Le gouvernement reprend d’une main ce qu’il avait donné de l’autre. Luc Chatel et Brice Hortefeux avaient fait profil bas sur le volet répressif de la lutte contre la violence lors des Etats généraux de la sécurité à l’école – le second parlant même « réflexion » et « pédagogie », propos quelque peu inattendus de sa part. Nicolas Sarkozy vient de siffler la fin de la récré : suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme chronique, création d’institutions intermédiaires entre l’internat et le Centre éducatif fermé, installation de policiers au sein des établissements…
Ceux qui me lisent depuis longtemps savent que je n’ai pas une approche idéologique ou béni-oui-oui de ces sujets. Je ne crois pas que tout se résout par la seule prévention, et je pense que la cécité de la gauche sur la montée de la violence dans certaines zones urbaines a eu des conséquences dramatiques – souvenir d’avoir cité dans Comment la gauche a perdu l’école (Hachette Littératures, 2003) un conseil des ministres au cours duquel Charles Hernu tentait d’alerter ses collègues de la présence de chiens d’attaque et d’armes à Villeurbanne dès 1981 ; vainement.
Mais tout de même le retour de bâton est rapide et violent, et il donne raison à ceux, nombreux, qui n’avaient voulu retenir que les aspects sécuritaires du discours de clôture du ministre de l’Education nationale à l’issue des Etats généraux.
Reste.
Que 63% des Français sondés par CSA pour le Parisien se déclarent favorables à la suppression des allocations, une « adhésion [qui] passe par-dessus les clivages partisans, les catégories sociales et les différences de sexe et d’âge » explique Jean-Daniel Lévy, de CSA.
Que ce 63% me laisse songeur, pour cette raison soulignée par Jean-Daniel Lévy qu’il transcende les clivages.
De là deux réflexions.
1- Il n’existe pas à ma connaissance d’étude sérieuse en France sur les effets d’une telle mesure (pourtant déjà mise en œuvre). Les avis restent donc empiriques, ou s’appuient sur des exemples étrangers comme l’échec des politiques répressives menées contre les familles menées par exemple en Angleterre. A quand une recherche robuste en France ?
2- Qu’une mesure contestable suscite l’adhésion d’une majorité n’a rien d’extraordinaire. La question du redoublement offre le même paradoxe. Dit vite : on sait que ça marche mal et que ça coûte cher, mais on continue à le mettre en oeuvre et à trouver ça bien. Des chercheurs belges avaient proposé une résolution de ce paradoxe dans cette étude intitulée Le redoublement est moins un problème qu’une solution. Ce qu’ils expliquent en substance, c’est que le redoublement est avant tout vécu comme une solution, notamment par les enseignants mais aussi par les parents, et que tant que d’autres solutions n’auront pas été mises en œuvre de manière convaincante, il est illusoire d’espérer convaincre de son inanité (= d’en faire un « problème »). Dans une certaine mesure, je pense qu’il en va de même de l’ensemble des réponses contraignantes ou répressives en matière d’éducation. C’est avant tout notre impuissance collective à inventer et surtout à mettre en œuvre des alternatives efficaces qui fait le lit de réponses dont les acteurs ou la recherche montrent pourtant qu’elles ne résolvent rien, voire qu’elles aggravent les situations qu’elles prétendent résoudre.

