Ascenseur social, les faux semblants du débat

Quatre remarques en écho à cet article de François Dubet, dans le Monde et pour prolonger cette belle enquête, publiée dans l’Etudiant et accessible sur letudiant.fr, à propos des filières qui produisent de « l’ascension sociale » loin des projecteurs médiatiques (en clair : ailleurs qu’à Sciences Po, à l’Essec ou à Louis Le Grand).

1- La capacité à tirer les étudiants vers le haut ne dépend pas du prix des études. Nous avons observé des dispositifs efficaces dans le public, le privé, le consulaire, l’associatif. Il semble par exemple que le fait de payer, parfois cher, n’est pas forcément un obstacle insurmontable (je veux dire : pas forcément un obstacle insurmontable du point de vue des jeunes ou des familles, y compris démunies). Pas plus que la quasi gratuité ne garantit l’accès des plus pauvres à l’insertion ou à la promotion par les études. Le sociologue Stéphane Beaud rappelle ainsi à quel point le premier cycle universitaire peut être fatal aux moins armés (même s’il semble clair que la fac bouge bien mieux et bien plus vite que son image ne laisse penser, et qu’elle sait désormais inventer des réponses à la question, cruciale, du décrochage).

2- L’existence ou l’absence de sélection à l’entrée d’une filière ne constitue pas un facteur plus discriminant. Dans un certain nombre de cas, la « sélection » semble surtout s’apparenter à une simple vérification non seulement de la maîtrise de compétences de base mais, surtout, de l’existence d’un minimum de motivation ; de désir d’apprendre. Elle scelle en quelque sorte le « contrat » qui liera l’étudiant à ceux qui, en l’acceptant, s’engagent aussi à le conduire à la réussite.

3- Le « politiquement correct » impose de plaider la « re »valorisation des voies technologiques et professionnelles. Notre enquête semble montrer qu’il faudrait commencer par dire ce qu’elles font déjà. Les bacs pro, les prépas ATS, les BTS, sont d’efficaces filières de promotion sociale, qui concernent bien plus de jeunes que tous les dispositifs médiatiques réunis (Sciences Po, Essec, Louis le Grand). La dévalorisation se situe probablement bien plus dans l’esprit de ceux qui portent une parole publique sur le sujet que dans la réalité de ces filières. Le simple choix de focaliser l’attention sur les grandes écoles précitées en dit d’ailleurs long sur les valeurs et représentations de ceux qui en font la promotion (je ne parle pas des principaux concernés, qui défendent, et c’est bien naturel, leur travail ; je pense à ceux qui, au fond, pensent qu’il n’y a point de véritable promotion sociale sans accès aux filières d’élite).

4- D’accord donc avec François Dubet pour regretter que « Les politiques de l’égalité des chances qui se développent depuis quelques années [aient] les yeux rivés sur les élites. » D’accord toujours pour dire que « Ce n’est pas critiquer les dispositifs spéciaux d’accès aux classes préparatoires que de rappeler qu’ils touchent quelques centaines d’individus pendant que 150 000 élèves quittent l’école sans aucune qualification. » Mais pas d’accord pour en rester là ; pas d’accord pour oublier les centaines de milliers d’élèves et d’étudiants qui, enseignés et formés par des dizaines de milliers d’enseignants et de personnels d’éducation, prouvent que l’on peut vaincre la fatalité sociale dans ces filières qui ne sont « dévalorisées » que dans le regard des élites.

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Article du on mardi, décembre 1st, 2009 at 14:00 dans la rubrique Analyses. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Ascenseur social, les faux semblants du débat”

  1. THIERRY GOUDJIL dit:

    Je viens de lire les 2 articles, les 2 sont esentiels, ils portent des questionnements essentiels en se répondant, sans être opposables l’un à l’autre.
    1 que fait-on des centaines de miliers – françois Dubet
    2 que fait-on de centaines de milliers (bts et autres ) qui réussissent et qui subissent le regard dévalorisant des « élites », autres

    PS rencontre sur le salon éducation

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