Petit témoignage vécu d’un prof…

Reçu, voici quelques jours, ce mail d’un enseignant, qui m’autorise à publier, non sans avoir anonymé, ce récit d’une scène de la vie quotidienne dans un collège, quelque part en France…

Cher Emmanuel,

Petit témoignage vécu d’un prof (moi), il y a quelques jours à la cantine du collège (400 élèves/Tranquillité absolue!!)
Parmi la quinzaine de profs assis autour de la table, une bonne dizaine s’ « amusait » des records de sanctions (exercices supplémentaires; heures de colle; etc.)qu’ils donnaient à quelques élèves, toujours les mêmes. Parmi ces « records », un de mes collègues insistait en riant sur les 37 (!!!!) punitions diverses infligées à un élève, certes pas facile (je l’ai en classe) mais pas pire que d’autres, loin de là! Elève évidemment « à problèmes »: en foyer, séparé de ses parents dont la garde leur a été retirée pour des raisons sordides que je n’exposerai pas ici (…).
Les mêmes collègues tombèrent TOUS d’accord alors pour expliquer tous les manquements de cet élève (et des autres) par le fait qu’ils ne veulent plus rien apprendre à la maison, qu’ils ne font pas leurs devoirs et que SEULS les parents qui suivent leurs enfants sortent leurs têtes blondes de l’ornière. Les autres sont tous à condamner!
J’écoutais en silence. J’ai alors osé dire que peut-être, toutes ces sanctions ne servaient à rien, puisqu’il y en avait tant et que peut-être c’était la marque d’un échec COLLECTIF: celui des élèves, certes, mais AUSSI le nôtre et celui des parents. Voire de l’institution toute entière… Et que peut-être il fallait chercher et trouver d’autres pistes…
Qu’avais-je dit là!!!!!!!
Je me suis fait incendier! S’ils avaient pu, ils m’auraient demandé de sortir de table! Depuis 29 ans dans le collège, ils auraient eu du mal…
Tout cela pour dire que bien des murs restent à abattre. Un espoir néanmoins. La SEULE à prendre ma « défense » fut [une] jeune stagiaire IUFM de Maths (…).
Tout cela fait mal. Tous ces professeurs chevronnés qui MEPRISENT à ce point leurs élèves! Bien entendu, je ne ferai pas du Brighelli qui d’un exemple fait une généralité… Ce n’était qu’un repas, un jour, dans un collège de province normande… Et je n’ai pas, à moi tout seul, LA solution…
Très amicalement

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Article du on vendredi, décembre 4th, 2009 at 7:00 dans la rubrique Sur le vif. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

12 commentaires “Petit témoignage vécu d’un prof…”

  1. Pascal Bouchard dit:

    On peut lire ce témoignage en se désespérant, ou au contraire avec optimisme: il y a encore des héros, y compris parmi les jeunes. On peut surtout s’interroger sur la personnalité du chef d’établissement, et son incapacité à organiser le débat, puis à s’appuyer sur ceux qui ont des propositions à faire, à défaut d’avoir La solution.
    Pascal Bouchard, journaliste, ancien prof (y compris en collège)

  2. pitoune dit:

    Merci !!! Votre texte tombe juste le jour où je suis incendiée par mes collègues (et oui, prof moi aussi) parce que j’ose dire que non, la seconde trucmuche n’est pas si terrible, voire même capable du meilleur.
    Et bien, dixit chers collègues, c’est parce que moi, je n’exige rien d’eux.
    Aller courage, la relève arrive.. 🙂

  3. Viviane Micaud dit:

    J’ai toujours peur des généralisations.

    J’ai été pendant 15 ans, responsable locale et investie dans une fédération de parents d’élèves et je n’ai jamais rencontré les comportements d’enseignants décrits dans cet article. Je ne dis pas qu’il existe pas. Je dis que, d’après mon expérience réellement étendue, je pense que ce sont des cas marginaux, instrumentés pour des raisons de lobbying de vente de certaines méthodes pédagogistes. 90% des enseignants que j’ai rencontrés sont des gens investis dans leur métier qui veulent aider les élèves et qui mettent des sanctions que lorsque que cela est nécessaire. Et, à part trois cas de ce qu’on appelle pudiquement « enseignants en difficulté avec sa classe », j’ai toujours pensé que l’approche de l’enseignant était la bonne.

    Personnellement, j’ai un des mes fils, plutôt doué, qui a fait un blocage psychologique (refus d’écrire et refus d’apprendre ce qui ne l’intéressait pas). L’attitude des enseignants de l’école publique tout le long de sa scolarité a été remarquable, sauf pour deux cas particuliers. (Aujourd’hui,il est en deuxième année de prépas scientifiques sans retard de scolarité alors que d’après ces notes il aurait dû redoublé 5 fois!!)

    Aussi, j’ai l’habitude de prendre la défense des enseignants contre tous ceux qui savent quelle est l’unique meilleure façon d’enseigner, et qui généralisent des cas particuliers pour mieux convaincre de leurs positions. Pour faire avancer l’école, reconnaissons l’engagement et la sincérité de l’immense majorité des enseignants et méfions-nous des cas particuliers montés en épingle…

  4. Lacroix dit:

    Je ne suis pas enseignant, mais mon épouse l’est . Je connais assez bien le milieu, travaillant dans l’education nationale, mais non enseignant, discutant avec d’autres collègues impliqués, j’ai peut-être un peu de recul.
    La forte syndicalisation est à l’origine de conditions de travail favorables aux enseignants, et donc aux élèves. Cette protection fait de l’enseignant un fonctionnaire particulier , dont l’évaluation impartiale est mieux garantie (inspection pédagogique, et non à la gueule du client). Protégeant en permanence les acquis des enseignants, par contre, cette syndicalisation a été un frein à l’adaptation indispensable du métier aux évolutions (massification des effectifs du Secondaire). L’enseignant seul face à sa classe , confronté aux obligations lourdes (ma femme travaille très souvent le dimanche, moi jamais, j’ai pourtant autrefois exercé une profession libérale) de travail (preparation des cours, copies + heures de présence devant les élèves, éprouvantes en terme de stress : 18 h de « représentation » permanente : un avocat va plaider 3 h dans sa semaine ?) et sans organisation « collatérale » incluse dans son service de travail( il faudrait un jour qu’ond onne vraiment du temps aux enseignant pour travailler en équipe, ou plusieurs dans la même classe : organisation qui n’existe pas), cet enseignant est souvent démuni, y compris de recours (on voit bien que la « punition » a ses limites).

    Le jeu du syndicat majoritaire (de gauche mais élitiste …) n’est toujours pas très clair, et surement plutôt néfaste à terme.

    Mais, ne parlons pas des evolutions actuelles de la formation des enseignants, qui va dans le mur, dans le sens d’une destruction…

    je connais moins bien le primaire, mais j’ai lu récemment un article intéressant sur le role problématique des devoris, autrefois faits à l’etude du soir (donc dirigés) aujourd’hui par les parents (donc creusant les inégalités).

  5. Stephane dit:

    Et nous, comment fait-on pour vous envoyer un mail ?

    Je n’ai pas trouvé d’adresse de contact, alors je vous ai fait parvenir un message par le biais du lien donné sur le site de France Info pour vous joindre. Vous me direz si vous l’avez reçu ?

  6. Stephane dit:

    « Merci !!! Votre texte tombe juste le jour où je suis incendiée par mes collègues (et oui, prof moi aussi) parce que j’ose dire que non, la seconde trucmuche n’est pas si terrible, voire même capable du meilleur.
    Et bien, dixit chers collègues, c’est parce que moi, je n’exige rien d’eux.
    Aller courage, la relève arrive..  »

    « Et oui, ça s’écrit « eh oui » ; « voire même », ça ne veut rien dire ; « dixit chers collègues, ce n’est pas correct ; et « aller courage » ça ne s’écrit pas comme ça.

    Dites donc, je déteste corriger les fautes de tel ou telle, mais pour écrire sur un blog consacré à l’éducation, et surtout si vous vous dites enseignante, il serait peut-être normal que vous écriviez selon des critères que mes élèves, eux, maîtrisent, non ? Ce n’est pas du mépris que de dire ça, c’est juste de la surprise.

  7. philipon dit:

    Ceci me ramène à ma propre histoire, en 1970, jeune « M.A. » d’E.P.S. dans un collège & lycée de province, à l’époque nous relevions encore du Secrétariat d’état à la Jeunesse et aux sports, j’ai eu à ressentir les mêmes affres… Tous les profs ne parlaient que d’eux, de leurs vacances,de la caravane et du GCU, de la CAMIF et du mobilier CAMIF, des « opportunités » CAMIF…(Cf « Les bourgeois » de Brel)etc JAMAIS des éléves ! Au réfectoire ou en salle des profs, sujet tabou, seule exception les Conseils de classe ! Mais là c’est l’humanisme qui pointait absent !
    Bref j’ai rendu mon tablier au bout de 3 ans….

  8. Stephane dit:

    Ah oui, Philipon, c’est une description saisissante et réaliste de l’Education Nationale que vous nous faites là, en la dépeignant fidèlement… à ce qu’elle était au début des années 70.

  9. Georges dit:

    <>
    Quelle perspicacité !
    Pour la célérité, on repassera…

  10. Georges dit:

    Ma citation de ce brave anonyme, disparue entre
    échec COLLECTIF: (…) le nôtre (…) Voire de l’institution toute entière…

  11. Musa dit:

    Et en quoi a-t-il fait avancer le schmilblick cet enseignant à part se poser en « bon prof compatissant » face aux « méchants qui condamnent »? Et quelles sont les mystérieuses « autres pistes qu’il aurait pu éventuellement proposer, c’est cela qui aurait été intéressant!
    Et ce n’est pas non plus parce que ses collègues se sont un peu détendus à la cantine certes de manière un peu légère, qu’ils méprisent leurs élèves…Je me méfie des bons apôtres!

  12. Sylvain dit:

    Jeune enseignant de 27 ans, enseignant dans un établissement Ambition Réussite (zep) de l’Académie de Créteil, conseiller pédagogique, je me méfie moi aussi des « bons apôtres » qui considèrent leurs élèves, eux.
    Je les entends encore les collègues chez qui tout se passe bien, qui « gèrent » bien leurs classes parce qu’ils « écoutent » les élèves, eux!
    Ce pseudo-pédagogisme à la Dolto cache bien des choses… j’en suis persuadé.
    Mes élèves me respectent parce que je joue mon rôle d’enseignant — le seul et unique rôle pour lequel ils me respectent: je suis exigeant, je travaille énormément (tous les jours pendant les petites vacances scolaires, exception faite du 25/12), je suis strict et sévère et je ne fais pas de pauvre psychologie à deux balles.
    A bon entendeur, salut!

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