On peut offrir deux lectures, non exclusives, de la tonalité négative des réactions syndicales à l’issue des Etats généraux de la sécurité à l’école.
La première constate que certains, notamment le syndicat majoritaire, demeurent largement prévisibles. Désolé de me citer, mais j’écrivais ici même le 1er avril que « les vraies polémiques pourraient naître si le ministère décidait de suivre les pistes dont Eric Debarbieux a établi, avec d’autres, qu’elles permettaient de lutter efficacement contre la violence ailleurs dans le monde, par exemple favoriser la stabilité des équipes, augmenter le temps de présence des adultes dans les établissements, ou encore permettre aux équipes de se choisir (postes à profils et recrutements « groupés »). Ces propositions-là suscitent des levées de boucliers bien plus inquiètes que les fouilles de cartables et les portiques de sécurité. » Ça n’a pas manqué.
Réagissant à l’annonce d’un tel dispositif pour une centaine d’établissements, la FSU a déploré : « Non seulement on sort de la réglementation du service public, mais c’est le meilleur moyen de mettre ces établissements à part ». Pourtant, pendant deux jours, les chercheurs avaient semblé expliquer que ça pouvait marcher. Pourtant, je croyais, mais je me trompe apparemment, que ces établissements souffraient déjà, et pour certains depuis belle lurette, d’être « à part ». Ce qui tombe bien, c’est que le syndicat le plus à droite, pour des raisons différentes, désapprouve lui aussi de telles mesures, inspirées selon ses termes par « une Aristocratie administrative composée de hauts fonctionnaires totalement coupés d’une réalité de terrain qu’ils n’ont de toute façon jamais connue, et un haut-clergé pédagogiste, composé des pires sociologues et autres experts ès sciences de l’éducation » (communiqués complets sur le site du Snalc-CSEN).
Peu de surprises aussi quant aux réactions portant sur le modeste volet sécuritaire des annonces. Pourtant j’avais comme le souvenir que certains chefs d’établissements se plaignaient de la violence aux abords de leurs collèges ou lycée. Que certains enseignants en appelaient à des réponses à l’urgence en usant de la procédure du droit de retrait, non pour réfuter les politiques de prévention, mais pour demander, au moins, que les incendies soient éteints. Cela fut dit pendant les débats, puis oublié sitôt leur clôture. Aucune solution ne semble donc trouver grâce, qu’elle soit de l’ordre de la prévention « éducative » ou « sécuritaire ».
Un second regard sur ces réactions constate l’ampleur du discrédit dont pâtit désormais toute annonce gouvernementale dans le monde éducatif. Luc Chatel paie à l’évidence le prix de la politique de son prédécesseur (et notamment celui des suppressions de postes et de la mastérisation), ainsi, plus largement, que celui de la politique du gouvernement dans d’autres domaines, et ce quels que soient ses efforts pour ouvrir le jeu (je veux bien entendre, d’ailleurs, que les efforts en question relèvent d’une stratégie de communication, mais enfin quel ministre, de droite ou de gauche, n’agit pas en fonction de telles stratégies ? Et certains syndicats ne sont-ils pas, eux aussi, en pleine stratégie de communication quand ils contestent devant les micros des mesures qu’ils ont suggéré hors micro ?). Dit autrement : si, au terme d’Etats généraux qui ont clairement marqué une victoire des « colombes » sur les « faucons », les réactions demeurent aussi négatives, on voit mal comment et sur quel dossier se cautérisera la plaie béante qui s’est creusée entre l’Education nationale et ses troupes. De ce point de vue, les réactions syndicales sont sans doute le reflet assez exact de la défiance que manifestent leurs mandants à l’égard du gouvernement, et il est de ce point de vue logique qu’ils aient fait le choix de suivre la vox populi plutôt que de parier sur les effets d’une rupture qui, pourtant, semble de plus en plus évidente entre la méthode Chatel et la méthode Darcos. Les dégâts semblent irrémédiables jusqu’à la fin de la législature.
Un dernier point, à propos de ces Etats généraux, et puisqu’il en a été fait état publiquement dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne : oui, je me suis étonné voici quelques jours devant des proches du ministre, lors d’un échange informel, qu’aucun atelier de ces Etats généraux ne soit consacré au rôle des médias. J’y ai vu la persistance d’un impensé sur lequel j’avais déjà tenté de réfléchir (on en trouvait trace ici même en janvier ), et j’ai fait remarquer que la tenue même de ces Etats généraux venait en réponse à une flambée médiatique sur la question de la violence et qu’il était étrange de ne pas le considérer (si l’on prend ces phénomènes tels qu’ils sont, il n’y avait pas plus de raison de consacrer des Etats généraux à la « sécurité » cette semaine qu’il y a trois mois ou dans trois mois). J’en ai été d’autant plus déçu a posteriori quand Eric Debarbieux a ouvert son intervention de conclusion par un long dégagement à propos du rôle des médias, nous appelant pour le dire vite à faire preuve de « sens des responsabilités », puis que Luc Chatel a lui aussi introduit son discours en évoquant les effets induits par le traitement médiatique de la violence. Preuve que la question se pose.
Je persiste à penser qu’il est dommage de fuir ce débat, tout comme il était dommage de fermer les ateliers des Etats généraux aux journalistes, hormis pour quelques prises de vues destinées à alimenter les JT du soir. Car enfin je veux bien que les journalistes s’entendent faire la leçon, mais cette leçon je l’entendrais mieux si l’accès à l’information était plus transparent, si nous n’étions pas obligés de ruser pour accéder à certaines sources, s’il n’était pas, finalement, attendu de nous que nous nous comportions avant tout comme de simples relais d’une « information » qui s’apparente le plus souvent à de la communication (i.e. fermer les ateliers aux journalistes mais les entrouvrir pour les caméras sans quoi la télé ne mentionnera pas l’événement). Que les médias apparaissent en conclusion d’Etats généraux qui les auront ignorés comme les principaux boucs émissaires de la violence à l’école m’a semblé un peu facile, et pas à la hauteur d’une manifestation dont je pense comme Eric Debarbieux, qu’elle aura permis des « avancées ».


et le faits qu’il y ait peu de femmes à la tribune vous a t il interpellé ?
http://blog.plafonddeverre.fr/post/Epididyme-d-Or-d-avril
Voilà un billet qui interpelle ( et qui devrait susciter des réactions d’autant plus vives, qu’elles apparaissent foncièrement justes et très ajustées à la situation présente ).
Quant à la parité hommes-femmes, Eric Debarbieux avait dit qu’il s’y efforcerait. Il y a eu un tiers de femmes dans le comité scientifique, et un peu moins encore dans les rapporteurs des ateliers en séance plénière. Ce n’est gagné!
Merci de ce papier. A ceci près, que les enseignants sont des sur-citoyens, ils ont un bulletin de vote comme les autres citoyens pour choisir leur dirigeants et un droit syndical contre l’action de leurs dirigeants une fois que ceux ci ont été élus (en tant que « salariés » cette fois). C’est un statut magique. Par conséquent, rien ne les agrée jamais et ils sont prévisibles. « Aucune solution ne semble donc trouver grâce, qu’elle soit de l’ordre de la prévention « éducative » ou « sécuritaire ». » Il faut des solutions magiques, en fait, l’absence de problèmes. ça ne date du prédécesseur.
J’ai un dossier « violence » dans mon disque dur qui commence en 2001. Comme l’a dit Meirieu « tout a été, tout reste à faire »… mais par qui ?
Olympe est-elle interpelée par la non-parité à l’Education nationale en général et en primaire en particulier ? Est-elle interpelée par l’appellation « école maternelle » ? Les enfants sont-ils aux mères, même à l’école, quand ils sont petits ?
Je précise que « elles », dans mon commentaire précédent, renvoient aux trois interpellations d’Emmmanuel Davidenkoff. Et ce »n’est pas gagné »!
Bonjour,
Je suis enseignant en ZEP – certes pas la pire mais ZEP tout de même – je me suis rendu aux débats « Cité réussite » à la Sorbonne et j’ai été frappé par le discours négatif avec cette éternelle chanson : avant c’était mieux et puis tout le monde lisait des textes sur du papier. Heureusement quelques voix essayaient de lancer un appel et disaient qu’il fallait aussi regarder ce qui marche, s’intéresser davantage aux élèves, les accompagner – même s’ils sont parfois fatiguants, excusez l’euphémisme – et bien j’ai encore envie d’y croire, alors je me lance dans les TICE, je cherche des voies et des voix de réflexion, en visitant des établissements scolaires à l’étranger, je suis encore curieux et j’espère le rester longtemps.
Faire des « ménages », c’est à dire l’animateur de séance fait-il parti de « la ruse » déployée « pour accéder à certaines sources ?
Pendant ce temps, sur le quai de Ouistreham, F.Aubenas, faisait d’autres ménages.
En vrai.
Pour moins que rien.
Tiens, un justicier anonyme du net, et donneur de leçon avec ça, sous le masque courageux de l’anonymat. Vous avez raison de calomnier sans vous révéler, « zou », ça en a protégé plus d’un en 40, ils ont parfois même su se faire décorer la 25e heure venue.
Pour votre information, je n’ai évidemment touché aucune autre rémunération pour ces Etats généraux que le salaire que me verse tous les mois l’Etudiant, puisque c’est au titre de mes fonctions dans ce groupe que j’ai animé les débats. Accessoirement, je ne sais pas si le ministère en aurait eu pour son argent, ma plume restant libre sur ce sujet comme sur tous les autres (cf le billet ci-dessus, dont le propos ne varie guère par rapport à ce que j’ai pu écrire ou dire sur le sujet depuis des années, ou mes chroniques sur France Info qui donnent régulièrement la parole aux détracteurs de la politique actuelle – aujourd’hui encore avec Sylvain Grandserre pour sa Lettre ouverte au ministre de l’Education nationale (ed. Chronique sociale)).
A part ça nous sommes au moins d’accord sur ce point : le bouquin de Florence Aubenas est formidable.
Commentaire à la tribune de Philippe Meirieu dans le Monde sur ce sujet
Tout n’a peut-être pas été vraiment, clairement, dit…
Le problème de la violence générée par l’école elle-même
- avec des contenus, les programmes scolaires traditionnels qui ne font pas sens et qui provoquent l’ennui chez les élèves. L’ennui, très répandu, est un germe de violence
- avec une philosophie et des pratiques de l’évaluation toujours négatives qui pointent les erreurs, les manques, les carences, sans les expliquer, de manière toujours négatve, oubliant les réussites, les talents, les savoirs extérieurs à l’école. Des notes attribuées sans critères lisibles. Etre conisidéré comme un nul provoque naturellement la violence
- avec des comportements d’enseignants, sans doute en tout petit nombre, mais qui choquent les élèves qui ne supportent pas l’injustice. Des comportements que l’on sanctionne chez les élèves masi que l’on tolère chez les enseignants: arriver en retard sans s’excuser, rendre des copies 3 semaines après avoir sanctionné des élèves pour un jour de retard, humilier, punir insjustement. L’injustice provoque la violence…
Pas facile à dire
Dangereux? Choquant?
Tant pis, c’est dit
Philippe Meirieu présente des solutions pour ces trois points, mais si l’on n’a pas une claire représentation de ces points, on ne peut pas se mobiliser vraiment sur les solutions. Le non dit peut être un obstacle à la réforme nécessaire
Pourquoi en est-on arrivé là, à remettre de plus belle sur la sellette les sanctions ? D’abord : lorsque l’enseignant pénètre dans la classe, on se lève, oui, on se lève. Lorsqu’il dit « Bonjour » on répond la même chose « Bonjour Monsieur ou Madame, ou Mademoiselle ». C’est cet enseignant, qui lui-même à fait des études pour ENSEIGNER. Et c’est cette personne qui va apprendre et inculquer le savoir permettant d’évoluer par la suite dans la société, le monde, et le travail. Les écoles, collèges et lycées ne sont pas des lieux de casting de mode, voire de défilé de mode, d’endroit où l’on s’affiche. Cela on peut le faire en dehors, dans la rue, les lieux de rencontres extérieurs, à domicile. Aïe, aïe, aïe ! ceci ne plaît pas, je sais. Quand aux enseignants, eux aussi. Sans se ruiner, il est très possible d’avoir une allure correcte : les cheveux longs qui pendouillent, les mal rasés, les corsages ouverts, les habits négligés sont à proscrire. Se faire appeler par son nom de famille et pas par son prénom (ceci est la porte ouverte à trop d’intimité et cela est réservé à l’extérieur de l’enceinte d’enseignement). Suis-je trop rigoriste pour certains ? Peut-être. Mais c’est par l’application d’une certaine discipline que, peut-être…, on arrivera à redresser les dérives. Pour ma part, lorsque je mettais mon enfant à l’école, je remettais le complément de l’éducation que je lui apportais entre « les mains » de l’enseignant. N’étant pas présente dans la classe. Si problème il y avait, c’est par le dialogue avec l’enseignant et ensuite avec l’enfant que l’éventuel problème se réglait. Si certains parents, aussi, étaient plus impliqués dans l’éducation, cela diminuerait aussi la charge des enseignants. Peut-être suis-je trop utopiste ?