Un peu ironiquement - mais allez résumer 300 pages de socio en 140 signes ! - j’ai twitté à propos du nouveau livre de François Dubet, Marie Duru-Bellat et Antoine Vérétout, qui sort cette semaine (Les sociétés et leur école, Seuil, 2010) : “L’école ne peut pas tout, mais elle peut quand même. Mais pas tout.” Ceci étant, c’est bien la ligne de crête sur laquelle tentent de naviguer les trois chercheurs. Leur hypothèse de travail : en France, on demande trop au système éducatif, notamment en matière de lutte contre les inégalités, sans insister sur le fait que d’autres facteurs pèsent lourd - la structure du marché de l’emploi, ses éventuelles rigidités, le dynamisme de la formation continue, etc. Jusque-là, inutile d’être chercheur pour pressentir la validité de la proposition. L’intérêt du livre est de tenter de mesurer le poids respectifs des différents facteurs (et acteurs), au niveau international, et de chercher des combinaisons récurrentes (par exemple : école très sélective / société très protectrice, etc.) afin d’expliquer pourquoi certains pays semblent faire “mieux” que d’autres.
A l’arrivée, pas de véritable ticket gagnant, mais une conclusion à double tranchant : il faudrait cesser de culpabiliser l’école (et les enseignants), elle est certes en partie responsable, mais certainement pas seule coupable de la persistance des inégalités dans les sociétés les plus riches.
Le truc, c’est qu’une fois dit cela, les auteurs craignent de donner des arguments au camp conservateur. D’où une conclusion sur le mode “point n’est besoin d’espérer pour entreprendre”, ou ”ce n’est pas parce que l’école ne peut pas tout qu’elle ne peut rien”.
Au fond, la tonalité de la rentrée ministérielle ne devrait pas être bien éloignée. Aux rappels de mesures nationales, garantes du mythe de l’égalité républicaine (entendre “mythe” comme récit fondateur, et surtout référence commune et “ensemble de représentations partagées”), à ces rappels donc viendront en écho des myriades d’annonces instaurant ou autorisant des expérimentations ou des écarts à la norme. Un socle commun mais une offre d’options hétérogène. Le souhait de sanctions contre les dérapages verbaux, mais pas d’obligation de l’inscrire dans la future charte de vie scolaire. Sans parler de toutes les mesures, nationales, dont les modalités d’application sont renvoyées au niveau des rectorats ou des établissements (carte scolaire, répartition des postes, gestion de l’accompagnement éducatif, carte des options, etc.).
Une forme de dérégulation, en somme, pointée dans Ecole, les pièges de la concurrence (sous la direction de Sylvain Broccolichi, Choukri Ben Ayed et Danièle Trancart, La Découverte, parution le 9 septembre). Et, comme souvent, un changement de fond qui ne fait l’objet d’aucune formulation de doctrine, alors même qu’il affecte structurellement le fonctionnement du système, bien plus que certaines mesures estampillées “réformes”.
A l’arrivée, un système qui tient - car il tient, quoi qu’on en dise - avant tout sur l’implication des personnels, sur la volonté, au quotidien, de “faire le boulot”, du mieux possible. Façon de renvoyer au terrain qui, là encore, peut se lire comme un hommage (confiance dans les personnels) et/ou comme l’indice d’un cynisme administratif galopant (ils finiront bien par se débrouiller). Et de s’appuyer sur la conviction, largement répandue chez les personnels, que “ce n’est pas parce que les enseignants et les personnels d’éducation ne peuvent pas tout qu’ils ne peuvent rien”.
Sur quoi je vous souhaite une belle rentrée, un peu coupable de ce long silence mais les joies du microblogging dévorent une partie du temps que je consacrais à ce blog. Promis, je vais essayer de faire mieux…








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