Devons-nous payer 100% des études des futurs traders ?

Donc Paris-Dauphine augmente ses droits d’inscription en master, et adopte le principe de la proportionnalité des droits par rapport aux revenus. L’université espère tirer quatre millions d’euros supplémentaires de cette opération. 1.400 étudiants étant concernés, cela fait en moyenne 2.857 euros par étudiant. Au risque, comme le craint l’Unef, de « transformer Dauphine en ghetto de riches » ?

Sur une échelle de droits qui ira de 1.500 euros à 4.000 euros selon les revenus des parents, cette moyenne de 2.857 euros indique que Dauphine accueille déjà des étudiants dont les parents affichent des revenus nettement supérieurs à la moyenne, ce qui signifie que la « ghettoïsation » que craint, pour l’avenir, l’Unef, est en fait bien installée. Elle se nourrit d’une stratification de processus scolaires, sociaux et culturels qui, dès la maternelle, excluent méthodiquement les pauvres des filières d’élite – à quelques rares exceptions, médiatisées à hauteur de leur rareté, pendant que l’on tait les vertus des filières qui, de manière moins spectaculaire, produisent de la mobilité sociale.

La vraie question est plutôt : à partir de quel stade la collectivité cesse-t-elle de porter seule le prix d’une formation dont elle recueillera certes les fruits, mais dont l’individu tirera pour lui-même des bénéfices durables et importants. Dit autrement : à partir de quand est-il normal d’investir dans son propre avenir ? Dit encore autrement : l’impôt doit-il continuer à financer 100% de la formation des futurs traders ?

Article du on Mardi, février 2nd, 2010 at 13:45 dans la rubrique Sur le vif. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

16 commentaires “Devons-nous payer 100% des études des futurs traders ?”

  1. EC Nantes dit:

    Cet argument est recevable, mais on peut craindre qu’il sera utilisé pour donner une coloration socialisante à la marchandisation. Le dernier mot : les « traders »; ensuite : les médecins, ensuite : les ingénieurs.

    Par ailleurs, le gouvernement, qui utilisera cet argument, est le premier à réduire la progressivité de l’impôt sur le revenu et autres mécanismes de redistribution.

    Lecteur du Guardian depuis 1993, je suis vacciné contre les arguments « sociaux » de l’augmentation des frais d’inscriptions et j’encourage tous les lecteurs à se vacciner.

  2. JACQUES dit:

    Argument irrecevable, raccourci de journaliste. Comme si Dauphine ne formait que des traders… d’autant que la prime du trader n’est que le roseau qui cache la forêt des gigantesques profits financiers dont elle n’est qu’une conséquence !!!!
    De plus en plus d’étudiants sont contraints de commencer leur vie professionnelle avec une lourde dette, et des salaires de débutants ingénieurs, fonctionnaires ou cadres intermédiaires, ce qui leur rend impossible toute installation stable.
    Jusqu’à quand tolèrera-t-on que les profits financiers, revenus des mieux installés dans la vie refusent de plus en plus de contribuer, via l’impôt, à la formation de la jeunesse ? Donc : aux profits financiers actuels, accessoirement aux traders présents, de financer Dauphine à 100% !

  3. FRANCOIS dit:

    - Un fait choquant : les filières d’excellence à la françaises ont financées en grand part par les impôts de tous les Français, y compris les plus pauvres à travers les impôts indirects (TVA…). Or, ces études « supérieures » servent ensuite, tout au long de la vie, à justifier des écarts de revenus substantiels.
    – Un fait critiquable : une université monte seule au créneau en prenant une décision isolée. Cela peut paraître dangereux et risque d’ouvrir la voie à des discours type libéraux radicaux : à chacun de faire face, prenez-vous en charge…
    Un débat d’ensemble et des décisions dans le cadre de la démocratie parlementaire ne seraient pas un luxe.

  4. EC Nantes dit:

    Je suis d’accord avec Jacques : ceux qui refusent de faire payer l’impôt après revenu veulent qu’on payent maintenant l’impôt avant revenu.

  5. Maillard Jean-Marie dit:

    Après les traders, les médecins et les ingénieurs, les enseignants qui vont être recrutés au Master? Ce type de raisonnemnt qui tend à individualiser l’analyse des coûts, rompt les solidarités, qu’elles soient nationales ou sociales. Il nous vient tout droit, et depuis des années des experts de l’OCDE. A leur décharge, on peut noter qu’ils accompagnent leur demande d’augmentation importante des droits d’inscription d’une demande d’augmentation des bourses pour les étudiants modestes. Mais devinez quoi? les gouvernements n’entendent que la première partie du raisonnement! Alors que diable! un peu de prudence dans le maniement de tels raisonnements.

  6. HIRTZLIN dit:

    La formation initiale gratuite devrait être est un droit, tout comme les soins de santé. Elle fait partie des « conditions de base » qui permettent une certaine égalité de départ. Chacun peut ensuite exercer ses talents et se différencier ou compléter sa formation au cours de la vie. Aujourd’hui une formation Bac+5 fait partie de la formation initiale.

  7. Roger Mohr dit:

    Qui profite des formations les plus prestigieuses: les enfants de cadre. Qui finance ces formations: les impôts de tous (qui sont de moins en moins progressifs comme cela a été mentionné).

    Devant ce scandale j’applaudis au courant de Dauphine de braver la pensée courante et de faire payer ceux qui en ont les moyens.

    Il faudrait se battre pour des bourses correctes plutot que contre ces frais d’inscription.

  8. EC Nantes dit:

    @6 : pas d’accord pour différencier formations initiales et continue pour ce qui concerne la gratuité, je préfèrerais un nombre d’années gratuites, à répartir au long de la vie. Que ceux qui ont loupé la première marche puissent reprendre le train en marche plus tard.

    @7 : Je suis d’accord sur le constat initial, avec Eric Maurin etc… mais je suis très gêné par le principe de l’impôt a priori, dans un contexte où l’impôt a posteriori est continuellement discrédité par les responsables au pouvoir, comme une confiscation sur le résultat d’un dur travail. Je préfèrerais largement le système de « student tax » progressive pour lequel plaident les syndicats étudiants anglais, 15 ans de frais d’inscriptions y ayant montré certaines limites dans le système. Cela permettrait peut-être de gérer « l’internationalisation », qui n’est pas étrangère à ces questions de droits de scolarité : à la fois l’accueil des étudiants étrangers et la difficulté de les rendre plus tard imposables en France, et la concurrence fiscale plus générale entre les Etats.

  9. Etudiant dit:

    Comme toujours, on n’oublie de rappeler que les études sont totalement gratuites pour les boursiers. De plus, le montant des droits d’inscriptions est proportionnel au revenu des parents, seuls les plus aisés paieront autant, je vois difficilement un systéme de financement plus juste ailleurs et ça devrait plutot encourager les étudiants issus de milieux modestes à intégrer l’établissement, le probléme est bien en amont des études supérieures.

    Cela permet justement à l’université de rester compétitive sans faire appel à l’Etat, et donc de financer les formations d’ « élites » avec l’argent des étudiants aisés et non plus uniquement avec les impôts.

    Pour moi c’est une très bonne initiative qui devrait être suivie par d’autres établissements (notamment les grandes écoles type polytechnique, centrale, mines qui ne dépassent pas 10% de boursier… elles sont totalements financées par l’état et elles forment bien plus de traders que Dauphine).

  10. EC Nantes dit:

    Je tiens à souligner qu’il s’agit d’un transfert de l’impôt vers les étudiants constitue un transfert de charge des entreprises vers les ménages ; comme pour la réforme des impôts locaux en cours. Etrange, non ?

    @Etudiant : Il faut préciser la cohérence : on paie avec l’argent des riches plutôt qu’avec l’argent de l’Etat…
    mais l’argent de l’Etat, si les choses étaient bien faites, c’est l’argent des riches – à ceci près qu’il s’agirait d’une ressource affectée, ça n’est pas mis dans un grand pot commun.

  11. Trader dit:

    La question ne se pose même pas…

    En effet, les traders paient des impôts sur le revenu phénoménaux, qui remboursent déjà aux centuple leur études.

    Et arrêtons avec cette stigmatisation des traders, les traders francais ne sont pas responsable de la crise.

  12. expat dit:

    cet article est ridicule, surtout la chute. Comme dit « Trader » les traders remboursent leurs etudes apres leurs etudes. Demander aux etudiants de payer, c’est reserver a une elite le fait de pouvoir devenir trader par exemple. Grace au systeme francais, des enfants issus de categories sociales inferieures peuvent esperer gagner plus que leurs parents (ce qui me semble etre une bonne chose, contrairement a la bonne morale francaise pour laquelle moins on gagne mieux c’est…)

  13. Jean-Marie Blanc dit:

    Bonjour
    J’ai fait il y a quelques jours sur mon blog un billet pour dire que je trouve assez intéressant la démarche qui consiste, une fois établie la vérité du coût, de mettre en place un système de « prix » progressif en fonction des revenus des familles.
    Personne ne convaincra personne dans cette affaire, hélas. On comprend, à la lecture des commentaires, le côté éminemment politique de la lecture de chacun sur cette question.
    La question centrale me paraît être : comment faire pour que personne ne renonce à telle ou telle filière juste en raison de la faiblesse de ses moyens financiers ?

  14. expat dit:

    @Jean Marie Blanc, quelle difference avec les impots qui existent deja ? Pour moi la seule difference serait de permettre de payer plus cher certaines etudes, donc de les reserver a une elite, encore. Autant je trouve que la france est un pays d’assités, autant la gratuite des etudes est pour moi essentielle pour l’egalite des chances.

  15. un lecteur dit:

    @expat

    c’est quoi, un pays d’assités ?

    étrangement, les pays aux politiques sociales les plus généreuses sont ceux qui ont le meilleur niveau d’éducation, la plus petite corruption,… mais je suis d’accord, ne mélangeons pas cause et corrélation.

    assisté = aidé ? si vous pensez paresseux aidés, dites paresseux aidés, on comprendra mieux.

  16. Guida dit:

    Pour poursuivre une formation en finance, il est nécessaire d’attirer des professionnels, ce qui ne se fait qu’avec des moyens financiers.

    Même les revenus modestes doivent comprendre que c’est un milieu de requin, qui marche sur la prise de risque et l’investissement. S’ils ne veulent pas prendre le risque d’un emprunt pour leurs études, alors probablement un autre métier leur correspondra mieux.

    Si les études devaient être financées par les traders, pourquoi ne pas instaurer un impôt sur le revenus spécifiques aux diplômés, d’un montant très faible? Ok je rêve, je sais..

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