Violence, droit de retrait et malaise lycéen

Elle enfle, la polémique sur la violence, et sur le « droit de retrait« , autour du bras de fer engagé entre des enseignants du lycée Adolphe Chérioux de Vitry (94) et le ministre de l’Education nationale.

Les chiffres de la violence scolaire sont implacables : plus un établissement accueille des élèves qui se vivent comme étant « en échec », plus la violence est importante, ce que montre – entre autres – l’étude Sivis du ministère.

Ni les barrières, ni l’embauche massive de surveillants ne résoudront le problème (ce que pensent apparemment certains élèves du lycée Adolphe Chérioux, cités par 20 minutes : « Quand on leur parle du doublement du nombre de surveillants, ils estiment que «22 pour 1.500 élèves, ça ne servira pas à grand chose» »). La réponse sera pédagogique ou ne sera pas (j’inclus la question de l’orientation dans ce champ). Comme le prouvent les solutions mises en place par des élèves et des enseignants en réponse à ce malaise lycéen qui ne dit pas son nom, auquel l’Etudiant vient de consacrer une belle enquête.

Pour autant, il en faut, des barrières, et des surveillants, suffisamment du moins pour assurer des conditions de travail normales aux enseignants, aux élèves, aux personnels d’éducation. Il est anormal que des enseignants, pour attirer l’attention, aient à cesser le travail, même si le recours à la forme du « droit de retrait » semble discutable au plan juridique (« Lorsque le droit de retrait est invoqué face à une menace plus diffuse ou lorsqu’il est exercé comme une forme de réponse collective à un événement grave, la jurisprudence rappelle que ce droit ne doit pas être confondu avec une action de revendication. »)

Un point encore : on me sollicite (notamment sur France 5), pour parler de la violence à l’école, entre autres suite à la publication de ce billet intitulé Quand la violence paralyse l’école. La dernière fois que le sujet est « monté » médiatiquement, c’était à la fin du printemps 2009, à l’occasion de l’annonce par Nicolas Sarkozy de nouvelles mesures comprenant entre autres l’installation de portiques de sécurité. « Nous devons sanctuariser les établissements scolaires » avait martelé le président de la République. Cette annonce précédait de peu les élections européennes, et j’avais alors marqué un certain doute sur sa mise en oeuvre. On parie sur de nouvelles annonces avant les Régionales ?

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Article du on mercredi, février 10th, 2010 at 12:50 dans la rubrique Sur le vif. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

5 commentaires “Violence, droit de retrait et malaise lycéen”

  1. lejuste2 dit:

    Ce n’est pas en augmentant le nombre de surveillants que l’on règlera les problèmes de violence à l’école, car les surveillants sont incapables et n’ont absolument l’intention de s’opposer physiquement à un élève armé ou à une bande de jeunes cagoulés
    Ce n’est pas du tout un problème d’effectifs, comme veulent nous le faire croire les syndicats irresponsables d’enseignants, alors que des dizaines de milliers d’enseignants ne voient aucun élève dans l’année !!!

    Tant que ce pays sera aussi laxiste, avec une justice qui ne condamne pas fermement les délinquants (mineurs ou adultes), la délinquance et la violence continueront dans les banlieues et les établissements scolaires.
    Dans les collèges, il faut multiplier les controles inopinés par la police pour identifier les porteurs de couteau ou de drogue, et les condamner.
    Par ailleurs, alors que l’absentéisme des enseignants dans le public est 2 fois plus élevé que dans le privé !, c’est une honte de voir certains enseignants du public abuser d’un droit de retrait scandaleux qui est un véritable déni du devoir des enseignants d’éduquer nos enfants

  2. Viviane Micaud dit:

    Il y a deux types de violence :
    – les bandes de jeunes extérieures aux lycées qui rentrent pour provoquer,
    – la violence quotidienne par violences verbales dans les classes et par violence physique dans les couloirs.
    Pour la première forme de violence, il faut encercler les lycées et faire appel à des policiers de l’extérieur. Pour la deuxième, il faut des surveillants, des personnes qui rappellent les règles et qui prennent en charge les jeunes exclus des classes parce qu’ils empêchent les autres de travailler.
    Si le nombre de surveillants est insuffisant, il y a une perte de l’autorité. La normalité pour les élèves n’est plus d’obéir à l’autorité, mais à la loi code du groupe. Alors l’attention des élèves n’est plus la même, et le niveau d’apprentissage n’est plus le même. C’est bien le problème à « Adolphe-Chérioux » et c’est pour remédier à cela que les profs protestent.

  3. Ben dit:

    Commentaire sur le post de « le juste »
    Pourrait-il citer des sources sur les points suivants :
    – des dizaines de milliers d’enseignants ne voient pas d’élèves dans l’année,
    – l’absentéisme des enseignants est 2 fois plus élevé dans le public que dans le privé.
    D’autre part, ce sont les parents qui ont un devoir d’éducation.
    D’accord pour le reste : des surveillants, pas plus que des enseignants ne s’opposeront certainement pas physiquement à des bandes cagoulées et organisées. Même la police évite de le faire.

  4. déguisement dit:

    puisqu’on ne s’attaque pas aux causes du mal (chômage, misère, ghettoïsation, absence de perspectives, inégalités croissantes, injustices, etc…), il n’y a pas de raison que les conséquences ne se développent pas. sarko s’occupe de la sécurité depuis 5 ans : quel beau bilan!

  5. Noel dit:

    Etre professeur c’est savoir encadré et donc s’adapter à tous.

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