La thèse : les causes collectives d’une « épreuve personnelle » par Luc Sigalo Santos et Vincent Lebrou

Place de la precarite Sorbonne

Une épreuve personnelle, des causes collectives

 

Le 9 septembre 2019, le quotidien La Croix publiait un article de Raphaël Baldos intitulé « La thèse, l’épuisant marathon des doctorants ». Partant de la baisse du nombre d’étudiant.e.s inscrit.e.s en doctorat depuis 2009, le journaliste y met l’accent sur la thèse comme « épreuve personnelle », évoquant le tiraillement entre le statut d’étudiant et celui de travailleur, la difficulté de concilier cette activité chronophage avec sa vie personnelle, mais aussi l’isolement ressenti par beaucoup de doctorant.e.s – notamment en sciences humaines et sociales (SHS)[1]. L’article passe en revanche très rapidement sur la précarité structurelle des doctorant.e.s et les enjeux liés à leur encadrement, qui peuvent eux aussi expliquer la baisse d’attractivité du doctorat.

 

Dans un registre proche, le magazine Sciences Humaines publiait quatre ans plus tôt un article d’Héloïse Lhérété, intitulé « La solitude du thésard de fond ». La journaliste note que les « obstacles » à la réalisation d’une thèse sont « nombreux », mettant en avant « l’inconfort moral », « la déprime » et « l’angoisse », ainsi qu’« une flemme persistante, des pannes d’oreiller à répétition, un téléphone qui sonne trop souvent, une addiction à Internet ». Elle conclut, certes sur le mode de la parole rapportée, que « cette solitude fait partie de l’apprentissage ». En revanche, là encore, l’idée selon laquelle « l’université française ne brille pas par ses capacités d’encadrement » est mentionnée sans être approfondie.

 

Ces articles, outre qu’ils tendent à oublier que le travail doctoral peut être épanouissant, ont pour principal inconvénient de véhiculer une conception très individualisante de la thèse, qui peut conduire à culpabiliser les doctorant.e.s comme on culpabilise les chômeurs.ses et les allocataires du RSA[2]. À l’inverse, nous voulons ici rappeler que cette « épreuve personnelle » a bien des causes collectives. À partir de notre position de « jeunes » maîtres de conférences en science politique[3], nous souhaitons mettre l’accent sur trois d’entre elles, sans prétendre à l’exhaustivité et en parlant plus particulièrement de notre discipline[4]. Cette tribune a pour objectif de (re)lancer une réflexion collective sur de tels enjeux.

 

 

Pauvreté et insertion incertaine : une précarité structurelle

 

La première cause collective qui fait de la thèse une épreuve est connue au-delà du milieu universitaire : c’est la précarité structurelle de l’emploi académique. Ainsi, en science politique, il manquait en 2016 près de 84 postes d’enseignants-chercheurs titulaires, soit 30 % du nombre d’enseignants-chercheurs titulaires actuellement en poste dans la discipline[5]. Cela rend l’insertion professionnelle des jeunes docteur.e.s d’autant plus incertaine. En cause : l’augmentation du nombre de postes de titulaires[6] a été inférieure à celle du nombre d’étudiant.e.s et d’heures dispensées[7], de sorte que les effectifs ne sont pas à la hauteur des besoins. En témoigne le recours accru et massif aux vacations d’enseignement : celles-ci sont souvent assurées par des docteur.e.s sans poste, du fait du manque de places de titulaires, et par des doctorant.e.s sans contrat, du fait de financements de thèse insuffisants par leur nombre et leur durée (trois ans, alors qu’une thèse en science politique dure en moyenne entre six et sept ans). Ces vacataires sont souvent payés dans des délais très longs[8], une situation que dénonce de longue date l’Association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP). De surcroît, ces vacataires sont souvent isolés car ils ont rarement accès à un espace de travail. Si la participation à des collectifs de précaires[9] compense pour partie cet isolement, les perspectives moroses d’emploi académique[10] produisent des effets de démobilisation et alimentent entre eux une dynamique concurrentielle. Si celle-ci peut émuler certains doctorant.e.s professionnalisé.e.s, elle peut aussi inhiber les autres, notamment celles et ceux qui sont contraint.e.s de travailler à côté de leur thèse, renforçant ainsi les inégalités préexistantes à l’entrée en doctorat[11]. Le directeur ou la directrice de thèse joue ici un rôle non négligeable : en fonction de son capital symbolique et de sa position institutionnelle, il.elle dispose de marges de manœuvre variables pour intégrer ses doctorant.e.s et les aider à décrocher un emploi académique stable.

 

 

Faire tout, et faire vite : des injonctions difficilement conciliables

 

La deuxième cause collective qui fait de la thèse une épreuve est connue dans le milieu universitaire, mais assez peu au-delà : c’est la difficulté des doctorant.e.s de concilier des injonctions institutionnelles parfois contradictoires. D’un côté, il est admis que la professionnalisation passe par l’enseignement, sous la forme d’une mission d’enseignement associée à un contrat doctoral (64h de TD), d’un poste d’ATER à temps complet ou partiel (192h ou 96h de TD), mais aussi de vacations. L’enseignement, auquel les doctorant.e.s ne sont pas ou peu formés, s’avère très chronophage : au temps de présence s’ajoute la préparation des cours, la correction des copies, les échanges avec les étudiant.e.s et l’administration, etc. Côté recherche, la professionnalisation consiste pour les doctorant.e.s à communiquer sur leurs travaux en cours, et surtout à publier des articles dans des revues académiques. Outre ces deux injonctions chronophages à enseigner et à publier, la thèse s’apparente dans le même temps à une course contre la montre : les écoles doctorales imposent aux doctorant.e.s des durées de thèse de plus en plus courtes, certaines allant jusqu’à refuser de réinscrire les « retardataires » quitte à les priver d’accès aux bibliothèques universitaires et à les isoler davantage. Cette situation est d’autant plus problématique qu’une thèse courte n’est pas toujours jugée compatible avec les critères de qualité scientifique nécessaires pour être qualifié, puis recruté dans la discipline. Contrairement à l’idée selon laquelle la thèse est l’unique tâche du.de la doctorant.e, le parcours doctoral consiste en réalité à faire tenir ensemble des injonctions parfois contradictoires formulées par des instances (laboratoires, écoles doctorales, CNU, etc.) où les doctorant.e.s peinent à faire entendre leur voix. Le niveau de concurrence très élevé entre jeunes chercheur.e.s renforce le poids de ces injonctions, de telle sorte qu’il faut « cocher toutes les cases » pour espérer embrasser une carrière académique.

 

 

Des relais parfois inexistants : un sous-encadrement chronique

 

La troisième cause collective qui fait de la thèse une épreuve est connue dans le milieu universitaire, mais elle s’apparente à un tabou professionnel : c’est le sous-encadrement auquel sont confronté.e.s de trop nombreux.ses doctorant.e.s, de la part de leurs laboratoires, qui ne prévoient pas toujours un accompagnement adapté, mais aussi de leur directeur.rice de thèse. Ce dernier est le.la principal.e encadrant.e du doctorant.e, sans toutefois être son employeur – a fortiori lorsque le.la doctorant.e n’est pas sous contrat faute de financement. Cette relation est atypique dans le monde du travail : elle place le.la doctorant dans une position ambiguë, entre celles d’étudiant.e en formation et de travailleur.se professionnel.le. Si cette relation d’autorité est parfois euphémisée (par le recours au tutoiement, par exemple), elle demeure très asymétrique notamment parce que le.la directeur.trice a le pouvoir, certes partagé avec d’autres collègues, de faire soutenir une thèse et d’aider ses doctorant.e.s à s’insérer des réseaux académiques. Figure intellectuelle plus ou moins tutélaire, le.la directeur.trice est censé.e conseiller ses.doctorant.e.s en matière d’enseignement et de publication, mais surtout les aider à mener à bien leur thèse, de la conception à l’écriture. Et c’est souvent là que le bât blesse : bien que le bon dosage entre encadrement et autonomie varie selon les profils de doctorant.e.s, trop nombreux sont ceux.celles qui s’estiment peu ou mal suivis, voire pas suivis du tout. On ne compte plus les récits de doctorant.e.s blasé.e.s de devoir envoyer un énième mail pour espérer qu’un chapitre de leur thèse soit relu, voire juste de décrocher un rendez-vous. De ce point de vue, les « comités de suivi » mis en place par décret en 2016, qui prennent des formes très variables selon les établissements[12], sont loin de résoudre toutes les difficultés[13]. Celles-ci sont de fait partagées par les doctorant.e.s les plus socialisé.e.s, mais aussi vécu individuellement par les plus isolé.e.s. Parmi ces dernier.e.s, combien abandonnent leur thèse en partie pour ces raisons[14] ? Aussi, il ne s’agit pas seulement de « savoir terminer une thèse », comme se l’entendent dire les doctorant.e.s. Il faut aussi savoir l’encadrer. Or, de nouveau, cette compétence ne fait que très rarement l’objet d’une formation[15]. Si les difficultés d’encadrement tiennent aussi à la situation de plus en plus tendue dans laquelle l’ensemble des chercheurs.ses et enseignant.e.s-chercheurs.ses exercent leur métier[16], il reste à mener sur ce point une réflexion collective d’ampleur[17] à laquelle il faut associer les responsables d’écoles doctorales et de laboratoires de recherche.

chercheur precaires

 

*

 

En définitive, la situation des doctorant.e.s ne doit plus être pensée indépendamment du contexte universitaire actuel et des relations d’encadrement dans lesquelles elle prend place. La dimension ascétique souvent associée à la thèse ne peut être vue uniquement comme le fruit d’une « vocation » qui justifierait les sacrifices – réels – relatés dans la presse. Elle repose aussi sur une conception solitaire du parcours doctoral, largement intériorisée par les doctorant.e.s et par leurs encadrant.e.s. Pourtant, la thèse est bien une affaire collective et il importe de rappeler que des causes structurales – institutionnelles et politiques – nuisent à son bon déroulement. Sortir d’une conception individualisante et concurrentielle[18] est un préalable indispensable pour réfléchir ensemble aux conditions de réalisation de la thèse. C’est également une façon de soutenir les collègues non titulaires, non seulement dans leur lutte contre la précarité[19], mais aussi vis-à-vis de autres difficultés qu’ils rencontrent.

 

 

 

Biographie des auteurs

 

Luc Sigalo Santos est maître de conférences en science politique à l’université Aix-Marseille depuis novembre 2018, membre du Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (LEST, UMR CNRS 7317).

 

Vincent Lebrou est maître de conférences en science politique à l’université de Franche-Comté depuis septembre 2019, membre du Centre de recherches juridiques de l’université de Franche-Comté (CRJFC, EA 3225).

[1] Selon une enquête de l’organisme Generation PhD, 65 % des répondants s’estiment trop isolés, notamment en SHS.

[2] L’analogie n’est pas anodine : en SHS, il est courant de terminer sa thèse au chômage, voire au RSA.

[3] Recrutés cette année et l’an passé comme titulaires, notre expérience de thèse est proche et beaucoup de nos ami.e.s et/ou collègues sont doctorant.e.s. Cette position nous permet de dire des choses que les non-titulaires ne peuvent pas toujours exprimer, bien qu’il ne s’agisse pas de parler en leur nom. Elle nous incite aussi à engager dès à présent une réflexion sur des pratiques d’encadrement auxquelles nous serons vraisemblablement confrontés dans les années à venir.

[4] Bien que le propos s’applique sans doute à des disciplines connexes des SHS, telles que la sociologie et l’histoire.

[5] Selon une estimation conjointe de l’ANCMSP, de l’AFSP et du CNU 04. Toutes disciplines confondues, cette estimation est portée à 13 000 postes d’EC manquants, soit 20 % du nombre actuel d’EC titulaires.

[6] On recensait 273 EC titulaires en 1998, contre 318 en 2003, et 390 en 2018. Au CNRS, le nombre de postes de chargé de recherches en section 40 a diminué de 10 % entre 2000 et 2013, passant de 215 à 194.

[7] Pour citer un exemple local, le nombre d’enseignants titulaires à l’université de Strasbourg est en baisse de 5,2 % sur la période 2010-2018, alors que le nombre d’étudiants a augmenté de plus de 20 % sur la même période.

[8] On trouve ici un aperçu de cette situation. Ajoutons qu’à Nantes, l’Université a récemment exigé des vacataires qu’ils remboursent les quelques euros perçus en trop à cause d’une erreur informatique du ministère des Finances.

[9] Plusieurs collectifs locaux se sont regroupés en 2016 au sein du Collectif national des travailleur·e·s précaires de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

[10] Par ailleurs, le doctorat en SHS reste mal (re)connu dans le secteur privé et la Fonction publique : cf. Collectif des docteur.e.s sans poste, « Avoir un doctorat, mais pas d’emploi ! », Le Monde, 18 mai 2017.

[11] S. Nicourd, « Les processus de désengagement dans le cadre du travail doctoral », SocioLogos, n° 10, 2015.

[12] Discussion scientifique de « fond » ou échange sur les conditions matérielles de la thèse ; présence ou non du directeur.rice de thèse et de ses collègues proches, ce qui contraint de fait la liberté de parole du.de la doctorant.e, etc.

[13] Celles-ci, qui vont de l’absence d’encadrement au harcèlement, sont exposées dans l’un des rares articles de presse consacrés au sujet : A. Raybaud, « Quand la relation avec son directeur de thèse vire au cauchemar », Le Monde, 15 janvier 2019. Signalons à ce propos l’action du Collectif de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur (CLASCHES).

[14] Selon l’une des rares études sur le sujet (Céreq, « Les déterminants de l’abandon en thèse », 1998), le taux d’abandon avoisine les 65 % en SHS, contre 60 % en lettres, et seulement 10 % en chimie. Parmi les autres déterminants figurent le fait d’être plus âgé, d’être en couple avec enfant et d’exercer une activité en parallèle.

[15] Des initiatives récentes ont émergé, comme ici à l’université Paris-Sorbonne.

[16] D. Larousserie, « Le blues des chercheurs français », Le Monde, 14 octobre 2019.

[17] Il existe quelques réflexions individuelles de directeurs.trices de thèse : F. Buton, « Diriger des thèses science politique. Entretien avec Michel Offerlé », Palaestra, 2005, p.22-33 ; M. de Saint-Martin, « Que faire des conseils (ou de l’absence de conseils) de son directeur de thèse ? », dans M. Hunsmann et S. Kapp (dirs.), Devenir chercheur. Écrire une thèse en sciences sociales, 2013, p. 64-79. Par ailleurs, une sociologie de l’encadrement reste à mener, selon F. Buton et V. Dubois : « Directeur de thèse », dans H. Michel, S. Levêque, J.-G. Contamin (dirs.), Rencontres avec Michel Offerlé, Éd. du Croquant, 2018, p. 141-149.

[18] Reproduite dans une certaine mesure à l’échelle des titulaires par la course à l’excellence individuelle.

[19] Voir l’Appel solennel aux enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs, chercheuses et chercheurs titulaires de la fonction publique daté de juin 2019.

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14 Comments

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14 Responses to La thèse : les causes collectives d’une « épreuve personnelle » par Luc Sigalo Santos et Vincent Lebrou

  1. Merci pour votre article, qui soulève des points très importants concernant les difficultés de la thèse. Par ailleurs, vous faites bien de rappeler que ces difficultés ont des raisons structurelles, institutionnelles, et qu’il ne suffit pas de travailler pour réussir sa thèse ; encore faut-il, entre autres, un bon encadrement et une situation financière stable.
    J’insiste sur une chose, votre dernier point. A mon sens il devient nécessaire de parler de « formation des encadrant-e-s » ; aussi bien en gestion de projet (afin de réaliser qu’une thèse en trois ans avec tout ce qu’il y a à faire derrière et que vous évoquez dans votre article, c’est quasi mission impossible), qu’en gestion de l’humain (apprendre à gérer les conflits, apprendre à s’exprimer) et au repérage des signes de troubles psychologiques (en particulier burn out) – il y en aurait d’autres à mettre sur la table comme formation en pédagogie et épistémologie.

  2. Anonyme

    Merci pour votre réponse @M. FUSI !
    Il nous semble aussi nécessaire de penser collectivement la formation à l’encadrement, tout en veillant, d’une part, à ce que ces formations soient réellement utiles (et ne consistent en des conseils néo-managériaux de type développement personnel), et, d’autre part, à ce que ces formations soient d’une manière ou d’une autre comptabilisées dans les services des enseignant.e.s-chercheur.ses (pour ne pas accroître la surcharge de travail).

  3. Anonyme

    Très bonne article ! jeune ex doctorant en biologie je trouve que vous avez très bien résumé la situation. Ils seraient interessant d’avoir une statistique sur le nombre d’abondon de thèse (ou de thèse jamais soutenue). On peut rajouter une autre source d’anxiété : la course au facteur d’impact et aux nombres de publications, qui mènent à des dérivés (tricheries). Sans parler de la position des auteurs sur les publications…
    ameline.baptiste@laposte.net

  4. Anonyme

    Merci pour votre réponse !
    Cette question de l’impact factor est moins prégnante en SHS, mais la course à la publication y existe aussi.
    Nous avons pour projet de travailler sur la question de l’abandon. C’est effectivement un angle mort, ce qui est d’autant plus problématique que l’abandon est beaucoup plus fréquent en SHS qu’en sciences naturelles.

  5. Hayumi

    Bonjour,
    Je trouve cet article très vrai ! Egalement Doctorante en Biologie j’ai rencontrée un grand nombre de difficulté et de choses aberrantes dans mon parcours. Si vous souhaitez recueillir des témoignages dans mon domaines ou si je peux m’investir pour faire changer les choses dites le moi.
    Bon courage et félicitation pour votre titularisation

  6. Choupiyan

    Bonjour !

    Merci beaucoup pour votre article très intéressant.
    Je suis un étudiant en M1-Histoire recherche et j’ambitionne de poursuivre sur une thèse après.
    Néanmoins, durant ma licence, tous mes professeurs ont été honnêtes sur ce point avec moi, et sur ce que vous dites dans votre article : il y a 99% de chances de ne pas avoir de perspective d’avenir une fois la thèse achevée.

    Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours voulu être enseignant-chercheur. Mais je suis bien conscient qu’au vu des conjonctures actuelles, qui ne vont pas en s’arrangeant d’ailleurs, cela semble très compliqué. Néanmoins, n’ayant aucun autre objectif que celui-là, je vais quand même essayer.

    Tout ça pour dire que je vous remercie de votre article, même si j’étais donc déjà un peu au courant via mes professeurs, cela rend les choses un peu plus concrètes. Et il est quand important de savoir où on s’engage et de le faire en toute connaissance de cause !

    Je rejoins l’un des commentaires précédents, je suis moi aussi curieux de savoir le taux d’abandon durant la thèse, et celles qui n’ont pas été soutenues.

    Bien cordialement.

  7. stephane beaud

    Comme directeur de thèse (en sociologie), ayant un certain âge, sinon un page avancé, votre texte ne peut que m’interpeller et nous interpeller, tous !… Je suis d’une génération qui passait les concours de l’enseignement (CAPES; agrégation) PUIS effectuait une thèse, donc avec un gros filet de sécurité. On a créé – malgré tout en nombre) – des allocations doctorales avec comme effet mécanique un nombre de doctorants en SHS bien supérieur au nombre de postes offerts (MCF, CNRS, INED, INRA, INSERM etc.). Il seraitg intéress,ay d’avoir les stats des docteurs ayant trouvé un empploi hors ESR (enst sup et recherche). Donc notre système a crée une « précarité structurelle ». Quelle est notre responsabilité comme directeur/rice de thèse ? Expliquer les choses en premier lieu. En bref, j’essaie de dire à mes M2 et futurs doctorant(e)s : « voici comment fonctionne le système en SHS… , à vous de savoir si vous vous sentez prêts à affronter ce système et sa précarité structurelle… Si non, il est possible pour vous de passer les concours de la fonction publique ou d’entrer sur le marché du travail… PUIS de préparer une thèse en sociologie avec ce filet de sécurité… mais il est vrai que chacun agit dans son coin et qu’il manque sans doute des textes sur ce sujet de la part des a priori « coupables » (les directeur/rice)s de thèse)

  8. Anonyme

    excusez les fautes de frappe

  9. Luc Sigalo Santos

    @Hayumi, merci pour votre message. Nous comptons effectivement conduire des entretiens sur ce type de difficultés prochainement. N’hésitez pas à nous laisser vos coordonnées si vous le souhaitez en m’écrivant à luc.sigalo-santos@univ.amu.fr

    @Choupiyan, merci pour votre message. Manifestement, la question de l’abandon intéresse et interroge, nous allons certainement creuser ce point. Petit commentaire : nous ne disons pas qu’il y a 1 % de chance d’obtenir un poste dans l’ESR, seulement que le marché de l’emploi académique est de plus en plus tendu.

    @stephane beaud, merci pour votre réponse. Ravi que notre tribune vous ait interpellé (vous êtes à ma connaissance le premier PU à réagir), c’est l’objectif ! D’accord avec vous sur les chiffres d’insertion hors ESR, je pense qu’ils doivent exister via les services stats du ministère (que j’ai contactés). Sur la question du CAPES/de l’agrégation de SES comme « filet de sécurité » pour la thèse : c’est tout à fait légitime vu l’état du marché de l’emploi académique car cela envoie aussi un signal positif aux futurs recruteurs (« il.elle peut -presque- tout enseigner ») ; mais, du coup, une partie des lauréat.e.s ne voit jamais la couleur d’un lycée, ce qui pose tout de même question… Enfin, petite précision : notre but n’est pas de désigner les directeurs.trices de thèse comme « coupables », car nous savons bien que beaucoup font ce qu’ils.elles peuvent dans un contexte de plus en plus tendu ; il s’agit bien de susciter une réflexion collective d’ampleur sur l’encadrement, avec l’ensemble des concerné.e.s.

  10. René Lévy

    René Lévy (DR CNRS ém.)
    L’article pointe bien les difficultés des doctorants et les injonctions contradictoires auxquelles ils sont soumis et qui expliquent qu’aucun d’entre eux, en SHS, n’est en mesure d’achever sa thèse dans les délais requis . Je me trouve dans une situation semblable à celle de Stéphane Beaud, étant entré au CNRS à une époque où on préparait sa thèse en tant qu’attaché de recherche, la titularisation n’intervenant qu’au bout de 4 ou 5 ans, la thèse terminée. C’était aussi une époque — au début des années 80 — où il fallait se garder de « déflorer » sa thèse par des publications prématurées et où il n’était pas question d’enseigner. Stéphane Beaud pointe toutefois de manière un peu indirecte un point aveugle de l’article qui est la question de l’admission en doctorat. Personnellement, j’ai la même attitude que lui, consistant à ne pas cacher aux candidats ce à quoi ils s’exposent, ce qui en dissuade quelques uns. Mais la question des critères d’admission en doctorat devrait faire l’objet d’une réflexion collective. Un autre point n’est abordé qu’incidemment dans l’article, c’est celui du niveau d’exigence , qui peut être très disparate selon les disciplines, les établissements, les directeurs de thèse…Enfin, lorsqu’on aborde la question de l’accès aux postes d’EC ou de chercheur, il faudrait évoquer la question de la concurrence entre normaliens et non-normaliens, les premiers étant fortement avantagés, non seulement en raison des conditions matérielles où ils se trouvent, mais aussi en raison du prestige supérieur de leurs établissements d’origine.

  11. Merci pour cet article. Il décrit bien un état de fait que j’ai vécu, mois aussi. Cependant, je me demande si la souffrance que vous évoquez ne provient pas d’une petite erreur dans l’intention. Fait-on une thèse pour obtenir un statut ou bien pour produire des connaissances nouvelles ? Si le but est d’obtenir un statut, c’est un très mauvais plan (et ce n’est pas nouveau, surtout en SHS). Le rapport risque/ espérance de gain est catastrophique . Si le but est de produire des connaissances nouvelles ( par passion), alors, il faut avoir de bons alliés et pouvoir prendre des risques. Comme le suggère Stéphane Beaud à juste titre, cette énorme prise de risque qu’est la thèse suppose d’avoir couvert ses arrières. Il faut absolument un métier de secours, un métier qui permet de se replier honorablement si, par malchance, on n’a pas pu produire la fameuse connaissance nouvelle ,ou bien, si elle n’a pas été reconnue à sa juste valeur. A mon sens, les allocations doctorales sont un piège, car elles donnent l’illusion trompeuse qu’on est entré dans la carrière, alors qu’on est encore du mauvais côté de la porte. Elle fait de vous un chercheur à plein temps, sans aucune garantie que vous le deviendrez effectivement. Elle vous expose au risque d’être exploité par votre labo en tant que main d’oeuvre précaire et bon marché, alors que la thèse devrait être avant tout votre investissement personnel. Dans le contexte actuel, faire une thèse en SHS dans de bonnes conditions, c’est s’être organisé pour avoir un métier et gagner sa vie, que l’on obtienne ou non le statut de chercheur ou d’enseignant-chercheur. Tout miser sur la thèse est une folie .

  12. Michel Villette, faire une thèse, c’est être doctorant.e, c’est être un jeune chercheur, c’est avoir un statut, même s’il n’est pas assez reconnu et très précaire. Mais c’est en effet conseillé de prévoir un plan B ! Bien à vous,

  13. Anonyme

    Merci beaucoup pour votre article. Bien qu’orienté shs les nombreux points soulevés sont transversaux aux diverses disciplines. La course à la publication est, à mon sens, l’une des plus grandes dérive , qui carcante l’étudiant à une activité de production de masse, sans prendre le temps ni la distance sur le travail effectué. C’est une des pressions principales dans mon domaine ( santé).
    Merci encore
    Un doctorant qui courageusement reprend le flambeau.

  14. « Anonyme, 18 octobre 2019 at 20:39 », Ce blog est historiquement plus proche des SHS mais totalement open à toutes les sciences. Ce serait bien d’avoir d’autres point de vue ! Courage !

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