Pas de vraie réforme de l’orientation sans vraie réforme de l’évaluation

Ci-après cet edito publié dans le numéro de décembre de l’Etudiant (donc le texte – et le « vous » auquel il recourt – s’adresse à des lycéens, je précise), sous le titre Pas de vraie réforme de l’orientation sans vraie réforme de l’évaluation. Mais il aurait pu s’appeler… Connaissez-vous Posthumus ?

Connaissez-vous Posthumus ? En 1947, ce chercheur a établi que tout enseignant a tendance à répartir les notes selon une courbe de Gauss, quel que soit le niveau de la classe. En gros : un peu de très mauvaises notes, un peu de très bonnes, et beaucoup de moyennes. Et Bonniol, ça vous parle ? En 1965, il a montré qu’une copie moyenne est mieux notée si elle est corrigée après une mauvaise copie que si elle vient après une bonne copie. Et Thorndike qui, dès 1920, a isolé « l’effet de halo », montrant que l’image globale que l’enseignant a d’un élève influence inconsciemment sa notation (vous aurez compris que meilleure est ladite image, plus la notation sera indulgente) ? Caberni, Fabre et Noizet ? 1975. Ils montrent « l’effet source » – variante du précédent : c’est cette fois le passé scolaire qui influence la notation. Quoi ? Que j’arrête là ? Vous venez de recevoir vos bulletins et ce n’est pas sympa ? Je ne console pas ceux qui ont ramé et je dévalorise ceux qui ont réussi ? OK. Où je veux en venir :

vous n’avez pas tort de penser que la notation telle qu’elle est pratiquée dans la majorité des cas relève autant de l’art que de la science ;

les effets décrits ci-avant ne sont pas non plus dramatiques dans l’absolu : aucun ne transforme une copie médiocre en chef d’œuvre (et réciproquement) ;

tous ces effets n’auront probablement pas de conséquence dramatique (sauf, peut-être, si vous êtes engagés dans une de ces filières archi concurrentielles où la destinée scolaire se joue au dixième de point).

L’ennui, c’est plutôt qu’une part non négligeable de l’orientation se décide à partir des résultats aux évaluations scolaires, lesquelles se réduisent encore trop souvent aux notes, délivrées on l’a vu dans des conditions imparfaites, et à des appréciations qui n’aident pas toujours à savoir ce qu’il faut faire précisément pour progresser.

Ce que serait une vraie réforme de l’orientation, puisque c’est ce qui est promis : faire entrer dans l’évaluation d’autres critères que les notes, pas juste pour le dire mais en vrai, des critères qui pèseraient dans les décisions finales. En 2010 peut-être ? Allez, bonnes fêtes à tous !

PS Rendons à César : l’idée de cet édito m’est venu après lecture de L’évaluation scolaire est-elle au service de l’orientation, étude réalisée par Sylvène Kitabgi sous la direction de Michèle Dain pour le Biop, le Centre d’orientation de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris.

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Article du on mardi, décembre 15th, 2009 at 19:40 dans la rubrique Editos. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Pas de vraie réforme de l’orientation sans vraie réforme de l’évaluation”

  1. JMS dit:

    La loi de Posthumus ne serait-elle pas un corollaire de la loi… de Gauss ?
    Il n’y a pas que les notes qui se répartissent souvent (approximativement) suivant une gaussienne !

  2. Dubois dit:

    Le débat sur la notation est récurrent mais il n’est pas inutile dans cette période où Admission post-bac vient d’être lancé ; chronique : http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/12/18/admission-post-bac/

    Comment vont être évalués, sur dossier, les élèves de terminale souhaitant entrer en CPGE, STS, ou DUT ? Sur des notes antérieures à celle du baccalauréat non encore obtenu ! un peu bizarre, non ?

    Vu le nombre des dossiers à examiner, les commissions d’admission prennent les notes en compte (c’est facile et rapide). Elles n’ont pas le temps de s’interroger : quel est le projet professionnel de ce jeune ? D’ailleurs en a- t-il un ? Et pourtant, le projet est une condition de la réussite. J’ai vu tellement d’étudiants en 30 ans à l’université se transformer et obtenir de bien meilleures notes le jour où ils ont choisi leur voie. Orienter selon le projet et non selon les notes obtenues. Oui et encore oui ! Mais cela demande du temps et coûte énormément. Cordialement

  3. bookmark from diigo 12/18/2009 | Relation, transformation, partage dit:

    […] on December 19, 2009Filed Under liens | | Pas de vraie réforme de l’orientation sans vraie réforme de l’évaluation | le Blog d’Em…tags: évaluation, élèves, notationPosted from Diigo. The rest of my favorite links are […]

  4. Recherche NEOPTEC dit:

    En prenant en compte les recherches effectuées en docimologie depuis près d’un siècle, comment explique-t-on qu’on cherche si peu à introduire les technologies d’accompagnement à la correction détaillée, transparente et cohérente dans les institutions en France ?…

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