérêt pour la recherche

– Les compétences de son directeur de thèse (encadrement et recherche)

– L’intérêt de son directeur de thèse pour sa recherche

– La personnalité de son directeur de thèse

– Il ne comprend pas l’organisation des institutions qui l’encadrent

Asymétries :- Les compétences du doctorant- L’intérêt du doctorant pour la recherche

– La personnalité du doctorant

Autres problèmes :

– Le directeur de thèse n’est souvent pas assez impliqué

– Il est poussé à prendre beaucoup de doctorants

 

 

Asymétries :- Les compétences du doctorant- L’intérêt du doctorant pour la recherche

– L’intérêt du directeur de thèse pour la recherche du candidat

Autre problème :

– Les institutions ne sont souvent pas assez impliquées

 

Ces asymétries d’informations et les problèmes identifiés durant le doctorat amènent à des solutions de natures différentes : la mise en place de processus de formation et de (auto)sélection pré-doctoraux et le renforcement des processus de contrôle de l’avancement durant le doctorat. Ces deux types de solutions ne s’excluent pas mutuellement.

 

2.Propositions

 

a.Les processus pré-doctoraux

 

Notre première proposition consiste au renforcement de la formation des M2 au travers (i) de programmes de formation organisés sur le M1 et le M2 et/ou la mise en place de cours de remise à niveau ; (ii) d’exigences plus élevés, de l’usage effectif du redoublement ou du renvoi s’il est nécessaire ; (iii) du renforcement, en M2, de l’intégration des étudiants dans la vie du laboratoire ; (iv) d’un système de notation des M2.

 

Notre deuxième proposition est la création d’un D0 entre le M2 et le doctorat. S’il est bien organisé (c’est-à-dire s’il est d’un niveau d’excellence, qu’il implique les doctorants dans les institutions qui le suivraient en thèse et si le doctorant choisit son directeur de thèse durant la deuxième moitié de cette année), le D0 limite la totalité des asymétries d’information mises en lumière plus haut (voir tableau 1).

 

b.Les processus durant le doctorat

 

Nous identifions quatre éléments centraux : (i) limiter à 3 ou 4 le nombre de doctorants par directeur de thèse, (ii) contraindre le directeur à suivre des doctorants sur ses thématiques de recherche[1], (iii) renforcer le rôle des institutions pour sortir de la relation bilatérale doctorant-directeur de thèse[2], (iv) mise en place d’une pré-soutenance obligatoire et effectuée au plus tard pour la réinscription en 4ème année.

 

Conclusion

 

Nous préconisons ici la mise en place de processus permettant la diminution des asymétries d’information de toutes les parties. Ceci n’est possible que par la modification des processus de formation et de (auto)sélection avant le début du doctorat. Nous appelons aussi à une implication croissante des institutions par l’édiction de règles claires et contraignantes pour limiter les problèmes d’encadrement durant le doctorat.

 

Les universités, écoles doctorales, laboratoires et équipes de recherches doivent mettre en place des règles claires et les faire respecter. Cependant, et c’est le but de cette lettre, nous pensons qu’il est absolument nécessaire, pour l’équité des traitements entre doctorants, mais aussi pour impulser une nouvelle organisation plus efficace, que le ministère renforce les textes légaux avec des éléments comme la limitation à 3 ou 4 doctorants par directeur de thèse ou encore la généralisation de la pré-soutenance.

 

Enfin, nous souhaitons rappeler que la motivation de ce document provient de la détresse importante dans laquelle se trouve une grande part des doctorants, dans une majorité de domaines et d’universités. Il est d’autant plus nécessaire de prendre en compte cette détresse qu’elle diminue le niveau des doctorats, qu’elle allonge leur durée, qu’elle limite de fait la portée des recherches, et l’insertion des jeunes docteurs sur le marché du travail.

[1]    Si le directeur souhaite suivre un doctorant sur une autre thématique, il doit s’engager auprès de son laboratoire à développer ces questions au travers, par exemple, de la création de nouveaux axes de recherches.

[2]    Mise en place de règles claires et respectées mais aussi obligation de présentation en séminaire par exemple.

 

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