Une copie de L1

Une de ces journées où je compatis avec les professeurs d’université, où je conçois que certains enseignants-chercheurs désertent les premiers cycles, où des bouffées réac me montent au nez sur le respect de la langue, où je doute que la non-sélection à l’entrée à l’université ait une quelconque vertu, où je me dis que Jean-Robert Pitte avait bien raison de dénoncer « l’arnaque du bac« …

Extrait d’une copie de L1, dans une filière LLSHS, dans une université française, en 2009 :

Une de ces journées, surtout, où je suis (re)pris d’admiration pour ce professeur d’esthétique et romancier – intellectuel fin et exigeant – qui refusa récemment ma compassion en ces termes : « C’est ainsi. On prend les étudiants comme ils sont. Et je suis finalement assez fier de ce qu’on arrive à faire d’eux en trois ou cinq ans ». Admiration pour lui et à travers lui pour tous ceux qui « font le boulot », dans le supérieur mais aussi, évidemment, dans le primaire et le secondaire, même si leur  quotidien est parfois à mille lieux des raisons pour lesquelles ils l’ont choisi, ce boulot.

Be Sociable, Share!

Article du on mercredi, décembre 2nd, 2009 at 11:53 dans la rubrique Sur le vif. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

14 commentaires “Une copie de L1”

  1. Sylvain Grandserre dit:

    Bien sûr, on pourrait y passer des heures, ont poux raie hi pas c’est dés heurts (comme dirait l’autre)!

    De toute évidence (avec ou sans « s » ?)cet étudiant s’est peu posé la question de la forme, y préférant la fin sans s’en (cent sang ?) donner les moyens pour la moyenne.

    – Perpendiculairement : très bien !
    – Cadrillage: rappelle le cadre. Pas bête !
    – Boulevar : un vrai cauchemar (qui n’empêche pas de cauchemarDer !)
    – Himeuble : quelque chose d’himalayen, ils sont si hauts ces immeubles.
    A moins que le « h » soit « aspiré » comme le hasch parfois au pied des immeubles, ou ailleurs.

    Les limites vite atteintes par le discours de J-R. Pitte sont les suivantes :

    – en quoi son propos diffère-t-il des « perles » de J. Charles vieilles de plus de 40 ans (Mahommet chef de gare à Vannes) ?

    – pourquoi cet effondrement ? Est-ce juste lié à l’école (méthodes d’aprentissage, exigences, répartition du travail entre école et collège ou entre professeurs) ?

    – Quelles sont les causes externes : rapport à l’écrit, rapport aux règles, motivations, explosion des modes et des normes de communication ?

    – cet étudiant qui nous désole, qu’en aurait-on fait il y a quelques annéées ? Se serait-on privé de son analyse (tiens, tiens, pas un mot à ce sujet dans ce billet…) pour une question de forme (qui nuit au fond bien sûr) ?

    – faut-il priver un individu des apports des études supérieures parce qu’il ne maîtrise pas certains savoirs formels jugés essentiels par d’autres (dont je fais peut-être partie/ parti ?).

    Bref, que sait-on quand on constate que des étudiants, bien plus nombreux qu’autrefois, font plus de fautes qu’avant ? Ça nous dit quoi ? Qu’en tire-t-on comme conclusion ?

    Sylvain Grandserre

  2. Zolurne dit:

    « leur quotidien est parfois à mille *lieux* des raisons… »

    Héhé…

  3. rouchelouche dit:

    Bah, un lieu, une lieue?
    Nul n’est parfait en ce monde!

  4. Fabien Cluzel dit:

    Relire une copie, assurer un minimum de concentration, témoigner un semblant de respect au correcteur en lâchant quelques accents faciles, en posant un ou deux « s » là où ma fille de 7 ans sait déjà les placer… Voilà à l’évidence ce qui a manqué, au moins sur ce devoir, à cet étudiant.

    Or, pour que « les apports des études supérieures » puissent lui profiter, et ce aux frais de la collectivité, ne faudrait-il pas qu’il fasse déjà la preuve de ces « savoirs formels jugés essentiels par d’autres », que je préfère plus naïvement qualifier de compétences pré-requises ?

    Soit dit sans volonté de polémiquer.

  5. Sylvie D dit:

    Une des raisons du déclin de l’orthographe, c’est qu’une orthographe impeccable n’est plus une condition sine qua non pour passer dans les classes supérieures ou obtenir un diplôme (passage en 6e, obtention du brevet, obtention du bac, obtention de la licence, voire obtention du doctorat). Les élèves le savent et ne se s’inquiètent donc pas plus que cela. On enlève deux points maximum pour les fautes d’orthographe au bac de français. C’est un choix.
    Pour ma part, je pense qu’on peut laisser filer sur l’orthographe d’usage. En revanche pas de concession sur l’orthographe grammaticale – on ne maîtrise pas l’écrit si on ne comprend pas la grammaire. Mais ce n’est qu’un point de vue.

  6. B. Lemartinel dit:

    Dire qu’il suffit de comprendre pour que la copie soit compréhensible donc valide est classique, mais démagogique et intellectuellement mortel. En effet, l’absence de capacité orthographique (usuelle et/ou syntaxique)démontre ici l’incapacité à globalement maîtriser un système construit dans le but de clarifier le sens. Il y a donc très peu de chances que l’auteur dysorthographique puisse accéder aux logiques formelles autrement complexes qui permettent de structurer la pensée. Or, que sommes-nous censés produire dans un enseignement dit supérieur ? Le récit de faits triviaux ou un raisonnement, qu’il soit déductif ou inductif ? Oserait-on dire à nos collègues mathématiciens que la forme de l’équation n’affecte pas sa compréhension ? Que l’on peut indifféremment écrire y=ax ou y=2ax ? Évidemment non ! Implicitement, les tenants de la fluctuance orthographique tiennent donc
    pour acceptable que les sciences humaines aient des corpus approximatifs. Le plus curieux est que les mêmes « pédagogues » qui tolèrent l’orthographe approchée hurleront au scandale et dénonceront le mépris dont on fait preuve envers eux si on dit en public que les travaux en sciences humaines manquent de fondements logico-théoriques.

    En français vulgaire, ça s’appelle scier la branche sur laquelle on est assis.

  7. Stephane dit:

    Bref, que sait-on quand on constate que des étudiants, bien plus nombreux qu’autrefois, font plus de fautes qu’avant ? Ça nous dit quoi ? Qu’en tire-t-on comme conclusion ?
    Sylvain Grandserre

    On en tire comme conclusion aue l’enseignement de la langue française s’est effondré, et que les réformes proposées pour l’améliorer, du primaire au lycée, ont échoué. Toutes ces réformes qui nous promettaient monts et merveilles, ces idées novatrices imposées dans les années 90 et ces réflexions sur le grain de la langue, sur sa compréhension innée, et sur son apprentissage par l’usage et non par la répétition mécanique, ont rendu habituel ce qu’on nous présentait il y a quarante ans comme des perles.

    Il y a malheureusement des coupables à cette débâcle, même s’ils ont peut-être agi en toute bonne foi. Mais je doute qu’ils aient la conscience tranquille ; ou, s’ils l’ont, c’est qu’ils persistent à ignorer l’état de désolation dans lequel se trouve la langue française aujourd’hui chez les lycéens et les étudiants.

    J’ai trouvé d’autres exemples ici : http://www.neoprofs.org/enseigner-en-post-bac-f12/ces-chers-etudiants-t15573.htm

  8. Sylvain Grandserre dit:

    En réponse à « Lemartinel » :

    – pas de malentendu, l’orthographe donne du sens. « Ils sont arrivés dans l’île nue » n’a pas la même signification que « Ils sont arrivés dans l’île nus » !

    – la comparaison avec les mathématiques a ses limites. En maths, tout est logique. En orthographe, ce n’est pas le cas ! On ne pronconce pas pareil une ville et une fille, un fils et des fils, un couvent et elles couvent. Abri ne prend pas de « t » pourtant on s’abrite…

    Mais la focalisation sur les questions d’orthographe est sans doute révélatrice d’autre chose.

  9. Sylvain Grandserre dit:

    En réponse à Stéphane : ce qui m’étonne, c’est que vous ne retenez comme éléments que des motifs internes à l’Education nationale, comme si rien n’avait changé dans la société dans notre rapport à l’écrit, à la langue, aux normes.

    Aller voir ce qui se passe autour de l’école me semble plus intéressant que la recherche perpétuelle de coupables en interne.

    Quiconque a enseigné l’orthographe sait à quelle modestie il faut s’en tenir tant les difficultés sont nombreuses, les nuances, les pièges et les exceptions trompeuses. Mais cela n’empêche pas de s’y intéresser et parfois même d’y trouver un véritable plaisir.

  10. Stephane dit:

    Il y a eu des changements dans la société, mais aucun ne justifie que l’analyse grammaticale logique soit un exercice complètement inconnu des étudiants. La grammaire n’a pas changé, et elle est toujours aussi utile et utilisée qu’avant, même en langage SMS. Mais des linguistes ont voulu réformer tout ça, et on s’est retrouvé à enseigner les déictiques et les anaphores au lieu de la grammaire de phrase.

    Je trouve incroyable d’asséner que tout enseignant en orthographe se doit d’être modeste : je pense au contraire qu’il faut être ambitieux, dans ce domaine comme dans les autres. Les difficultés sont nombreuses, mais on peut les simplifier et les expliquer. Il y a obligation de moyens, sinon de résultats, et les réformes idéologiques successives ont toujours abouti à la réduction des moyens dont disposait l’enseignant, sous couvert d’imposer une obligation de résultat. Il n’y a qu’à voir la diabolisation absurde dont a été victime un exercice aussi banal et formateur que la dictée.

    Ce n’est pas parce que la société a changé qu’on a interdit la dictée : c’est parce que des apprentis-sorciers ont décrété qu’elle été mauvaise par essence. Or une dictée bien préparée en classe est un très bon exercice, juste et formateur.

  11. Liu dit:

    Depuis 3 ans, j’organise une dictée le premier jour de la rentrée universitaire. Le public ? Environ 300 étudiants de 17, 18 ans ayant réussi le bac puis le concours d’entrée à l’ESDES, école de commerce en 5 ans…
    Les réactions sont mêlées de surprise, tous tentent de justifier leurs « stupides » fautes. Des cours suivent, une nouvelle dictée contrôle d’éventuels acquis. Une respiration ! L’accord des participes passés ressemble à un jeu de Sodoku, les astuces pour ajouter un s ou l’enlever amusent, la formation des impératifs étonne de simplicité, etc, etc…Le but est atteint à 90%: la grammaire, ça s’apprend, le respect de l’orthographe est essentiel, c’est parfois un plaisir !

  12. Lacroix dit:

    J’ai été chargé de TD en 1ere année de droit en 1994 : j’avais vu pire !!!

  13. Ostiane dit:

    Bonjour Emmanuel!
    Haah…l’or-tôt-graphe fait toujours couler autant d’encre, de rage et de larmes à ce que je vois. Du temps de Socrate les jeunes ne savaient déjà plus parler, de nos jours, ils ne savent plus écrire! Mais où va donc le monde…Les mots demeurent des maux à jamais pour certains. Faut-il condamner le futur d’un enfant, d’un jeune, d’un adulte dyslexique ou dys-orthographique? Comment faire de la dictée un exercice de recherche, de découverte et d’appropriation du code minimum exigible en fin de primaire, de collège, de lycée?

    Vendredi…demain donc, première dictée en classe de CM1. Vous voulez savoir à quoi cela ressemble?

    http://lewebpedagogique.com/ostiane/2009/12/10/dictee-n%c2%b01/

    Au passage je salue Sylvain et je suis d’accord avec Stéphane lorsqu’il écrit « une dictée bien préparée en classe est un très bon exercice, juste et formateur. »

    Pour ce qui concerne cette copie j’aurais davantage ciblé mes remarques sur le fond. A quoi vous référez-vous lorsque vous dites qu’il s’agit d’une ville américaine? Qu’est-ce qui vous permet de différencier un immeuble d’habitation d’un bureau? Sur quels critères architecturaux vous appuyez-vous lorsque vous affirmez qu’il s’agit de bâtiments récents? Que laisse imaginer cette photo de ce qu’elle ne vous montre pas? Le hors-champ est tout aussi important que les plans que vous décrivez. Vous parlez de perpendiculaires, insistez également sur le maillage des éléments d’horizontalité et de verticalité, de lignes droites et de courbes.

    Pour résumer, analysez davantage les points d’observation que vous avez su repérer et n’oubliez pas de retravaillez votre texte en veillant à rectifier les nombreuses erreurs d’orthographe qui pénalisent grandement le contenu de votre travail.

  14. Ostiane dit:

    erratum…de retravailler… »er » évidemment!
    😉

Laisser un commentaire