« Etre enseignant, c’est accepter d’affronter les élèves tels qu’ils sont, ou alors il faut changer de métier » ?

Où l’on reparle du droit de retrait, qu’invoquent les personnels du lycée Adolphe Chérioux (Vitry, 94) suite à une agression survenue dans l’enceinte de l’établissement.

Réaction, ce matin, du nouveau Recteur de l’académie, William Marois, sur France Info : il affirme en susbstance – je cite de mémoire – que ce droit ne peut être exercé qu’en cas de danger de mort imminent, et il reprend l’exemple d’un grutier sur un chantier par temps de tempête, exemple que citait déjà Xavier Darcos, alors ministre délégué à l’enseignement scolaire, en 2003.

A l’époque journaliste à Libération, j’avais suivi les premiers « droits de retrait » exercés dans les établissements. J’avais, avec d’autres, relevé cette incongruité : des enseignants considérant, de facto, que la présence d’élèves dans un établissement puisse constituer un danger grave et imminent (puisque le danger qui motive le retrait provient d’élèves). Ce que Xavier Darcos formulait alors en ces termes : « Etre enseignant, c’est accepter d’affronter les élèves tels qu’ils sont, ou alors il faut changer de métier ».

Mais l’argument juridico-culpabilisant du ministère, constant depuis sept ans, ne résiste pas à l’épreuve des faits. Désolé de me citer, dans cet article paru le 7 mars 2003 dans Libération, mais je n’ai pas changé d’avis depuis :

« Le recours au «droit de retrait» est avant tout l’indice du profond désarroi des enseignants face à une violence que dix années de «plans» et autres «dispositifs» n’ont pas su endiguer. Moins que la défiance à l’égard des élèves, il exprime cette évidence qui n’en est pas une dans les faits : tout établissement scolaire doit être en situation de transmettre des connaissances dans des conditions de sérénité minimales. Que les enseignants estiment qu’une telle requête ne relève pas du droit de grève est largement compréhensible. Qu’ils choisissent, à la place, une arme bien imparfaite n’enlève rien à la gravité de ce qu’ils dénoncent. »

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Article du on vendredi, février 5th, 2010 at 10:50 dans la rubrique Sur le vif. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

3 commentaires “« Etre enseignant, c’est accepter d’affronter les élèves tels qu’ils sont, ou alors il faut changer de métier » ?”

  1. Moustachu dit:

    Il est certain qu’à Montaigne ou Louis-le-Grand c’est une dure épreuve d’affronter les élèves tels qu’ils sont !…

  2. dumgi dit:

    Sur le fond je suis d’accord avec M. Darcos, je suis enseignant en ZEP et « j’accepte d’affronter les élèves tels qu’ils sont » et non pas tels qu’ils sont dans mes rêves (et encore pas les plus fous). Par contre l’idée de changer de métier est un peu facile et indigne d’un homme intelligent, cultivé et de plus informé, car si le marché du travail le permettait, je pense que plus d’un enseignant ( ceux qui sont fatigués justement d’être les derniers à affronter la réalité du terrain) le ferait sur-le-champ. Par contre il y a ceux qui ont encore envie de trouver des solutions, d’être inventifs avec les TNI, les blogs et les systèmes de visioconférences. On aimerait être encouragés, épaulés et non pas entendre des propos aussi simplistes face aux moments de désarroi (le mot est parfois bien faible) que l’on rencontre parfois.

  3. egg dit:

    Je suis toujours très étonné que des passerelles existent pour un ministre auquel on demande aucun diplôme certifiant des compétences comme d’être à la tête de l’Éducation nationale pour ensuite se retrouver ministre du travail.La voie est libre, “Être enseignant, c’est accepter d’affronter les élèves tels qu’ils sont, ou alors il faut changer de métier”maintenant vous savez ce qu’il vous reste à entreprendre: devenez ministre et plus précisément de l’Éducation nationale!

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