Pas de commissions sans instrumentalisation

Il n’y pas de commissions sans démission(s). Par le passé, et pour ne parler que de jeunesse ou d’éducation, Jacques Julliard, Alain Finkielkraut ou Monique Canto-Sperber claquèrent la porte de divers cénacles. C’est au tour de François Dubet, qui vient de quitter de la commission des programmes de Sciences économiques et sociales (SES), non sans souhaiter « qu’à l’avenir la transformation de notre système d’enseignement se fasse de manière plus paisible et plus concertée, y compris avec ceux qui voient un danger dans chaque changement ».

Je ne juge pas des raisons des uns et des autres. Je conçois évidemment que l’on refuse d’apposer son nom sur un texte qui heurte ses convictions. Mais tout de même il faut être franchement ignorant (ou faire mine de l’être) de la fonction d’une commission – et, en l’espèce, du fonctionnement d’un cabinet ministériel – pour imaginer qu’une commission soit destinée à autre chose qu’à légitimer, d’une façon ou d’une autre, les choix de celui qui la crée. S’engager dans une commission, c’est accepter de se faire instrumentaliser. Ou prévoir d’agiter l’écume médiatique.

Be Sociable, Share!

Article du on mardi, février 2nd, 2010 at 12:24 dans la rubrique Editos. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Pas de commissions sans instrumentalisation”

  1. Watrelot dit:

    Cher Emmanuel,
    Je ne vous savais pas si cynique…
    Accepter d’être “instrumentalisé”, comme vous dites, pourquoi pas? Dès l’instant où il y a de la marge de manoeuvre.
    Mais ici, cela va quand même beaucoup plus loin. Il apparaît assez clairement que le programme proposé par les membres du groupe d’experts a été réécrit par des conseillers du cabinet du ministre.
    Au final, si on poursuit votre raisonnement, cela signifierait qu’il ne faut pas participer à ce genre de travaux car on sait à l’avance quels en seront les résultats. D’une certaine manière, vous justifiez la politique de la chaise vide et les positions les plus radicales. Surprenant.

  2. edavidenkoff dit:

    Cher Philippe,
    Je ne pense pas que le cynisme soit les trait dominant de mon approche des questions d’éducation. Mais je comprends votre réaction. Pour préciser ce que j’ai tenté – mal, apparemment – d’exprimer en 1000 signes : vous le savez comme moi, soit les rapports ou commissions commandités par le ministère offrent des conclusions proches de ce qu’espérait le ministère, soit ces conclusions sont oubliées, soit elles sont réécrites. C’était vrai hier, et vous comme moi aurions bien des exemples à citer ; ça reste vrai aujourd’hui.
    François Dubet, dont j’ai si souvent mentionné et défendu le travail depuis bientôt 20 ans,le sait très bien (il a pu observer de près le fonctionnement des cabinets quand il travaillait auprès de Ségolène Royal au ministère délégué à l’enseignement scolaire). En acceptant de se fondre dans une telle commission, il ne pouvait ignorer que les propositions de la commission passeraient sous les fourches caudines du cabinet. Et oui, je crois qu’on connaît à l’avance les résultats de ces commissions (la conformité aux voeux ministériels ou l’oubli).
    Faut-il pour autant refuser d’y participer ? Je distinguerai ici les personnes qui siègent, d’une certaine façon, en leur nom propre, et celles qui représentent un groupe. Dit autrement : je trouve toujourrs étrange qu’une association professionnelle ou un syndicat ne portent pas la parole de leurs mandants dans un tel contexte, quitte, par la suite, à faire savoir leur regret que telle de leur proposition n’ait pas été retenue. Je conçois aisément, en revanche, qu’un intellectuel refuse d’être instrumentalisé, et qu’il décline la participation à de telles commissions (ce qui ne l’empêche pas de peser, par des écrits ou des interventions, pour alimenter le débat).
    Mais une fois qu’on est « dedans », oui, je pense qu’on accepte les règles, et que la démission n’est pas la seule façon de faire savoir son désaccord avec les décisions prises à l’issue du travail de la commission.

Laisser un commentaire