Take the money, and run

Polémique à propos des 19 milliards dédiés à l’enseignement supérieur et à la recherche dans le cadre du grand emprunt.

Oui, cette somme vient en partie financer des annonces antérieures.

Oui, comme le soulignait mardi matin Bertrand Monthubert (qui compte 10 milliards) sur France Inter, un milliard placé ne « rapporte » que 35 à 40 millions utilisables dans un budget.

Oui, Laurent Bouvet (qui compte 16 milliards) a raison d’interroger la stratégie qui consiste à concentrer l’effort sur une dizaine de campus « de standing international », de même que Sylvestre Huet.

Mais quand même.

Depuis quand la France n’a-t-elle pas produit un tel effort pour ses universités ? Pourquoi ne pas rappeler que l’université, trente années durant, a été le parent pauvre des budgets dédiés à l’éducation au sens large, et qu’un tel retard ne se rattrape pas d’un claquement de doigts ? Est-il aussi aberrant que cela de s’en remettre à la sagesse des enseignants-chercheurs pour utiliser au mieux cet argent (si oui, si c’est aberrant, alors à quoi servent les élections universitaires, les conseils, l’autonomie – je parle de celle qui n’a pas attendu la loi LRU et qui livre la gestion de l’université à ceux qui la font et qui la vivent) ? Est-il si surprenant, voire : est-ce si néfaste, pour la société, pour la démocratie, qu’un gouvernement fasse mousser une telle annonce afin de rendre son choix lisible par le grand public, dont l’avenir de l’université n’est pas forcément la préoccupation première ? Pense-t-on sérieusement, pense-t-on raisonnablement, pense-t-on fiscalement, que la France peut s’offrir 80 pôles d’excellence de niveau international ? Ne peut-on, à la fois, reconnaître l’ampleur de l’effort (autrement que du bout des lèvres) et en discuter les modalités ?

Si elle devait revenir au pouvoir prochainement, je souhaite bien du courage à la gauche pour s’aligner.

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Article du on mardi, décembre 15th, 2009 at 20:46 dans la rubrique Sur le vif. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Take the money, and run”

  1. fred131 dit:

    Le double sens du titre me gêne, la maxime des traders qui se traduit familièrement par : « prends le fric et tire toi » n’est pas forcément à suivre en moment. Les facs disposent d’excellents cerveaux qui j’espère ne tomberont pas dans le piège de la facilité.

    Cet emprunt il va falloir le rembourser et avec les intérêts, il ne m’étonnerait donc pas qu’une année à venir « on » dise aux facs : « vous vous avez été servies plus que de raison en 2010 alors maintenant ceinture ».

    Bien sur ce qui est pris n’est plus à prendre, mais quand on regarde les promesses réellement tenues par ce gouvernement et ce président on s’aperçoit très vite des soucis. Et l’éducation en général est plutôt souffre douleur que priorité du gouvernement.

    Rien que sur la taxe qui devait compenser le manque à gagner des télévisions publiques après la suppression de la pub. Elle vient d’être baissée aux seuls profits de TF1 et M6 (à l’exclusion de Canal+) et ce qui est encore plus fort, rétroactivement, pour 2009. Quand on constate cela je me demande où est le piège ?

    fred131

  2. Chris dit:

    L’autonomie des universités (de toutes les universités) était une proposition du Pacte présidentiel (proposition numéro 30)

    La droite et la gauche sur ce point au moins étaient et sont d’accord

    Amitiés et bonne année cher Emmanuel!!!

    Chris

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