Corée du Sud: première de la classe?

Un projet d’école numérique ambitieux mais qui passe principalement par de l’équipement

De EngKey (premier robot humanoïde professeur d’anglais) aux SMART schools (classes équipées high-tech dès la maternelle) en passant par une connectivité inégalée à travers le monde (1er au ICT Development Index), la Corée est souvent louée à l’étranger comme un modèle d’innovation. Le pays a en effet considéré le numérique comme un levier essentiel du développement du pays et caracole aujourd’hui en tête du classement digital literacy de l’OCDE. La méthode d’évaluation utilisée est-elle cependant pertinente lorsqu’on ne cherche pas seulement à renouveler la transmission des savoirs mais également la conception des savoirs nécessaires à notre siècle?

L’école publique est envahie par l’ombre du privé en Corée du Sud. Les cours du soir à outrance (les hagwons, académies privées qui pullulent à Séoul) sont-ils compatibles avec la notion même d’innovation pédagogique? Les rues de Daechidong comptent des dizaines d’établissements dont le but est de rester compétitifs en maximisant l’entrée des jeunes Coréens dans les prestigieuses “SKY Universities” (l’acronyme désignant les trois universités les plus courues et prestigieuses du pays : Seoul, Korea et Yonsei). Cela passe par une préparation assidue et extrême au Suneung, clé de voûte du système scolaire, examen d’entrée mis sur un piédestal par des familles et une société insatiables.

 

18 milliards de dollars, c’est la somme dépensée par les ménages sud-coréens en éducation privée en 2013.

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L’école numérique peut-elle exister sans promouvoir les 21st century skills?

Jung Chanpil, en première ligne de l’implantation de la classe inversée (“flipped classroom”), a créé un groupe pour amplifier ce mouvement et lui donner plus de poids en Corée après un pilote dans la ville de Busan qu’il a documenté pour KBS, une chaîne locale. Les professeurs y apprennent les bases de ces nouvelles méthodes et raffinent leurs pratiques pédagogiques au contact de collègues plus avancés dans ce processus. Le réseau, Future Schools, rassemble aujourd’hui plus de 10.000 professeurs autour de cette mission visant à repenser la façon d’enseigner. Mais comment mettre en place du project-based learning (PBL) en classe alors que les enfants luttent contre le sommeil pour étudier?

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If it ain’t broken, don’t fix it

Au “pays du matin calme”, l’implantation de nouvelles pédagogies inspirées du numérique est-elle rendue encore plus difficile par la place du pays au sacro-saint classement PISA?

Pourquoi innover quand les méthodes actuelles continuent à faire leur preuve au regard des standards internationaux? Il est difficile pour les innovateurs de justifier un investissement supplémentaire, voir une “prise de risque” sans garantie de réussite à un examen encore déterminant pour la vie des Coréens, pour qui les études sont le seul facteur déterminant de réussite sociale.

La réussite scolaire, plus qu’une fierté nationale, c’est aussi la principale cause de dépression dans un pays où les suicides de jeunes sont les plus nombreux parmi les pays de l’OCDE. Le pic de surmenage intervient au moment des examens, en novembre, mais la pression est constante: les 21st century skills sont hélas délaissés au profit du sacro-saint par coeur pour ne rien laisser au hasard.


L’entrepreneuriat pour repenser la réussite en Corée?

“The traditional conveyor belt that harbored young professionals from college graduation to traditional large corporations is cracking, and a new generation is gravitating towards risk and massive reward. The dormant but innate entrepreneurial blood of Korea is awakening once again.”
Mike Kim

Mike Kim, qui vient de quitter la Silicon Valley pour rejoindre une des startups en vogue à Séoul,  Baedal Minjok, l’a bien résumé dans cette formule optimiste. Avec des espaces de création et d’investissement comme Dcamp, une vague d’entrepreneurs sociaux qui gravite autour d’une nouvelle notion de la réussite et un intérêt non dissimulé venant de l’étranger (“Kimchi Fund” de 500Startups, Campus Séoul), Séoul se dote rapidement d’atouts qui pourront oeuvrer, mieux que les politiques publiques, à changer les mentalités vieillissantes.

 

Peut on parler d’innovation dans l’éducation quand son issue reste unique et calquée sur un modèle ayant formé ses aînés avec le même excès? Un système éducatif ultra-hiérarchisé dont la cible exclusive est l’examen d’entrée à l’université peut-il perdurer comme tel?

 

L’Inde, pays de tous les défis pour les edtechs

Lorsque l’on s’intéresse au bien fondé de l’utilisation des technologies dans l’éducation en Inde, il faut commencer par prendre en compte l’échelle, qui met d’autant plus en perspective les difficultés de déploiement de réformes timides. L’Inde est forte d’une population de 1,26 milliards d’habitants dont 400 millions de mineurs parmi lesquels 250 millions sont scolarisés dans le primaire et le secondaire. Favoriser l’accès du plus grand nombre à une éducation de qualité dans ce contexte représente ainsi un défi majeur. L’adoption de certains outils peut d’ailleurs être compromise si la diversité des langues parlées n’est pas considérée. Si les écoles privées, marquées par le passé colonial du pays, sont nombreuses à proposer un enseignement en Anglais, la langue varie habituellement d’un état à un autre: avec plus de 780 langues en Inde (dont 29 parlées par plus d’un million de personnes), l’apprentissage dans une langue commune n’est pas encore une évidence. L’anglais et le hindi sont les seules langues officielles mais dix-huit autres jouissent du statut de langues constitutionnelles.

Malgré un nombre grandissant d’institutions publiques et de startups s’attachant à résoudre ces problèmes, trop peu se focalisent encore sur les personnes en ayant le plus besoin et imaginent des solutions low-cost pour les élèves du BoP (Bottom of the Pyramid). L’opportunité principale pour l’innovation éducative se situe aujourd’hui dans les applications de mobile learning dans la mesure où les coût toujours plus bas de ces appareils permettent une adoption analogue du mobile à travers tous les niveaux socio-économiques.

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Un fossé entre l’enseignement public et privé

Le système scolaire indien s’inscrit résolument comme à deux vitesses avec une dualité marquée entre le privé et le public (“government schools”). Ce sont ces dernières, dont beaucoup sont rurales, qui doivent le plus souvent faire face au défi des “first generation learners” et du danger des drop-outs.

Si des écoles privées, comme la Candor International School, que nous avons visitée, ont une infrastructure compétitive et des centres de formation Apple en interne, la plupart des établissements ne disposent même pas des infrastructures les plus basiques. Quand ce qui manque n’est pas la connectivité (ne parlons pas d’un réseau haut-débit) mais l’électricité, c’est un défi de plus pour des entrepreneurs qui ne peuvent faire fi de conditions locales défavorables à l’innovation. Certaines écoles peuvent avoir une salle informatique sans pour autant avoir les moyens nécessaire de faire fonctionner les ordinateurs et de relier ces derniers à internet. Enfin, pour certaines écoles, l’investissement dans les technologies relève du marketing (cela représenterait un signal vis à vis de parents désireux d’une éducation de qualité) plutôt que d’une volonté de les utiliser à bon escient. Ce qu’il manque, c’est une prise de conscience de l’administration scolaire du plein potentiel de ces dernières.

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C’est un défi de plus que d’atteindre les écoles publiques mais certaines organisations se focalisent pour autant exclusivement sur celles-ci afin de résoudre des problèmes qualitatifs. Megshala forme des professeurs dans ces écoles publiques en utilisant des technologies nécessitant peu ou pas d’infrastructure. La fondatrice, Jyoti Thyagarajan veut doter les professeurs d’un contenu plus riche et de modules avec des composantes audio et vidéo intégrées pour leur permettre de repenser la façon dont ils produisent et délivrent leurs leçons. L’équipe voit ces outils comme les éléments catalyseurs d’une classe plus interactive et vivante, permettant aux élèves et aux professeurs de visualiser et d’appréhender leurs apprentissages différemment. La technologie se veut ici encore, être un miroir pour réfléchir au bien-fondé de la pédagogie.

A mi-chemin entre ces deux extrêmes, les Affordable Private Schools (APS), écoles privées abordables, que l’on estime à environ 400,000 en Inde représentent 50% de l’enseignement en zone urbaine et 21% en zones rurales. Le salaire des professeurs y est 38% plus bas que dans les écoles publiques, et malgré un taux de pénétration des technologies relativement haut, cette infrastructure souffre d’une utilisation contrastée (34% des ordinateurs sont qualifiées d’inutilisables selon ce rapport)

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L’absentéisme des enseignants touche un quart des professeurs en Inde

Au delà d’une formation inadéquate, l’absentéisme des professeurs est un problème structurel. Une étude récente de l’Université de San Diego (portant sur le “fiscal cost of weak governance”) estime à 1,5 milliards de dollars par an le coût d’un tel absentéisme: 25% des professeurs des villages testés par l’étude récente de la Banque Mondiale étaient en effet absents (visites inopinées- avec un taux d’absence variant de 15% dans le Maharashtra à un inquiétant 42% au Jharkhand). Une des priorité pour le gouvernement serait de créer plus de mécanismes de contrôle afin de limiter l’impact de ce laxisme sur l’apprentissage.

 

Le manque d’infrastructure est un frein à l’innovation

Parler de technologies dans l’éducation en Inde, c’est se heurter au cliché de salles informatiques poussiéreuses vides d’élèves et de sens. Ce problème a poussé Rakesh Kumar et Vivek Pandey à créer Experifun. Leur produit permet d’innover dans l’enseignement des sciences sans pour autant créer de nouveaux problèmes aux professeurs qui évoluent le plus souvent dans un contexte d’infrastructure peu fiable grâce à une solution novatrice et low-cost. L’entreprise, qui fait partie des investissements récents du Pearson Affordable Learning Fund (PALF), veut permettre de démontrer des concepts scientifiques de manière attractive sans pour autant avoir affaire à un système coûteux et complexe pour des professeurs peu formés à cet égard. Ils s’occupent également d’une partie nécessaire et souvent négligée: leur formation.

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“The ideal Edtech product is the one that seamlessly fits in the classroom without disturbing the day to day” (Rakesh Kumar)

Repenser le marché du tutorat et ses inégalités structurelles

Certaines entreprises, comme Vahan, ont fait le choix délibéré du low-tech afin d’atteindre la majorité. Le modèle de Vahan se repose sur une pratique courante en Inde, le missed call, permettant ainsi d’offrir un service d’apprentissage de l’anglais à faible coût mais qui dispose néanmoins d’une force puissante d’analyse pour le professeur. Celui-ci peut analyser les données, écouter les enregistrements des élèves et dispose ainsi d’une visibilité inégalée sur la courbe d’apprentissage de chacun.

D’autres entreprises, comme Vedantu, le Livementor indien, capitalisent sur leur statut de marketplace pour mettre en relation tuteurs et étudiants. Le marché du tutorat (nommé en Inde tuitions), représente, comme dans le reste de l’Asie, une part conséquente des dépenses des familles: il s’agit donc pour ces startups de repenser la façon dont il est délivré pour qu’il soit plus démocratique et personnalisé, moins centré sur le professeur mais davantage sur l’apprenant.IMG_8185

Valoriser l’entrepreneuriat pour inventer l’éducation de demain?

“Youth of India must turn from job-seekers to job-creators” Narendra Modi

Avec le lancement de “Startup India” à grand renfort de communication, Narendra Modi a posé les jalons d’un plan visant à favoriser la croissance des startups en Inde en invitant 2000 entrepreneurs à New Delhi à la mi-janvier: avec une augmentation de 40% du nombre de startups et 8,2 milliards d’euros d’investissements en 2015, l’entrepreneuriat a le vent en poupe, surtout à Bangalore, capitale historique des technologies de l’information. Pour les Edtechs, l’Inde a aussi son incubateur, EDUGILD. Basé dans la ville de Pune, le programme de 16 semaines offre d’accompagner les entrepreneurs en résidence avec de nombreux mentors ayant fait leurs armes dans le paysage des technologies de l’éducation. De plus, les interactions avec les investisseurs s’intéressant au secteur (Kaizen, Unitus Seed Fund) ainsi qu’avec de nombreux angels investors sont fréquentes.

Skills gap: quelle valeur aujourd’hui pour l’enseignement tertiaire?

Le skills gap en Inde est en effet un problème identifié par la plupart des grandes entreprises qui doivent former à nouveau leurs jeunes recrues une fois ces dernières diplômées. Chaque année, 3 millions de jeunes Indiens rejoignent le monde professionnel, cependant seuls 25% des ingénieurs diplômés sont considérés comme “employable” par le secteur IT. En effet, l’enseignement de faible qualité ne s’aligne pas avec la demande grandissante de main d’oeuvre qualifiée pour un secteur tertiaire qui grandit rapidement. Il est impératif, pour rester compétitif, de repenser la façon de former le personnel en s’alignant avec de nouveaux standards de qualité. Un changement des mentalités est nécessaire à grande échelle dans le système éducatif indien. Il s’agit de former les nouvelles générations aux emplois du futur et leur permettre de visualiser ces derniers de façon plus claire afin de construire une société non seulement plus saine mais aussi plus compétitive sur le plan international.

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Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse

Aucune tablette, bien que  low-tech, déployée à grande échelle ou développée par des pédagogues, ne pourra remplacer la présence, sinon de professeurs qualifiés, de facilitateurs aptes à diriger ces classes. La priorité aujourd’hui est de repenser les mécanisme de contrôle de qualité mais aussi de formation afin d’assurer une présence pertinente des professeurs dans les classes.

Enfin, le marché indien est fragmenté d’une façon que l’on ne saurait retrouver ailleurs et cela représente peut-être le plus grand défi des entrepreneurs de l’éducation du pays. Comment adresser un marché à trois vitesses composé du BOP, de la classe moyenne et des élites tout en adaptant son produit ou service à ces différentes populations?

Le LMS, entre changement des apprentissages et apprentissage du changement

L’évolution des métiers et des compétences est un sujet d’actualité alors même que la façon dont nous interagissons avec le contenu a fondamentalement changé cette dernière décennie avec des nouveaux usages qui pénètrent tous les aspects de notre vie. Pourquoi le travail et l’éducation, ces deux piliers tout particulièrement, n’ont-ils pas encore bénéficié de cette révolution des mentalités?

A mesure que les compétences évoluent, la formation initiale devient obsolète: apprendre tout au long de sa vie n’est plus un luxe mais devient nécessaire afin de rester pertinent dans un contexte changeant. C’est pour l’entreprise un challenge double, tant en terme de formation que de rétention de talents qui cherchent dans leur emploi, au delà de sa fonction alimentaire, un épanouissement personnel toujours plus poussé.

Quels apprentissages pour l’entreprise du 21ème siècle?

Une entreprise du 21ème siècle se doit d’intégrer un élément d’apprentissage et de formation continue pour ses employés afin de les préparer aux changement. Les Learning Management Systems (LMS) permettent aujourd’hui aux entreprises de créer rapidement ces contenus ainsi que d’être réactives sur les points nécessaires pour coller aux besoins du terrain et des opérationnels sur le court terme (afin d’accompagner la sortie d’un nouveau produit ou d’une nouvelle réglementation par exemple).

Le monde dans lequel nous évoluons a besoin d’une nouvelle génération de ces LMS avec prise en main immédiate, qui permettent d’être déployés sur des cycles courts par les directions métiers elles-mêmes afin d’être au plus près de l’utilisateur. Ils peuvent permettre des pratiques collaboratives plus poussées au sein d’une entreprise loin des workflows traditionnels avec des concepteurs qui ne s’adaptent pas en temps réel.

L’importance d’un coût marginal nul afin de ne pas ralentir ou freiner la création pour des raisons financières est non négligeable: l’entreprise doit pouvoir créer autant de formations qu’elle le souhaite afin se s’adapter aux changements dans les emplois qui existent aujourd’hui et permettre à ses employés de continuer à apprendre au-delà de leur formation initiale, et ce, à tout moment.

Repenser le Learning Management System à la lumière de ses nouveaux usages

Le marché mondial des LMS s’élève à plus de $2,6 milliards à ce jour et ne cesse de grossir, avec une croissance de plus de 20% en 2014 à mesure que la plupart des entreprises remplacent leurs anciens systèmes, désormais en inadéquation avec leurs aspirations. Comme le dit très justement Forbes dans cet article, les premiers systèmes des années 1980 se focalisaient sur l’administration de la formation (avec un rôle important donné à la planification et l’administration) avant d’évoluer lentement dans les années 2000 vers des formations de type e-learning basiques, les formations professionnelles gardant traditionnellement un aspect présentiel.

C’est seulement ces dix dernières années que les LMS commencent à intégrer des systèmes novateurs de rétention et développement de talent et qu’ils se tournent aujourd’hui vers un statut de “consumer-like TV channel of corporate learning”, intégrant les méthodes, plus modernes et adaptées au monde d’aujourd’hui de machine learning, vidéos à la demande, recommandations de contenu supplémentaire à consulter (à la fois interne et externe), applications, etc. Un nombre donné de services intégrés se superposent à la pédagogie afin d’accompagner l’apprenant tout au long de sa carrière, lui permettant d’apprendre à des moments qui lui semblent pertinents.

Quel leader pour un tel marché?

Les leaders du marché restant concentrés sur l’éducation secondaire ou tertiaire, il est difficile de nommer une seule entreprise qui pourrait être le Blackboard ou le Moodle du LMS en entreprise (“corporate LMS”), avec plus de 300 acteurs se disputant le marché. En Europe, le LMS a son champion: 360Learning, une entreprise créée en 2010 par trois entrepreneurs français, Nicolas Hernandez, Guillaume Alary et Sébastien Mignot, véritable success story à Française comme on aimerait en voir plus souvent. Membre des groupes emblématiques de notre French Tech comme Reviens Léon ou encore The Galion Project, les trois têtes pensantes de l’entreprise en pleine croissance (270% en trois ans et 2M de levés depuis leur création) ont réussi à faire monter le taux de participation moyen au delà des 90%. Avec déjà plus de 500,000 utilisateurs dans 120 pays, le prochain leader des LMS sera-t-il français?

 

La transformation digitale ne doit pas s’arrêter à la porte des entreprises: cela implique de digitaliser le vecteur principal de ce changement via la formation. Les entreprises, au delà de réaliser des économies d’échelles et de pouvoir être plus agiles, permettent ainsi à leurs employés d’apprendre d’une façon toujours plus ludique et sociale lors d’une formation innovante et constante (loin d’un arbitrage temporel contre-productif) et ainsi de maximiser leur implication et motivation. Nous vivons dans une ère où le contenu top-down n’a plus la primauté et où les interactions prévalent pour une formation adaptée.

 

Australie: développer et documenter l’innovation pédagogique

Le nouveau premier ministre Malcolm Turnbull a su mettre l’innovation au coeur de son agenda politique en Australie. Pour la communauté Edtech de Sydney, l’ambition est de transformer la ville en un hub Edtech majeur d’ici à 2020 en aidant les startups locales à se développer au contact de nombreux éducateurs avides de changement ainsi qu’à s’exporter sur des marchés plus larges qui contiennent des challenges éducatifs bien différents en trouvant les partenaires locaux adéquats et affinant leur compréhension des systèmes, cultures et moeurs.

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Malgré une adoption loin d’être généralisée, c’est en Australie que nous avons trouvé certaines des écoles les plus innovantes dans leurs pratiques et méthodologies, au delà de la simple présence de hardware. Certaines institutions ont développé des cellules d’innovation à l’intérieur même de leurs murs afin de documenter leurs bonnes pratiques en matière d’innovation pédagogique.

Nous avons eu le plaisir d’échanger avec Kurt Challinor, Directeur du Center for Deeper Learning (CDL) de la Parramatta Marist High School sur ces questions. L’école, en banlieue de Sydney, a mis en place des changements significatifs dans leurs méthodes d’enseignement et d’apprentissage en regroupant leur pédagogie autour du Project Based Learning (PBL), du Problem Based Learning et de la Classe Inversée: une emphase a été placée sur l’apprentissage collaboratif, qui passe par une conception différentes des espaces, un enseignement interdisciplinaire, des groupes d’âges mixtes et un focus sur les fameux 21st century skills.

Il ne s’agit pas de formater les enfants pour des tests spécifiques et standardisés mais de les rendre responsables et acteurs de leur apprentissage. La technologie fait partie intégrante de ce modèle, non pas en soi mais en tant que facilitatrice.

La formation des professeurs eux-mêmes (environ 100 heures par an) est exemplaire: ces derniers sont en contact quasi-permanent avec des organisations partenaires. L’école fait en effet partie du New Tech Network (un réseau d’écoles innovantes expertes du PBL aux USA) et travaille sur les questions de Problem Solving avec Republic Polytechnic (Singapour). Le CDL et ses Learning Labs (à destination de ceux qui seraient désireux de répliquer le modèle) répondent à ce besoin de faciliter et standardiser le partage d’expérience avec d’autres éducateurs en Australie et à l’étranger ainsi que de promouvoir l’innovation et une nouvelle façon d’appréhender l’enseignement et l’apprentissage.

Un autre exemple pourrait être la Northern Beaches Christian School. Son principal se tient au courant des innovations via des voyages d’étude dans d’autres écosystèmes innovants.  La structure s’est concrétisée dans le Sydney Center for Innovation in Learning (SCIL). Stephen Collis, Directeur de l’Innovation, dont le TED Talk “The Power of Opting In” mérite d’être visionné pour comprendre la pédagogie de l’école, nous a longuement parlé du nouveau paradigme vers lequel celle-ci tend depuis la création du centre en 2005.

“We are shifting towards a change of paradigm where learning is personalized and collaborative, technology is adaptive, spaces are radically different to the traditional mindset, and a community built on positive relationships is at the core” Steve Collis, directeur de l’innovation à SCIL

Rowan Kunz, le fondateur de MyEd, une jeune start-up Edtech, travaille étroitement avec cette dernière école pour développer sa plateforme. Au delà de leur feedback, l’implication des professeurs dans le processus de design des produits edtechs qui leurs sont destinés est vue comme primordiale dans la communauté des entrepreneurs australiens. Le groupe Sydedutech a par exemple organisé en 2015 un “Teacher Tank” pour permettre aux éducateurs et à l’administration des écoles de réagir face aux failles de certains produits développés sans leurs retours ou qui ne répondaient pas à leurs besoins et ce, pour provoquer un dialogue nécessaire entre les différents acteurs du secteur.

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(Photo Credit: SCIL)

Exporter pour exister

Tout comme en Nouvelle-Zélande, l’éducation à l’export demeure une priorité pour l’Australie. La première mission du groupe SydEdutech en collaboration avec StudyNSW a amené une dizaine d’entrepreneurs australiens en Chine pour une visite de quatre villes différentes à la rencontre de plus de 200 acteurs du secteurs (écoles, chercheurs ou encore accélérateurs comme Learnlab) afin de conclure des partenariats. Le marché chinois est très attractif pour un grand nombre d’entrepreneurs australiens et l’un des organisateurs de SydEdutech, l’investisseur Terry Hilsberg, se trouve être un expert de ce marché. Il conseille ainsi un grand nombre de startups ayant pour ambition de grandir plus vite au delà d’un marché local restreint.  OpenLearning est l’une de ces dernières et se veut une alternative aux plateformes MOOCS habituelles, se différenciant par une ouverture à un panel de contenus plus large et ne se cantonnant pas à la diffusion de cours provenant des universités les plus prestigieuses. La plateforme s’est largement étendue au marché asiatique par le biais d’une implantation majeure en Malaisie, où l’outil a été adopté par les universités publiques pour optimiser leurs pratiques de blended learning. Le gouvernement malais a pour but de digitaliser 30% des cours de ces universités d’ici à 2020, ces derniers seront accessibles au grand public et gratuits.

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Les marchés asiatiques représentent pour l’Australie une opportunité conséquente si l’on considère la partie du revenu médian des parents dépensée dans l’éducation de leurs progénitures. Enfin, il existe sur le marché asiatique différents segments pour lesquels la technologie peut être un véritable atout, comme repenser l’apprentissage de l’anglais aujourd’hui trop formel ou encore donner une nouvelle dimension à un tutorat quasi-généralisé pour toutes les couches de la population.

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De Wellington à Auckland, entre volontarisme étatique et culture d’innovation

Le système éducatif néo-zélandais, combiné à une culture poussée d’innovation pédagogique, se trouve être un terrain idéal pour la création d’un écosystème ambitieux autour des technologies de l’éducation. Le pays, comptant moins de cinq millions d’habitants répartis sur ses deux îles, se trouve dans une situation intéressante dans la mesure où il s’est toujours tourné vers l’export en matière d’éducation, avec un afflux régulier d’étudiants étrangers se rendant dans ses universités. Les deux dernières années ont vu la création et montée en puissance de groupes (Edtech For Export, Edtech Meetup in Wellington, etc) et conférences ayant pour but de donner une visibilité internationale à ces innovations en faisant venir des intervenants de renom (Frank Catalano ou Jennifer Carolan) afin de donner plus de poids aux projets néo-zélandais (“kiwi innovation” dans le texte).

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Un volontarisme étatique marqué

Les écoles qui se voyaient pénalisées dans leurs activités par une connexion internet peu fiable peuvent désormais continuer d’innover: malgré la simplicité apparente de la notion d’infrastructure, la présence de cette dernière est essentielle afin de permettre aux écoles d’explorer des approches plus novatrices sans problèmes techniques obstruant l’innovation.

Un nouveau réseau, Network 4 Learning, géré et entièrement financé par le gouvernement, a été conçu spécifiquement pour amener une connexion internet haut débit dans les écoles du pays: à ce jour, plus de 2050 écoles (soit 80% de l’ensemble du pays) en bénéficient. Pond, la deuxième activité de N4L, est un portail en ligne qui vise à unir les enseignants, administrateurs scolaires et étudiants avec les fournisseurs de contenus et de services d’éducation: il est conçu pour agir comme un endroit où les ressources éducatives peuvent être consultées et partagées afin de favoriser découverte, partage et faciliter le planning des leçons pour les enseignants.

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Les quartiers sensibles au coeur des Edtechs

Nous avons visité Point England School à Auckland où les enseignants utilisent la technologie pour transformer la vie des enfants dans les zones d’éducation prioritaire. Le personnel enseignant et les élèves sont des utilisateurs aguerris des TIC dans tous les domaines d’études, et font un usage intensif des projets en ligne et des communications. Plus de la moitié des élèves sont issus de familles Pasifika (où, souvent, la langue principale à la maison n’est pas l’anglais) et un autre quart sont des Maoris. Le cluster initial des Manaiakalani schools veut trouver un moyen de transformer les enfants en acteurs et créateurs de leur éducation. L’utilisation des Edtechs s’est avérée être le «crochet» pour guider toute la communauté vers de meilleurs résultats scolaires: leur but est de garantir l’équité de sorte que les apprenants « prioritaires » aient accès aux mêmes opportunités que les autres. Tous les élèves à partir du CM2 ont leurs propres ordinateurs personnels (à un coût que les familles peuvent se permettre soit deux euros par semaine pendant quatre ans grâce à un système de micro crédit opéré via la fondation de l’école). Cette vidéo, réalisée par des élèves, est un bon aperçu de la philosophie de l’école. Au lieu d’apprendre passivement, les enfants sont des participants actifs dans un processus audacieux appelé “apprendre, créer, partager ». Tous les élèves ont par exemple leur propre blog: en publiant leurs travaux sur Internet et attirant des réactions du monde entier, leur motivation et engagement ont grimpé en flèche.

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Repenser la formation des professeurs face aux technologies

Au delà des élèves, il s’agit d’initier ce changement à travers les professeurs. Autre programme digne d’intérêt ayant croisé notre chemin, The Mind Lab est une formation inter-disciplinaire qui se présente comme un laboratoire d’apprentissage pour les groupes scolaires et les enseignants. Le programme délivre un certificat d’études supérieures en “apprentissage collaboratif et digital” pour les enseignants, une qualification qu’ils peuvent suivre à temps partiel. Le programme couvre de nombreux sujets y compris le code, la modélisation et l’impression 3D, la science, la robotique, le développement de jeux, etc dans plus de 6 villes en Nouvelle-Zélande. Au cours des cinq prochaines années, de nouveaux sites supplémentaires sont prévus dans le but de former plus de 10.000 enseignants et 180.000 élèves.

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L’export comme catalyseur d’innovation

La taille modeste du marché néo-zélandais a contribué à créer une génération d’entrepreneurs tournés vers l’international. Le succès d’entreprises locales comme EducationPerfect, ADInstruments ou Hapara a donné de l’élan au mouvement d’export des technologies de l’éducation en Nouvelle-Zélande. Hapara, avec son slogan “Make learning visible” est un tableau de bord pour professeurs créé à Auckland en collaboration avec les enseignants de Manaiakalani schools (évoquées plus haut) et désormais exporté dans plus de trente pays ayant pour but de tirer profit des technologies pour maximiser la différenciation des apprentissages.

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Au delà d’une industrie nationale prospère, les technologies de l’éducation sont donc un moyen pour la culture éducative néo-zélandaise de se propager à l’international, et notamment en Asie, dont proviennent par ailleurs aujourd’hui la plupart de ses étudiants étrangers. L’Australie, où nous avons passé le mois suivant, rencontre les mêmes challenges, et il n’est pas anodin que la communauté Edtech de Sydney ait choisi la Chine pour sa première trade mission en 2015. Malgré des programmes scolaires bien différents, les produits se focalisent aujourd’hui sur l’établissement de nouvelles compétences ou des programmes de support, permettant des partenariats intéressants à l’étranger au delà des barrières culturelles et visant un marché bien plus large que celui des États-Unis.

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Pour plus d’informations sur notre semaine en Nouvelle-Zélande, notre newsletter hebdomadaire revient en détail sur toutes nos rencontres. Vous pouvez vous y abonner ici pour recevoir les suivantes; pour rappel, notre itinéraire nous emmène maintenant en Inde, Corée et Afrique du Sud.

 

 

 

 

Le Chili, terre d’opportunités pour les Edtechs?

To change Education, we must not wait for government policies but we have to use entrepreneurial energy and the minds of the civil society
German Echecopar, Co-Founder of Edtech Chile

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Après un mois au Chili, force est de constater que l’entrepreneuriat de l’éducation est en plein boom. Alors que les réformes éducatives bousculent l’opinion publique, suffisamment d’importance est aujourd’hui donnée au secteur pour laisser le temps et les moyens d’entreprendre à un grand nombre d’innovateurs. Nous avons eu la chance de les rencontrer lors de notre séjour au Chili afin de mieux comprendre les défis et particularités d’un pays qui sait valoriser l’innovation.

La couverture médiatique internationale de Startup Chile a attiré l’attention sur le pays depuis la création du programme en 2010. Il a permis la création de plus d’un millier d’entreprises issues d’environ 75 pays différents. Au delà de la mise en réseau et de la dynamisation de l’entrepreneuriat local, un rendement à court terme est mesuré en connectant les entrepreneurs étrangers à l’écosystème chilien (mentorat, Startup Weekend, rencontres avec des étudiants ou sociétés locales, etc) en guise de rétribution.

Le Chili arrivait en 22ème position sur 79 dans le classement 2012 du GEDI (Global Entrepreneurship & Development Index), avec un excellent résultat dans l’indicateur de la perception des possibilités. Cependant, les principaux points faibles, nous rappelle l’OCDE dans cette étude en 2013, incluent le capital-risque ainsi que le pourcentage des entreprises dans le secteur de la technologie. L’état Chilien a récemment mis au point un ensemble de dispositifs, se tournant vers un système d’accélération intéressant.

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Startup Chile: émuler l’innovation dans un incubateur étatique unique en son genre

L’organisme étatique chilien CORFO, créé en 1939, est chargé du développement et d’aide à la création de l’industrie nationale et a, à travers les années, contribué aux développements d’activités économiques telles que les minerais, l’agriculture, le commerce ou encore les services. Le contexte géographique d’un pays ayant longtemps souffert de son isolation est à prendre en compte dans l’ADN de Startup Chile, fruit de la rencontre entre Nicolas Shea et Vivek Wadhwa, ayant pour but de faire progresser la culture d’entrepreneuriat et d’innovation au Chili ainsi que de créer des liens avec les autres hubs technologiques dans le monde.

L’origine gouvernementale de Startup Chile (un coût annuel de 15M d’Euro) est ce qui distingue le programme de tous les autres incubateurs qui ont croisé notre chemin. Les premières éditions étaient réservées à des entrepreneurs étrangers mais le programme est ouvert depuis 2012 aux Chiliens qui représentent aujourd’hui environ 15% de la dernière promotion en date et permettent la création d’un creuset de nouvelles idées.

Il s’agit pour ces nouveaux entrepreneurs d’obtenir un capital de démarrage sans avoir à céder de parts à des tiers (equity free). L’allègement du poids financier pesant sur les entrepreneurs a été rendu possible par une pratique active de seedfunding. CORFO a en effet mis en place un fond de démarrage ainsi qu’un fond de développement et de croissance pour offrir des possibilités de financement aux PME chiliennes présentant de fortes perspectives de croissances et d’innovation, qu’elles soient en phase de démarrage ou bien d’expansion.

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Une opportunités pour les Edtechs: accompagner la phase d’idéation

Une particularité du programme est que les startups sélectionnées s’échelonnent d’un stade de développement précoce à leur internationalisation. Voici des exemples de startups de la treizième promotion qui s’inscrivent dans des problématiques éducatives: 

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Aloprofe, “le LiveMentor Chilien”, propose des cours en ligne à prix fixe (dépendant du pouvoir d’achat de chaque pays) avec des mentors dans plus de 8 pays. Le couple fondateur a pensé à un business model hybride innovant: B2C; les parents peuvent acheter des minutes ou des blocs de 8h par mois. B2B; les cours sont vendus au gouvernement ou a des entreprises et offerts à des enfants défavorisés qui ne pourraient se permettre d’avoir un professeur particulier.

TimoKids est une application pour enfant qui a déjà été téléchargée dans 180 pays: elle inculque aux enfants des concepts globaux de respect, altruisme ou encore de comportements à risque, ayant ainsi pour but de les faire devenir de meilleurs citoyens. Son modèle économique, également hybride, adjoint son image de marque à celle d’entités publiques (mairies par exemple) ou d’entreprises qui désirent s’y associer.

NodoApp est une application qui connecte les universités de Santiago afin de donner plus de visibilité aux événements qui se passent dans leurs enceintes et environs. Avec Nodo, les étudiants ont plus de visibilité sur les événements ayant lieu dans leurs universités et l’application permet une meilleure communication entre l’administration et les étudiants ainsi qu’à travers la communauté estudiantine.

Proversity est une start-up déjà bien avancée (elle vient de lever £1m) qui souhaite se développer en Amerique Latine. C’est un exemple d’université digitale, une solution RH qui transforme la façon dont on recrute. Les candidats suivent des MOOCs en rapport avec le métier et l’entreprise qui les intéresse et passent des tests pour décrocher un entretien. Proversity est déjà en collaboration avec Bank of England et d’autres entreprises anglaises importantes. 

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Entreprendre dans l’éducation, à grande échelle

Au delà des programmes de CORFO, le programme Enseña Chile permet lui aussi, comme nous l’avions remarqué aux US avec Teach For America, de valoriser et faire grandir une nouvelle génération d’entrepreneurs sensibles aux problématiques éducatives.

Le taux de pénétration mobile chilien est parmi les meilleurs du continent, ce qui crée des opportunités pour les outils compatibles BYOB (Bring Your Own Device). Le marché latino-américain est immense, et le Chili est un excellent point de départ pour démarrer une entreprise ou une organisation qui vise à s’étendre et toucher une base d’utilisateurs plus larges (OGR ou TuClaseTuPais et d’autres ouvrent la voie à cet égard, en comblant les différences culturelles par des partenariats avec les autorités locales en la matière).

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La communauté Edtech Chile vise par ailleurs à s’étendre en Amérique Latine. German Echecopar et Catalina Romero, les fondateurs, accompagnés d’un board diversifié et dans un groupe comptant plus de quarante membres (fondations, startups, entreprises, etc) veulent renforcer la communauté Edtech en Amérique du Sud, et leur meetup mensuel est la première étape de ce processus. Ayant également tout juste obtenu un financement de la part de Corfo, ils envisagent un large panel d’activités pour valoriser l’essor de la communauté d’entrepreneurs et d’enseignants née à Santiago autour des technologies de l’éducation. Le groupe nouvellement formé veut passer, au delà du networking, à un rôle de fournisseur de solutions pour les enseignants Latino-Américains en les intégrant un maximum au processus de création.  

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Pour des informations plus détaillées sur nos rencontres au Chili, consultez nos quatre newsletters de Santiago!

 

Mapping Silicon Valley: échelle & relief

 

Ce qui choque à première vue, c’est le relief de la ville. C’est ensuite l’échelle, le bruit tonitruant du Caltrain qui déverse son flot de voyageurs d’un bout à l’autre de la baie. Le manque de concentration, l’absence d’un centre, ou plutôt sa division en d’innombrables points névralgiques, d’un bout à l’autre d’une vallée où l’emphase semble être le maître mot.

 

A San Francisco, on se pose la question de la meilleure méthode pour adopter et optimiser la technologie, déjà omniprésente, plus que de s’interroger sur son bien-fondé. On se pose également la question de l’intégration des produits entre eux, de l’alignement sur le programme nouvellement adopté dans la plupart des états, Common Core, ou des utilisations éthiques les plus pertinentes des données personnelles désormais disponibles pour évaluer. On réfléchit à l’éducation en dehors de l’espace et du temps qui lui sont aujourd’hui consacrés: l’école n’est plus le lieu principal de la transmission du savoir. Un jalon a été posé.

 

The Market for Lemons

“Le processus d’achat des technologies de l’éducation ne peut pas continuer à fonctionner de manière si oligopolistique »

Betsy Corcoran, fondatrice d’Edsurge, a dirigé la rubrique Tech de Forbes pendant des années et n’est pas dupe. L’intérêt des média mainstream pour le sujet demeure limité: trop niche, même aux US. Edsurge s’inscrit comme une alternative prenant position sur un segment plus large que le simple reporting. Ce qui les intéresse c’est aussi la mise en relation, la création de communauté, afin de faire émerger un écosystème plus concentré et dont les noeuds étroits permettent une collaboration fructueuse. Cette collaboration va de l’adoption d’outils (un service de concierge plébiscité par les districts) au recrutement (un job board et des événements fréquents à travers le pays permettent aux startups recrutant massivement d’être connectées à un large panel de demandeurs d’emplois) en passant par la célébration des levées de fonds, toujours plus nombreuses. La Silicon Valley compte à elle seule déjà plus de trois fonds d’investissements conséquents spécialisés dans les Edtechs (nous avons rencontré les VCs de Learn Capital, Reach Capital et Owl Ventures).

Le succès d’un écosystème peut être sensiblement amélioré en favorisant l’échange de connaissances et la participation de ses acteurs. La concurrence ne peut être que bénéfique à un moment où nous raffinons nos pratiques et pédagogies: il est important qu’un ensemble diversifié d’outils émerge pour nous permettre d’évaluer leur impact et de le mettre en valeur de façon distanciée.

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Ambassadeurs & freemium comme facteurs clés de succès

Le business model de nombreuses startups Edtech de la Silicon Valley repose sur ce que de nombreux VCs appellent le “freemium institutionnel”, générant une croissance importante de la base utilisateur tout comme le revenu nécessaire. Un nombre de professeurs, pionniers en la matière et early adopters, sont souvent la porte d’entrée pour un produit, leur utilisation fructueuse (et gratuite) de l’outil débouchant sur une utilisation à l’échelle d’une école ou d’un district (payante).

On peut en trouver la trace dans les communautés de professeurs innovants, qu’elles soient autonomes ou modérées par les startups animant au mieux leur communautés. ClassDojo & TenMarks (une acquisition récente d’Amazon – voir notre prochain sujet sur Open Innovation & Edtech) organisaient par exemple cette semaine #EduMindset un Edcamp virtuel sur Google Hangout & Twitter avec l’intervention de professeurs et influenceurs, générant des retombées intéressantes en termes de communication et de galvanisation de la communauté.

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“Et vous, ça vous vient d’où, ce goût des Edtech?”

Nous clôturons souvent nos entretiens par ces mots. La question pousse à la confidence. Elle est ce qui nous différencie d’une simple interview, va au delà des pointillés, tend vers l’informel – et les réponses sont parfois surprenantes.  Il y a ceux qui avouent avoir préféré la finance pendant un temps avant de se recentrer sur leur passion, armés d’outils business, d’autres qui, anciens enseignants, se sont reconvertis: une diversité de profils qui se retrouvent autour d’un intérêt commun.

Nos rencontres font également apparaître une grande majorité d’alumni du prestigieux programme Teach for America, qui bien que controversé, fait de nombreuses émules à l’étranger, et dont l’implantation française est menée à ce jour par Nadia Marik. C’est en encourageant leurs alumni dans leurs actions en faveur de l’éducation, qu’ils dirigent les politiques publiques à venir, soient les interlocuteurs de professeurs ou du district pour des mastodontes de l’industrie (Google, Pearson, etc), qu’un réseau se tisse et repose sur des liens de confiance. Le réseau des Fellows de Education Pioneer est un autre exemple de cet engouement qui lie business et éducation dans une société qui fonctionne de moins en moins en silo.

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Innovation in-vitro? Des structures d’accompagnements complémentaires

La visite de plusieurs accélérateurs (comme Co.lab, financé en partie par Zynga.org) et incubateurs (GSVlabs et son foisonnement de startups sur son campus de Redwood City) nous a fait prendre la mesure du chemin parcouru. Tout comme les technologies de l’éducation permettent aux étudiants de trouver des mentors en faisant abstraction de la proximité géographique, ces lieux s’inscrivent comme épicentre de l’écosystème et rassemblent une vaste communauté de passionnés et professionnels pour faire grandir une conscience de l’industrie à mesure du développement de ces produits.

Nous espérons voir émerger en France des espaces similaires avec l’engouement autour du lancement d’une structure Edtech au sein du NUMA avec ed21.

 

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Edtech: global scaling, local implementation

Qu’est-ce que le Edtech World Tour?

Nous avons décidé de créer le Edtech World Tour il y a un an pour donner une composante locale et humaine aux études et rapports nombreux qui s’accumulent sur les Edtechs à mesure de l’explosion des opportunités de marché que beaucoup y voient.

L’étude de cas, la donnée qualitative, le dynamisme affiché d’un écosystème veulent pour nous dire bien plus qu’un index des levées de fonds si l’on cherche à comprendre l’évolution des mentalités à l’égard du numérique dans l’éducation dans un pays donné.

Qui entreprend dans l’éducation? Comment, et à quelles fins, en s’appuyant sur quel type de recherche pédagogique? Quelle est la réception de ces produits dans les classes, et comment se déroule un nouveau type d’apprentissage, hors des murs et hors d’un rigide cadre horaire restreint?

Autant de questions auxquelles nous tâcherons de répondre lors de ces six prochains mois à écumer le globe, testant des hypothèses et se confrontant aux nouvelles façons d’enseigner et d’apprendre, nous qui sommes encore étudiante ou tout juste diplômée.

Non vitae sed scholae discimus: à l’heure de la pluriactivité, pour quel métier se forme-t-on?

Déjà bien loin d’un apprentissage qui se commence en maternelle pour se finir dans les études supérieures, nous sommes entrés dans une ère de lifelong learning, obligatoire pour évoluer dans un monde en plein changement. Le métier pour lequel nos frères et soeurs se forment n’existera peut-être plus dans dix ans et leurs parcours d’études ne sont pas forcément adaptés à ce qu’il sera attendu d’eux.

Ce gap entre formation et réalité du monde du travail est un challenge pour chaque établissement de l’enseignement supérieur et peut être partiellement comblé par les outils numériques, et ces derniers, loins d’être des menaces, peuvent permettre, tel un miroir, de repenser la pédagogie telle que nous l’abordons pour les métiers d’aujourd’hui.

«Il est bon de voyager quelques fois; cela étend les idées et rabat l’amour-propre»

Les comparaisons de l’écosystème français avec un marché américain très dynamique ne sont jamais flatteuses: fragmentation du marché, manque de moyens et absence de la force commerciale nécessaire pour un seuil de pénétration minimal dans les écoles. L’analyse comparative constante de ces deux pays est problématique tant elle ne permet pas de souligner les exigences culturelles qui institutionnalisent un retard dans la conduite du changement.

Notre voyage vise à étudier des écosystèmes dont l’on traite encore peu actuellement, s’échelonnant d’un bout à l’autre du globe et du classement PISA.

Après avoir rencontré influenceurs, mastodontes et nouveaux entrants du secteur à  Londres, Paris, Berlin et San Francisco (Reach Capital, GSVLabs, SU, Edsurge, Google for Edu, HackingEDU, etc) pour comprendre leur culture et leurs exigences lors des trois prochaines semaines, nous irons ainsi à Santiago, en Australie, à Bangalore, Séoul et Cape Town. Chaque étape, d’un mois environ, nous permettra de rencontrer différents types d’acteurs afin d’en tirer une compréhension raffinée de l’écosystème: des plus grands venture capitalists aux professeurs des écoles, en passant par les membres des divers portefeuilles gouvernementaux touchant au numérique, les organismes de recherche indépendant et surtout les entrepreneurs, toujours plus nombreux et dont les profils se diversifient.

Paris is a moveable feast

Peu exposées à l’écosystème français cette année, Svenia à Berlin et Audrey entre New York et Londres, nous avons eu le plaisir de découvrir une scène Edtech dynamique qui se cherche et grandit au rythme de levées de fonds, hackathons et meetups toujours plus nombreux et qualitatifs.

Nous nous voulons aussi ambassadrice de la #FrenchEdtech lors de notre voyage, afin de mettre en valeur les innovations de notre pays dans des lieux où elles sont éclipsées par la vision erronée d’une France rigide des élites qui n’innove pas.

Lors de notre passage à l’édition 2015 de la conférence EdtechEurope en juin dernier nous avons ainsi eu le plaisir de voir DigiSchool couronné du titre de most innovative and fastest growingstartups to watch in 2015, compensant l’absence d’un grand nombre d’acteurs français dans l’auditoire. Dans le domaine de l’éducation, celui qui cherche à s’exporter se trouve dans une situation politiquement et culturellement délicate, mais la curiosité pour la technologie et les best practices pédagogiques pourrait bénéficier d’un certain universalisme.

A bientôt,

Audrey Jarre & Svenia Busson

Co-fondatrices du Edtech World Tour
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Notre site et la présentation du projet: www.edtechworldtour.com
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