Mapping Silicon Valley: échelle & relief

 

Ce qui choque à première vue, c’est le relief de la ville. C’est ensuite l’échelle, le bruit tonitruant du Caltrain qui déverse son flot de voyageurs d’un bout à l’autre de la baie. Le manque de concentration, l’absence d’un centre, ou plutôt sa division en d’innombrables points névralgiques, d’un bout à l’autre d’une vallée où l’emphase semble être le maître mot.

 

A San Francisco, on se pose la question de la meilleure méthode pour adopter et optimiser la technologie, déjà omniprésente, plus que de s’interroger sur son bien-fondé. On se pose également la question de l’intégration des produits entre eux, de l’alignement sur le programme nouvellement adopté dans la plupart des états, Common Core, ou des utilisations éthiques les plus pertinentes des données personnelles désormais disponibles pour évaluer. On réfléchit à l’éducation en dehors de l’espace et du temps qui lui sont aujourd’hui consacrés: l’école n’est plus le lieu principal de la transmission du savoir. Un jalon a été posé.

 

The Market for Lemons

“Le processus d’achat des technologies de l’éducation ne peut pas continuer à fonctionner de manière si oligopolistique »

Betsy Corcoran, fondatrice d’Edsurge, a dirigé la rubrique Tech de Forbes pendant des années et n’est pas dupe. L’intérêt des média mainstream pour le sujet demeure limité: trop niche, même aux US. Edsurge s’inscrit comme une alternative prenant position sur un segment plus large que le simple reporting. Ce qui les intéresse c’est aussi la mise en relation, la création de communauté, afin de faire émerger un écosystème plus concentré et dont les noeuds étroits permettent une collaboration fructueuse. Cette collaboration va de l’adoption d’outils (un service de concierge plébiscité par les districts) au recrutement (un job board et des événements fréquents à travers le pays permettent aux startups recrutant massivement d’être connectées à un large panel de demandeurs d’emplois) en passant par la célébration des levées de fonds, toujours plus nombreuses. La Silicon Valley compte à elle seule déjà plus de trois fonds d’investissements conséquents spécialisés dans les Edtechs (nous avons rencontré les VCs de Learn Capital, Reach Capital et Owl Ventures).

Le succès d’un écosystème peut être sensiblement amélioré en favorisant l’échange de connaissances et la participation de ses acteurs. La concurrence ne peut être que bénéfique à un moment où nous raffinons nos pratiques et pédagogies: il est important qu’un ensemble diversifié d’outils émerge pour nous permettre d’évaluer leur impact et de le mettre en valeur de façon distanciée.

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Ambassadeurs & freemium comme facteurs clés de succès

Le business model de nombreuses startups Edtech de la Silicon Valley repose sur ce que de nombreux VCs appellent le “freemium institutionnel”, générant une croissance importante de la base utilisateur tout comme le revenu nécessaire. Un nombre de professeurs, pionniers en la matière et early adopters, sont souvent la porte d’entrée pour un produit, leur utilisation fructueuse (et gratuite) de l’outil débouchant sur une utilisation à l’échelle d’une école ou d’un district (payante).

On peut en trouver la trace dans les communautés de professeurs innovants, qu’elles soient autonomes ou modérées par les startups animant au mieux leur communautés. ClassDojo & TenMarks (une acquisition récente d’Amazon – voir notre prochain sujet sur Open Innovation & Edtech) organisaient par exemple cette semaine #EduMindset un Edcamp virtuel sur Google Hangout & Twitter avec l’intervention de professeurs et influenceurs, générant des retombées intéressantes en termes de communication et de galvanisation de la communauté.

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“Et vous, ça vous vient d’où, ce goût des Edtech?”

Nous clôturons souvent nos entretiens par ces mots. La question pousse à la confidence. Elle est ce qui nous différencie d’une simple interview, va au delà des pointillés, tend vers l’informel – et les réponses sont parfois surprenantes.  Il y a ceux qui avouent avoir préféré la finance pendant un temps avant de se recentrer sur leur passion, armés d’outils business, d’autres qui, anciens enseignants, se sont reconvertis: une diversité de profils qui se retrouvent autour d’un intérêt commun.

Nos rencontres font également apparaître une grande majorité d’alumni du prestigieux programme Teach for America, qui bien que controversé, fait de nombreuses émules à l’étranger, et dont l’implantation française est menée à ce jour par Nadia Marik. C’est en encourageant leurs alumni dans leurs actions en faveur de l’éducation, qu’ils dirigent les politiques publiques à venir, soient les interlocuteurs de professeurs ou du district pour des mastodontes de l’industrie (Google, Pearson, etc), qu’un réseau se tisse et repose sur des liens de confiance. Le réseau des Fellows de Education Pioneer est un autre exemple de cet engouement qui lie business et éducation dans une société qui fonctionne de moins en moins en silo.

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Innovation in-vitro? Des structures d’accompagnements complémentaires

La visite de plusieurs accélérateurs (comme Co.lab, financé en partie par Zynga.org) et incubateurs (GSVlabs et son foisonnement de startups sur son campus de Redwood City) nous a fait prendre la mesure du chemin parcouru. Tout comme les technologies de l’éducation permettent aux étudiants de trouver des mentors en faisant abstraction de la proximité géographique, ces lieux s’inscrivent comme épicentre de l’écosystème et rassemblent une vaste communauté de passionnés et professionnels pour faire grandir une conscience de l’industrie à mesure du développement de ces produits.

Nous espérons voir émerger en France des espaces similaires avec l’engouement autour du lancement d’une structure Edtech au sein du NUMA avec ed21.

 

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Edtech: global scaling, local implementation

Qu’est-ce que le Edtech World Tour?

Nous avons décidé de créer le Edtech World Tour il y a un an pour donner une composante locale et humaine aux études et rapports nombreux qui s’accumulent sur les Edtechs à mesure de l’explosion des opportunités de marché que beaucoup y voient.

L’étude de cas, la donnée qualitative, le dynamisme affiché d’un écosystème veulent pour nous dire bien plus qu’un index des levées de fonds si l’on cherche à comprendre l’évolution des mentalités à l’égard du numérique dans l’éducation dans un pays donné.

Qui entreprend dans l’éducation? Comment, et à quelles fins, en s’appuyant sur quel type de recherche pédagogique? Quelle est la réception de ces produits dans les classes, et comment se déroule un nouveau type d’apprentissage, hors des murs et hors d’un rigide cadre horaire restreint?

Autant de questions auxquelles nous tâcherons de répondre lors de ces six prochains mois à écumer le globe, testant des hypothèses et se confrontant aux nouvelles façons d’enseigner et d’apprendre, nous qui sommes encore étudiante ou tout juste diplômée.

Non vitae sed scholae discimus: à l’heure de la pluriactivité, pour quel métier se forme-t-on?

Déjà bien loin d’un apprentissage qui se commence en maternelle pour se finir dans les études supérieures, nous sommes entrés dans une ère de lifelong learning, obligatoire pour évoluer dans un monde en plein changement. Le métier pour lequel nos frères et soeurs se forment n’existera peut-être plus dans dix ans et leurs parcours d’études ne sont pas forcément adaptés à ce qu’il sera attendu d’eux.

Ce gap entre formation et réalité du monde du travail est un challenge pour chaque établissement de l’enseignement supérieur et peut être partiellement comblé par les outils numériques, et ces derniers, loins d’être des menaces, peuvent permettre, tel un miroir, de repenser la pédagogie telle que nous l’abordons pour les métiers d’aujourd’hui.

«Il est bon de voyager quelques fois; cela étend les idées et rabat l’amour-propre»

Les comparaisons de l’écosystème français avec un marché américain très dynamique ne sont jamais flatteuses: fragmentation du marché, manque de moyens et absence de la force commerciale nécessaire pour un seuil de pénétration minimal dans les écoles. L’analyse comparative constante de ces deux pays est problématique tant elle ne permet pas de souligner les exigences culturelles qui institutionnalisent un retard dans la conduite du changement.

Notre voyage vise à étudier des écosystèmes dont l’on traite encore peu actuellement, s’échelonnant d’un bout à l’autre du globe et du classement PISA.

Après avoir rencontré influenceurs, mastodontes et nouveaux entrants du secteur à  Londres, Paris, Berlin et San Francisco (Reach Capital, GSVLabs, SU, Edsurge, Google for Edu, HackingEDU, etc) pour comprendre leur culture et leurs exigences lors des trois prochaines semaines, nous irons ainsi à Santiago, en Australie, à Bangalore, Séoul et Cape Town. Chaque étape, d’un mois environ, nous permettra de rencontrer différents types d’acteurs afin d’en tirer une compréhension raffinée de l’écosystème: des plus grands venture capitalists aux professeurs des écoles, en passant par les membres des divers portefeuilles gouvernementaux touchant au numérique, les organismes de recherche indépendant et surtout les entrepreneurs, toujours plus nombreux et dont les profils se diversifient.

Paris is a moveable feast

Peu exposées à l’écosystème français cette année, Svenia à Berlin et Audrey entre New York et Londres, nous avons eu le plaisir de découvrir une scène Edtech dynamique qui se cherche et grandit au rythme de levées de fonds, hackathons et meetups toujours plus nombreux et qualitatifs.

Nous nous voulons aussi ambassadrice de la #FrenchEdtech lors de notre voyage, afin de mettre en valeur les innovations de notre pays dans des lieux où elles sont éclipsées par la vision erronée d’une France rigide des élites qui n’innove pas.

Lors de notre passage à l’édition 2015 de la conférence EdtechEurope en juin dernier nous avons ainsi eu le plaisir de voir DigiSchool couronné du titre de most innovative and fastest growingstartups to watch in 2015, compensant l’absence d’un grand nombre d’acteurs français dans l’auditoire. Dans le domaine de l’éducation, celui qui cherche à s’exporter se trouve dans une situation politiquement et culturellement délicate, mais la curiosité pour la technologie et les best practices pédagogiques pourrait bénéficier d’un certain universalisme.

A bientôt,

Audrey Jarre & Svenia Busson

Co-fondatrices du Edtech World Tour
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Notre site et la présentation du projet: www.edtechworldtour.com
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