Cagnotte, triche, Domenech, nuit du Fouquets et APB

Concomitamment.

Le Figaro rapporte une étude sur la triche, menée par l’INRP.

Marc-Philippe Daubresse annonce l’arrêt de « l’expérimentation cagnotte », qui fit couler tant d’encre à la rentrée dernière.

Raymond Domenech refuse de serrer la main de son homologue de l’équipe d’Afrique du sud.

Les effluves de la « nuit du Fouquet’s » planent à nouveau sur la vie publique, avec une spectaculaire accumulation d’affaires, petites et grandes, stigmatisant des élites apparemment prêtes à tricher pour piquer dans la cagnotte.

Jusqu’ici, inutile, je pense, de détailler. Si les élites trichent ou s’exemptent de la règle, fut-ce celle, informelle, du « fair play », pourquoi un petit collégien de 13 ans qui, en outre, n’a pas grand-chose à perdre, se priverait de copier sur son camarade un jour de contrôle.

Je relève juste, sur cette affaire de triche, qu’il semble que le pourcentage d’élèves ou d’étudiants qui trichent semble corrélé au sens attribué aux études (dit vite : quand ce sens apparaît assez clairement, par exemple dans le supérieur, la triche est nettement moins fréquente). Mais aussi à la confiance qu’ils tissent avec l’autorité qui les évalue.

Maintenant le lien avec APB (Admission post bac), le système quasi unifié (il manque notamment les IEP) qui permet aux futurs bacheliers de s’inscrire dans le supérieur. Et, ces jours-ci, cet afflux de mails ou d’appels désemparés de jeunes et de parents qui ne comprennent pas pourquoi ils sont acceptés ici et refusés là, pourquoi tel camarade affichant le même bulletin est accepté ici tandis qu’on y est refusé, pourquoi telle filière universitaire se révèle plus sélective qu’une prépa réputée, etc. Car APB fonctionne dans une opacité totale, notamment dans sa gestion des filières sélectives : impossible de connaître le niveau du dernier admis, ce qui permettrait aux candidats de se situer et d’évaluer leurs chances d’être acceptés.

Je ne conteste pas ici que la procédure soit gérée avec rigueur et honnêteté. Mais elle l’est hors des regards ce qui, dans le contexte actuel, autorise toutes les suspicions. Rien ne garantit aux candidats qu’un quelconque fils d’archevêque (ceci dit pour ne vexer aucune corporation) ne privera un honnête enfant dont les parents sont privés de relations d’une place que son mérite aurait dû lui garantir. Ce doute est dévastateur, car il atteint de plein fouet les jeunes et les familles qui ont consenti, douze années durant, le plus d’efforts pour se hisser au sommet de la pyramide scolaire. Ce doute enseigne aux (futures) élites que le mérite et le travail peuvent n’être qu’une condition nécessaire mais non suffisante pour recevoir l’onction de la méritocratie républicaine. Il porte en germe, ce doute, les prochains cigares à 12.000 euros, les prochains doubles salaires, les prochains rappels, hallucinants, du fait que des dépenses personnelles doivent êtres financées sur des fonds personnels (dans le privé, déroger à cette loi s’appelle pratique l’abus de biens sociaux), etc.

J’insiste : rien ne me permet de supposer qu’APB est truqué. Tout, en revanche, me permet d’affirmer que si cette procédure est honnête, elle doit être transparente : toutes les filières sélectives doivent afficher, chaque année, le niveau du dernier admis.

Article du on Mercredi, juin 30th, 2010 at 10:57 dans la rubrique Sur le vif. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

7 commentaires “Cagnotte, triche, Domenech, nuit du Fouquets et APB”

  1. Bernard Desclaux dit:

    APB repose sur le mythe de l’évaluation scolaire comme norme sûre. En réclamant sa transparence, vous ne faites que renforcer encore ce mythe de la notation.

    Bernard Desclaux

  2. edavidenkoff dit:

    @Bernard Desclaux. Certes. J’entends. J’ai même déjà écrit là-dessus, ou donné la parole à des experts du sujet. Juste : en attendant que les aléas de l’évaluation scolaire en général et de la notation en particulier soient résolus, ce qui n’est pas pour demain (ces aléas sont connus depuis des décennies et font l’objet d’un consensus très puissant aussi bien chez les enseignants que chez les élèves et les parents), en attendant donc, on pourrait éviter d’ajouter de l’opacité à de l’incertitude :-)

  3. Bernard Desclaux dit:

    Ces fameuses règles dont vous demandez la publication sont très, très, très complexes, et je suis sûr qu’elles ne seront pas compréhensibles par tous mais seulement par quelques uns. De plus les comprendre est une chose, en déduire une stratégie en est une autre.

    Pour avoir travaillé dans une académie de l’ouest parisien, je peux vous dire que les circulaires rectorales d’orientation fin de troisième comportaient une soixantaine de pages, ensuite il y avait un certain nombre de rectificatifs qui se trouvaient être publiés jusqu’au dernier moment.

    L’affectation c’est aussi la gestion des moyens face aux demandes. Elle consiste à trouver la meilleur répartition des élèves et la meilleure occupation des places de formation, celle qui en met le moins sur le carreau comme on dit, et qui laisse vide des places. Pour cela il y a des simulations jusqu’au dernier moment et donc des rectifications de ces fameuses règles de calcul.

    Bernard Desclaux

  4. edavidenkoff dit:

    D’abord merci de participer à cet échange et de l’enrichir.
    Ensuite je vous rappelle que je parle d’APB, et pas d’Affelnet (je précise car vous évoquez l’orientation post-3e). Ceci posé, je ne suggère pas la publication de circulaires de 60 pages (encore que), juste celle du résultat. Il y a bien un résultat, à la fin, après « rectifications » diverses et variées. Pourquoi reste-t-il secret, ce résultat ?
    Les grandes écoles publient bien la moyenne de leur dernier admis, ce qui aide les élèves de prépas à « viser juste ». Elles le font, entre autres, car le nombre de places est limité puisqu’il s’agit de concours. Mais les filières dont je parle ici ont également un nombre de places limité. Y accéder relève donc d’un concours « de facto ». Un concours dont les règles demeurent opaques. Je dis : ce n’est pas républicain.
    (Un autre exemple me vient, celui des universités américaines : les candidats savent qu’une des exigences – pas la seule – pour accéder à telle université sera un score de tant au SAT. C’est transparent. Si vous ne l’avez pas, vous savez qu’il est inutile de tenter votre chance).

  5. Bernard Desclaux dit:

    Sur ces dernières précisions je serais d’accord, mais toujours à la condition que les modalités de l’évaluation soient revues. Si je ne m’abuse, le SAT américain est un questionnaire.

  6. Septime dit:

    Si la Revue Française de Pédagogie qui publie l’article cité est bien éditée par l’INRP, les chercheurs cités ne sont pas membres de cette institution.
    La RFP est le « revue de référence » des sciences de l’éducation françaises

  7. peudenier dit:

    Pas un commentaire, mais plutôt une question au spécialiste dont la réponse devrait intéresser beaucoup de parents:

    Dans le lycée de ma fille, les élèves ont rempli eux-mêmes une partie des notes pour APB. Comment être sûr que mon enfant, que je présume honnête, ne s’est pas vu chiper la place dans la prépa qu’elle convoitait par un autre élève qui, par fraude ou par inadvertance, aurait gonflé d’un point ou deux sa moyenne en maths?

    Merci de votre réponse

    (Je n’arrive pas à trouver sur Internet l’existence d’un dispositif de prévention de la fraude aux inscriptions post-bac et ça m’intrigue)

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