Carte scolaire, moyens, violence… Relisons nos classiques

La politique d’assouplissement de la carte scolaire peut-elle avoir des effets favorables en termes de mixité sociale – son objectif affiché (Nicolas Sarkozy : « Si je souhaite aller progressivement vers la suppression de la carte scolaire, c’est précisément pour qu’il y ait moins de ségrégation») ? Les suppressions de postes peuvent-elles ne pas affecter la qualité du service public d’éducation, voire coïncider avec son amélioration – là encore, c’est l’objectif affiché (Nicolas Sarkozy : « Dans l’école que j’appelle de mes vœux où la priorité sera accordée à la qualité sur la quantité, où il y aura moins d’heures de cours, où les moyens seront mieux employés parce que l’autonomie permettra de les gérer davantage selon les besoins, les enseignants, les professeurs seront moins nombreux. Mais ce sera la conséquence de la réforme de l’école et non le but de celle-ci») ?

Près de trois ans après le discours fondateur de la politique éducative de Nicolas Sarkozy, il semble que les Cassandre du débat sur l’école aient, encore une fois, eu raison. Toutes les évaluations menées sur les effets de l’assouplissement de la carte scolaire confirment ce qu’ils annonçaient dès le départ : tous les pays qui ont crû atténuer les ségrégations sociales et urbaines en libéralisant leur carte scolaire s’en sont mordus les doigts, et la France ne fera pas exception. Ce que confirmait, hier encore, une enquête menée par le SNPDEN (syndicat majoritaire des chefs d’établissements), dont le volet « témoignages » est encore plus convaincant que le volet chiffré.

Quant aux suppressions de postes, dont on apprend qu’elles se poursuivront les trois prochaines années, faute d’avoir été précédées par des réformes qui auraient peut-être permis de « travailler autrement », elles imposent des mesures dont la pertinence ne saute pas aux yeux ; entre autres :

réduire à peau de chagrin la formation initiale des enseignants tout en martelant dans chaque discours, quel que soit le sujet, à quel point il est indispensable de bien former les enseignants, le tout pour économiser 12.000 postes de stagiaires ;

déléguer aux recteurs la charge de tailler là où ils le peuvent, en renvoyant au local la gestion des effets d’une politique nationale ;

avancer vers l’autonomie des établissements de la pire façon qui soit pour les chefs d’établissements, en leur demandant de prendre la responsabilité de gérer la pénurie ;

laisser planer dans les salles des professeurs un sentiment de mépris et d’abandon qui n’a pas attendu la droite pour s’installer (souvenons-nous de l’ambiance qui régnait sous le gouvernement Jospin pendant les « années Allègre ») mais qui ne fait que s’enkyster au fil des ans.

Le tout pour se retrouver néanmoins à la rentrée prochaine avec un excédent de 7.000 postes de professeurs des écoles (pour tenir la politique officielle, il eut fallu interrompre carrément tout recrutement, ce qui fut jugé impossible) !

Je ne reviens pas sur le thème, souvent abordé ici, de la lutte contre la violence scolaire, et sur la répartition « good cop / bad cop » qui semble prévaloir entre Luc Chatel et Nicolas Sarkozy.

Sauf pour vous inviter à (re)lire cette belle déclaration : « Donner à chacun de nos enfants, à chaque adolescent de notre pays l’estime de lui-même en lui faisant découvrir qu’il a des talents qui le rendent capable d’accomplir ce qu’il n’aurait pas cru de lui-même pouvoir accomplir : telle est à mes yeux la philosophie qui doit sous-tendre la refondation de notre projet éducatif. Nous devons à nos enfants le même amour et le même respect que nous attendons d’eux. Cet amour et ce respect que nous leur devons exigent que nos relations avec eux ne soient empreintes d’aucune forme de renoncement ni de démagogie. Parce que nous aimons et respectons nos enfants, l’éducation que nous leur donnons doit les élever et non les rabaisser. Parce que nous aimons et respectons nos enfants nous ne pouvons pas accepter de renoncer à les éduquer à la première difficulté rencontrée. Ce n’est pas parce que l’enfant a du mal à se concentrer, parce qu’il n’apprend pas vite ou qu’il ne retient pas facilement ses leçons qu’il doit être privé de ce trésor de l’instruction sans lequel il ne pourra jamais devenir un homme vraiment libre. »

Elle est, comme les précédentes, extraite, du discours que le Président de la République prononça le 4 septembre 2007 à Blois.

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Article du on vendredi, mai 7th, 2010 at 10:36 dans la rubrique Sur le vif. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Carte scolaire, moyens, violence… Relisons nos classiques”

  1. marc dit:

    passés au vitriol les « classiques » !

  2. Marc D dit:

    Cher Emmanuel,

    je lis régulièrement votre blog.
    Je comprends parfaitement vos critiques et j’en partage un certain nombre. Cependant je ne peux pas imaginer que vous ne compreniez pas l’immense difficulté qui existe à changer l’école, à modifier les structures et les mentalités, à faire comprendre qu’il ne suffit pas de « faire l’autruche » pour éviter les mutations.
    Nous vivons dans un pays qui a un énorme mal à se réformer, qui ne sait comment aborder ces complexités, qui reporte aux lendemains, faisant grossir le malaise et rendant encore plus difficile les solutions.
    Je trouve vraiment excellente lasituation de Nicolas sarkozy.
    Je trouve courageuse les changements mis en oeuvre, et je ne partage pourtant pas les valeurs et la philosophie politique, car elles viennent après des années de reculs permanents.
    Finalement, admettez Emmanuel, que l’exercice de la critique est trop facile dans ce domaine, qu’il n’est pas à la hauteur du professionnel de l’éducation que vous êtes.
    Nous devrions faire un moratoire national : refuser toute critique d’une action, d’une loi, d’une mutation qui ne soit suivie d’une contre-proposition…autrement dit chassons l’esprit critique pour laisser le droit à l’action critique…
    …Nous étouffons de la critique stérile, du « ca ne marchera jamais » et vous le savez parfaitement. Donnons la parole aux forces de proposition et non aux forces de destruction…Il est tellement facile de réunir les gens autour du « contre ». il est tellement plus indispensable des les faire fonctionner autour du « pour ».
    Pardon de cette longueur mais nous n’avons plus vraiment de temps pour maintenir en place des polémiques qui se reposent sur la seule critique de l’existant et sur l’envie d’agir d’un Président.

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