Corée du Sud: première de la classe?

Un projet d’école numérique ambitieux mais qui passe principalement par de l’équipement

De EngKey (premier robot humanoïde professeur d’anglais) aux SMART schools (classes équipées high-tech dès la maternelle) en passant par une connectivité inégalée à travers le monde (1er au ICT Development Index), la Corée est souvent louée à l’étranger comme un modèle d’innovation. Le pays a en effet considéré le numérique comme un levier essentiel du développement du pays et caracole aujourd’hui en tête du classement digital literacy de l’OCDE. La méthode d’évaluation utilisée est-elle cependant pertinente lorsqu’on ne cherche pas seulement à renouveler la transmission des savoirs mais également la conception des savoirs nécessaires à notre siècle?

L’école publique est envahie par l’ombre du privé en Corée du Sud. Les cours du soir à outrance (les hagwons, académies privées qui pullulent à Séoul) sont-ils compatibles avec la notion même d’innovation pédagogique? Les rues de Daechidong comptent des dizaines d’établissements dont le but est de rester compétitifs en maximisant l’entrée des jeunes Coréens dans les prestigieuses “SKY Universities” (l’acronyme désignant les trois universités les plus courues et prestigieuses du pays : Seoul, Korea et Yonsei). Cela passe par une préparation assidue et extrême au Suneung, clé de voûte du système scolaire, examen d’entrée mis sur un piédestal par des familles et une société insatiables.

 

18 milliards de dollars, c’est la somme dépensée par les ménages sud-coréens en éducation privée en 2013.

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L’école numérique peut-elle exister sans promouvoir les 21st century skills?

Jung Chanpil, en première ligne de l’implantation de la classe inversée (“flipped classroom”), a créé un groupe pour amplifier ce mouvement et lui donner plus de poids en Corée après un pilote dans la ville de Busan qu’il a documenté pour KBS, une chaîne locale. Les professeurs y apprennent les bases de ces nouvelles méthodes et raffinent leurs pratiques pédagogiques au contact de collègues plus avancés dans ce processus. Le réseau, Future Schools, rassemble aujourd’hui plus de 10.000 professeurs autour de cette mission visant à repenser la façon d’enseigner. Mais comment mettre en place du project-based learning (PBL) en classe alors que les enfants luttent contre le sommeil pour étudier?

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If it ain’t broken, don’t fix it

Au “pays du matin calme”, l’implantation de nouvelles pédagogies inspirées du numérique est-elle rendue encore plus difficile par la place du pays au sacro-saint classement PISA?

Pourquoi innover quand les méthodes actuelles continuent à faire leur preuve au regard des standards internationaux? Il est difficile pour les innovateurs de justifier un investissement supplémentaire, voir une “prise de risque” sans garantie de réussite à un examen encore déterminant pour la vie des Coréens, pour qui les études sont le seul facteur déterminant de réussite sociale.

La réussite scolaire, plus qu’une fierté nationale, c’est aussi la principale cause de dépression dans un pays où les suicides de jeunes sont les plus nombreux parmi les pays de l’OCDE. Le pic de surmenage intervient au moment des examens, en novembre, mais la pression est constante: les 21st century skills sont hélas délaissés au profit du sacro-saint par coeur pour ne rien laisser au hasard.


L’entrepreneuriat pour repenser la réussite en Corée?

“The traditional conveyor belt that harbored young professionals from college graduation to traditional large corporations is cracking, and a new generation is gravitating towards risk and massive reward. The dormant but innate entrepreneurial blood of Korea is awakening once again.”
Mike Kim

Mike Kim, qui vient de quitter la Silicon Valley pour rejoindre une des startups en vogue à Séoul,  Baedal Minjok, l’a bien résumé dans cette formule optimiste. Avec des espaces de création et d’investissement comme Dcamp, une vague d’entrepreneurs sociaux qui gravite autour d’une nouvelle notion de la réussite et un intérêt non dissimulé venant de l’étranger (“Kimchi Fund” de 500Startups, Campus Séoul), Séoul se dote rapidement d’atouts qui pourront oeuvrer, mieux que les politiques publiques, à changer les mentalités vieillissantes.

 

Peut on parler d’innovation dans l’éducation quand son issue reste unique et calquée sur un modèle ayant formé ses aînés avec le même excès? Un système éducatif ultra-hiérarchisé dont la cible exclusive est l’examen d’entrée à l’université peut-il perdurer comme tel?

 

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