Qu’il était beau, mon IUFM

Quand même. Ce lamento, en boucle, sur radios et télé, sites web et journaux, à propos de ces enseignants néo-titulaires plongés dans le grand bain sans formation. Ces cris d’orfraie et d’étonnement : quoi ? dans quel pays vit-on ? envoyer de jeunes enseignants devant des élèves sans leur avoir appris le métier ?

Il faut avoir la mémoire courte.

Je suis né au journalisme éducation au moment de l’ouverture des IUFM et je m’en souviens très bien, ainsi que des années qui ont suivi. Jamais, ja-mais, les critiques, virulentes, ne se sont tues (je le sais, je leur ai donné écho). Jamais la violence inouïe des attaques contemporaines de la création des IUFM (lisez-les ou relisez-les !) ne s’est atténuée. Jamais les plus radicaux pourfendeurs des IUFM n’ont posé les armes pour dire que les choses, imparfaites, pourraient s’améliorer, que tous les IUFM ne se valaient pas, qu’aux excès jargonnants de certains didacticiens répondaient les fines observations de certains pédagogues… et réciproquement. On a, volontairement, sciemment, jeté le bébé avec l’eau du bain, laissant entendre qu’enseigner s’apparente à un virus (ça s’attrape par contagion en regardant faire les grands anciens).

Alors un jour, un ministre qui passait par là mais qui, sur cette question, avait depuis longtemps annoncé la couleur, s’est dit que pas grand-monde ne lui chercherait noise s’il prenait sur la formation des enseignants les 12.000 postes que lui réclamait le ministère des Finances. Il avait raison : aucune manifestation de grande ampleur n’est venue contrecarrer le projet, le débat restant confiné au cercle des spécialistes et des acteurs. Alors le refrain du « Hier c’était mieux » qu’on nous serine en cette rentrée, franchement, faut avoir la mémoire courte.

Moyennant quoi je suis tout aussi ébahi par l’attitude de ceux qui, jouant avec le feu, expliquent que l’année sera catastrophique pour les élèves qui auront affaire à ces nouveaux enseignants. Comme si l’entrée dans le métier s’apparentait, jusqu’en septembre 2009, à un chemin semé de roses. Comme si les enseignants « d’avant » étaient suffisamment formés avant de prendre leur première classe (souvenez-vous de cette anecdote cent fois rapportée par des enseignants : « A l’IUFM, le cours « Réussir sa première heure » a lieu en octobre »). Que ce soit plus dur cette année, j’en suis certain. Qu’on n’aide pas assez les impétrants aussi. Et qu’on ne les aidait pas assez avant. Et qu’on n’aide pas non plus assez les enseignants en poste depuis cinq, quinze ou trente ans, je suis d’accord encore. Mais jouer les parents contre les néo-profs, les élèves contre les néo-profs, en laissant entendre qu’une « catastrophe pédagogique » va s’abattre sur les écoles de France, franchement, il faut oser.

PS Oui, je sais, en tant que tels les IUFM demeurent. J’emploie ici ce sigle pour ce qu’il représente depuis 20 ans dans le débat, pas pour désigner l’entité « IUFM » à qui, en outre, je souhaite bien du courage 🙂

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Article du on mercredi, septembre 1st, 2010 at 18:22 dans la rubrique Sur le vif. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

25 commentaires “Qu’il était beau, mon IUFM”

  1. Bernard Desclaux dit:

    En effet les critiques des IUFM furent particulièrement vivaces, mais aussi parmi les stagiaires eux-mêmes. Les enquêtes, les évaluations que les IUFM faisaient auprès de leurs stagiaires faisaient apparaître les mêmes réponses : ce qui est le plus intéressant et le plus formateur, c’est le travail dans l’établissement auprès des collègues. Ce n’est que plusieurs années après que les enseignants pensaient que ce qu’ils avaient réfléchit durant leur présence à l’IUFM pouvait leurs être utile dans leurs démarches pédagogiques.

    Lorsque l’enseignant français se réfère à l’art ou à l’artisanat, il est normal que le modèle de formation reconnu soit le compagnonnage ou l’apprentissage.

  2. Dominique Momiron dit:

    Je partage complètement votre réflexion sur tous les points.
    J’ai vécu toute la réforme depuis ses premiers pas jusqu’à maintenant. Au début, personne ne comprenait vraiment les enjeux. Le mot « Master » en a fait rêvé plus d’un, de chaque côté du fleuve, dans les IUFM comme dans le camp de leurs contempteurs invétérés.
    Les premiers réveils ont été finalement très tardifs : du côté de l’IUFM quand le Président de la République s’était permis de féliciter son ministre Darcos d’avoir supprimé les IUFM ; du côté des haineux de l’IUFM quand ils ont compris que l’organisation des concours allait compromettre le cursus d’excellence des masters et mettre les aspirants agrégés dans une étrange situation.
    Maintenant, les jeunes lauréats des concours entament leur année de stage dans un climat incroyablement délétère. Nous allons vivre cette année comme une expérimentation hasardeuse dont personne ne souhaite vraiment l’échec complet, qui serait d’abord l’échec des élèves et des jeunes profs.
    Nous sommes tous dans le même bain. Les IUFM flottent encore cette année. Mais pour combien de temps ? Et que se passera-t-il après ? Il faudra bien reconstruire sur ces bases. Mais comment ? Bien malin qui a des idées claires face à cette situation en pleine évolution.

  3. hilde dit:

    Pour avoir passer trop de temps dans cette institution, je fais parti de ces gens qui crachaient sur l’IUFM et son système. Et je ne renie pas mon opinion, les IUFM n’avaient peut être que 10-15H util dans l’année. la formation, la vrai, se faisait en classe, pendant les 6H, encadré par un tuteur qui prenait du temps, et par le fait qu’avec 6H de classe, nous avions le temps de revenir sur nos cours, de chercher à faire mieux.

    Les IUFM devaient fermer, à mon avis. Mais par contre, il fallait les remplacer par un système se basant sur ce qui fonctionnait : le tuteur !

    Avec 18H de classe la première année, il sera impossible pour la majorité de prendre le temps de revenir sur l’heure d’avant pour juger de ce qui à marché, ou pas, d’écouter un tuteur (qui n’est toujours pas nommé pour beaucoup de stagiaire) etc.

    Le ministère n’a entendu que la première parti du message : fermer les IUFM mais n’a pas compris que c’était pour les remplacer par autre chose et ainsi améliorer la formation…

  4. zakhartchouk dit:

    Ce que dit E.D. est juste. Rarement on a assisté à une telle désinformation sur ce qui se faisait en IUFM, montant en épingle quelques faits peut-être aberrants, ne parlant jamais de ce qui marchait , donnant la parole parfois à des aigris (ces livres truqués, reposant sur des faux mémoires professionnels, sur des anecdotes ou des citations de formateurs jamais étayées ou vérifiées). Il est vrai que les gens qui faisaient du bon travail en IUFM n’ont pas compris qu’il fallait monter au créneau pour défendre ce qu’ii y avait de bien. Je pense aussi à la réflexion d’un ex-directeur d’une grande école professionnelle hors éducation nationale qui disait que c’était très habituel d’entendre des étudiants dire du mal de leur école professionnelle mais qu’on n’en parlait que lorsqu’il s’agissait d’IUFM!
    J’ai pour ma part assuré des formations à l’iufm tout en enseignant en mi-temps. Beaucoup de gens sont dans mon cas, et on n’en a parlé, affirmant au contraire que les formateurs étaient coupés du « terrain ». A l’inverse, on a peu parlé de « tuteurs » peu à la hauteur ce qui existait aussi. Un des aspects catastrophiques de la réforme actuelle, peu souligné, sera l’absence de contact collectif entre stagiaires (toujours apprécié dans le passé) et le fait que la petite formation qui va rester sera surtout disciplinaire (aux deux sens du terme: la matière et sans doute la « sécurité ») alors que l’interdisciplinarité et la transversalité (le socle commun) sont à l’ordre du jour (pas au détriment des disciplines, bien au contraire)
    En revanche, je suis bien d’accord: il ne faut pas trop parler de « catastrophe » pour les élèves. RIen de spectaculaire, mais une dégradation certainement des conditions d’enseignement qui enfoncera encore plus l’école française pour sa partie la plus fragile (le chiffre cité par le récente livre de Ben AYed-Broccolichi: le doublement en cinq ans du nombre d’élèves au niveau très bas en lecture, de 4 à 8,5%. Mais ça ne se verra pas de façon spectaculaire, et ça s’aggravera « tranquillement », hélas.
    Mais espérons quand même et limitons le dégat en pensant que certaines choses auront peut-être une fin …
    JM Zakhartchouk

  5. liegeois dit:

    Hilde a peut etre passé trop de temps à l’iufm (ce que je peux comprendre) mais pas assez au CE1 …. vu ses enormes fautes d’orthographe. Je suppose qu’elle est enseignante, ça fait frémir!!
    d’accord pour dire que le niveau Bac+5 n’est pas utile pour enseigner mais le niveau CE1 ce serait quand même un minimum : maitriser les termes simples comme utile ou partie et savoir qu’un verbe se conjugue par exemple ça me semble requis!!!

  6. Laurissergues Michelle dit:

    J’ai été « maitre formateur  » en IUFM. En effet, les IUFM ont toujours été décriés et ont posé problème. Il ne faut pas avoir la mémoire courte.
    Mais il est certain que les problèmes existants déjà risquent d’être amplifiés. Notamment, les moments passés dans des classes avec du temps pour préparer et analyser avec des « tuteurs ». Notamment aussi, l’absence de tutorat réalisé par des formateurs qui ont une approche plus distanciée…
    Qui sont ces enseignants « tuteurs » ?
    Ont-ils en même temps la charge de leur classe? Ont-ils les outils pour aider à analyser? Même si on est excellent pédagogue, peut-on tous être tuteur sans véritable formation et temps pour cela?

    Lorsqu’on arrive dans une classe sans formation, on a tendance à se replier sur son vécu. Est-ce ainsi qu’on peut intégrer les innovations nécessaires?

    Cependant, encore une fois, oui, les enseignants feront de leur mieux, car quoi qu’on en dise, ils ont une éthique et une volonté de faire réussir les enfants, et c’est pour cela qu’encore une fois, les changements seront de l’extérieur, presque invisibles.Et pourtant…

  7. Maule dit:

    Je suis étonné par votre post. D’accord, ils ont été critiqués et ils étaient très critquables, mais il faut insister sur le point essentiel. De jeunes collègues qui n’avaient que quelques heures de cours se retrouvent désormais avec un service complet (18h) . Je dois épauler l’un d’entre eux, et je vois bien qu’il manquera de temps et de recul sur sa pratique pédagogique. Apprendre sur le tas, ce n’est pas mal suaf si onn se dégoûte du métier et si on ne convainc pas les élèves.

  8. vero dit:

    Je suis passée par l’IUFM et j’ai des souvenirs de journée entière d’ennui à écouter de longs discours. Le système était infantilisant avec peu de débat, de prise de parole des stagiaires et d’écoute des enseignants, trop de cours magistraux. Combien d’enseignants arrivaient le matin sans avoir préparé ? J’y repense aujourd’hui en classe et je me dis que peut-être mes élèves éprouvent le même ennui. Il est vrai que certains profs essayaient de nous communiquer une passion tandis que d’autres meublaient. Il y avait de tout mais ce qui nous manquait le plus c’était le terrain, la classe….
    Je ne suis pas retournée en formation continue depuis ma nomination il y a 6 ans, peur de revivre cet ennui….

  9. Jean-Yves dit:

    Je me souviens de mon passage à l’IUFM.
    Ce qu’il m’en reste ?
    Une réflexion profonde sur le fait d’enseigner, sur ce qu’est être un enseignant.
    La connaissance d’une éthique de métier.
    La pratique je l’ai acquise dans les classes, mais pouvait-il en être autrement ?
    Mais qui aurait pu m’apporter cette réflexion nécessaire, essentielle sur mon métier ?
    Ce fut un professeur d’ IUFM. Rien que pour cela je n’ai pu ajouter mes cris à ceux des autres.

  10. Françoise Appy dit:

    Je partage entièrement votre analyse. La mémoire courte est le mal du siècle. Des enseignants envoyés dans les classes sans formation initiale est un « exploit » qui a déjà eu lieu du temps des IUFM, sous la forme du scandale des listes complémentaires : les candidats admissibles sur liste complémentaire étaient chargés de classe dès la rentrée et recevait leur formation à partir de l’année suivante. Dans quel autre métier la formation a-t-elle si peu d’importance qu’on puisse la dispenser un an après l’entrée dans la profession ? Mais à l’époque, qui s’en est soucié ?

    Les IUFM étaient certes critiquables mais il ne fallait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. En tant qu’animatrice d’une association pédagogique pour la PEx, (Pédagogie Explicite), le plus gros reproche que je pourrais leur faire est le manque de pluralisme pédagogique, qui normalement est un préalable à la liberté pédagogique dont doit jouir tout enseignant : comment peut-on exercer cette liberté quand on n’a connaissance que d’un seul courant pédagogique érigé en vérité universelle ? Il fallait réformer les IUFM et non les faire disparaître.

    On entend parler maintenant de tutorat, de compagnonnage, comme si le métier s’apprenait par mimétisme en regardant faire un autre enseignant. Ce qui induit un certain nombre de questions et non des moindres :
    Quels enseignants serviront de modèle ? N’importe quel volontaire (apparemment c’est fort probable) ? Et si l’apprenti a la malchance de tomber sur un enseignant inefficace, qu’apprendra-t-il par mimétisme ? Est-ce à dire que tous les enseignants en poste sont efficaces au point de s’ériger en modèle pour les jeunes ? Et quand bien même ils le seront, leurs prestations suffiront-elles ?

    En gros, cela revient à l’idée malheureusement courante, de réduire l’acte d’enseigner à un certain nombre de recettes que l’on piquerait de ci de là. Toutes choses qui éloignent d’une véritable approche professionnelle. Le but de la formation initiale est de faire de l’enseignant un professionnel, c’est-à-dire une personne responsable du choix des moyens pour amener les élèves à la réussite scolaire. Pour cela, il doit avoir une connaissance nourrie des méthodes pédagogiques et de leurs expérimentations in situ. Ainsi, il sera capable de choisir celle qui convient le mieux à la situation, il pourra adopter l’attitude efficace. L’enseignant est quelqu’un qui doit faire des choix à tout moment; ses choix doivent être éclairés (s’appuyer sur des données probantes) car il doit en rendre compte. La formation par mimétisme montre alors ses limites.

    Mais ce qui me choque le plus dans l’histoire, est la contradiction consistant à déplorer la qualité de l’enseignement et à vouloir en même temps rendre ce métier de moins en moins professionnel, en reproduisant ledit modèle par imitation. Cherchons l’erreur.

    L’association que j’anime (la « 3ème Voie ») me met au contact de jeunes enseignants très demandeurs en terme de formation sur le plan des méthodes pédagogiques efficaces. La plupart sont très inquiets et conscients des limites de la formation qu’ils ont reçue. Cela s’observe aussi sur les blogs d’enseignants dans lesquels ils sont en recherche quasi panique de toutes sortes de ficelles ou conseils propres à les aider. Il est à parier que cette demande va s’accentuer dans les années à venir. Si l’institution ne forme plus, ou forme mal, ils devront s’auto-former, ce qui de toutes façons a déjà plus ou moins commencé.

    Cordialement,

    Françoise Appy

  11. BBGS dit:

    C’est bien de le rappeler, tout le monde a toujours tiré à boulets rouges contre les IUFM …. Et maintenant on pleure le suppression alors qu’ils n’ont jamais été aussi efficaces et que la jeune génération de maîtres formateurs a tout fait pour en supprimer les défauts les plus criants!
    Passée cette année pourquoi le principe du master serait-il pire?

  12. Albufera dit:

    Dans le meilleur des cas, les IUFM étaient des coquilles vides qui hébergeaient des formateurs très heureux de délaisser leur carrière d’ enseignant quand ils n’ étaient pas tout simplement en perdition. Pour un formateur compétent que de gens incompétents! Quelle médiocrité intellectuelle! Dans le pire des cas, il s’ agissait d’ un lieu dans lequel on filtrait par connivence les candidats comme on trille les lentilles, c’ est à dire en se débarrassant de tous ceux qui ne plaisaient pas (pas au niveau du concours mais lors de l’ entrée à l’ IUFM qui détenait les clefs du concours introuvables ailleurs- et de la distribution des fameuses allocations…). Je n’ ai jamais vu un lieu avec autant d’ injustice et de copinage alors qu’ il était censé former des enseignants en charge notamment d’ assurer l’ égalité des chances à leurs élèves. Vive la disparition de l’ IUFM et de ses tristes sires! Plutôt que de prolonger cette fumisterie, il vaut encore mieux faire confiance à l’ intelligence des nouveaux enseignants -ce ne sont pas des idiots: ils savent ouvrir un livre et dialoguer avec leurs ainés- qui feront ce que les anciens ont fait: pratiquer et réfléchir à leur pratique pour devenir de bons enseignants.

  13. JacB dit:

    Inspecteur de l’Education nationale depuis 17 ans, je suis pleinement en accord avec cet article d’E. D.
    Une sorte de légèreté (et sans doute d’irresponsabilité) dans le discours commun des acteurs du système éducatif a apporté de l’eau au moulin des idéologues qui ont condamné de manière incessante les IUFM.

    En formation initiale d’inspecteur en 1993, j’entendais certains collègues en formation, notamment du Second Degré, vociférer contre les tout jeunes IUFM. C’est une vaste fumisterie ! hurlaient-ils en amphi oubliant le plus basique devoir de réserve. Ces collègues n’ont effectivement jamais désarmé. Certains d’entre eux sont d’ailleurs en responsabilité au plus haut niveau du MEN. Ils en appellent à la loyauté des cadres et brandissent la menace de sanctions contre les désobéissants, sanctions qu’ils auraient, selon leur logique contemporaine, méritées à cette époque.

    Dans ce scandale de la réforme de la formation des maîtres, nous observons qu’il n’y a jamais eu de réelle évaluation des résultats de la formation délivrée par les IUFM. Comme E. D. j’ai pu suivre l’évolution de cette formation… mais sur le terrain en tant qu’IEN du Premier Degré.
    Pour ma part, il ne fait pas de doute que cette formation a nettement progressé en qualité au fil des années. Les dispositifs d’alternance, notamment les stages filés, ont apporté un surcroit de performance dans l’acquisition des compétences professionnelles.
    J’ai remarqué surtout que les IUFM avaient permis de faire progresser la culture commune entre les professeurs des écoles et les professeurs de collège. Aujourd’hui où nous sommes entrés dans la nécessaire continuité des apprentissages pour ce bloc unique que constitue l’école et le collège, la disparition des IUFM va progressivement ruiner ces ébauches d’homogénéité dans le regard enseignant.
    Les faiblesses de cette formation tenaient sans doute à un manque de temps pour aller assez loin dans la maîtrise des compétences didactiques. Les formateurs ont souvent pâti eux-mêmes de lacunes dans leurs compétences de formateur.
    S’il y avait eu un point à améliorer au niveau des IUFM, cela aurait consisté à penser une véritable formation de formateurs pour éviter que des professeurs de collège soient investis du jour au lendemain dans une fonction qui nécessite une conversion professionnelle profonde passant par l’acquisition de repères solides pour ce qui concerne la culture et les pratiques de Premier Degré, école maternelle et école élémentaire comprises. Au lieu de cela, nous avons souvent rencontré de jeunes collègues en service partagé, écartelés entre leur mission de formateur et celle de professeurs, collègues souvent confrontés aux railleries des professeurs d’écoles chevronnés venant en formation continue. Ces approximations ont aussi renforcé injustement une certaine image des IUFM.

    Au-delà de ces responsabilités partagées, il faut aussi justement remarquer que la défense des IUFM a été compliquée ces derniers mois. Le projet de réforme longtemps très flou et complexe dans un contexte syndical où l’école est remise en cause de toute part a souvent rendu impossible la conscience des enjeux. La multiplicité des fronts syndicaux n’a évidemment pas facilité les choses…

    Aujourd’hui le mal est fait. La seule vraie question qui vaille est certainement celle d’une alternance politique et du sens d’une autre politique de formation pour les enseignants.

    Il ne sera pas facile de reconstruire sur les ruines des IUFM, notamment pour les structures en cours de disparition dans les départements ruraux où ils apparaissaient comme les derniers appuis pour une formation initiale et continuée. La formation initiale et continuée des enseignants ne se déroule pas qu’à Paris ou dans les très grandes villes.

    Pour répondre à BBGS, passé cette année, le principe du master signifie la centralisation de la formation des maîtres dans le pôle unique universitaire des académies, ce qui peut sans doute se concevoir pour le Second Degré mais qui sera un recul considérable pour le Premier Degré.

  14. Laurence dit:

    Les IUFM étaient discutables : je sais, j’y suis passée, j’en garde un très mauvais souvenir, et je ne pleure pas leur disparition. Par contre, on aurait pu améliorer la formation, garder le principe des stages d’observation avant le passage du concours (salement allégé ces dernières années d’ailleurs…), conserver un vrai tutorat, mais à condition qu’il soit effectué par des profs bénéficiant d’une décharge horaire significative pour avoir suffisamment le temps de s’occuper du stagiaire. Et bien sûr, pas de temps plein dès la première année ! Ça prend tellement de temps, la préparation des cours …

  15. Yves GUGEL dit:

    Toutes les réactions que nous pouvons lire nous montrent que les IUFM, tout comme beaucoup de puissantes institutions, attirent à la fois éloges et critiques. Tout ceci n’est-il pas tout simplement normal ? Il en fut de même avec les Ecoles Normales qui, bien plus encore que les ‘jeunes’ Iufm, représentaient une partie de l’histoire de notre pays.
    Il faut se poser la question de la formation, de l’amélioration de la formation, de l’adaptation de celle-ci au monde contemporain. Former un professeur procède de deux bases fondamentales: un solide bagage disciplinaire (pour le secondaire monovalent en particulier), et une non moins solide formation pédagogique. En parallèle, les jeunes professeurs en formation doivent comprendre ce qu’est un système d’enseignement, ses valeurs (laïcité etc…), son histoire, … les moins jeunes pourraient aussi en avoir besoin !
    A partir de là, il faut exploiter toutes les richesses et l’expérience accumulées au fil des années au sein des Iufm. Pas de progrès sans acquis de l’expérience et des savoir-faire. Or, tout est aujourd’hui brutalement jeté par dessus bord, et les jeunes stagiaires placés en responsabilité à 18h, comme leurs aînés. Où trouver le temps de se rencontrer entre tuteur et stagiaire? Comment réfléchir à sa pratique sans en avoir le temps ? Et, au-delà de l’accompagnement par le tuteur, le ‘nez dans le guidon’, quelle place est laissée à la réflexion sur le métier ? Oui, réflexion, car nous ne sommes pas de simples éxécutants quoiqu’il puisse être dit dans les cercles bien en cour. Un professeur a besoin de temps, c’est une partie de l’essence de notre métier (c’est pour cette raison que nous avons 18h devant élèves). Comment peut-on oser loger nos nouveaux collègues à même enseigne que leurs aînés? J’y vois un grand mépris pour le métier lorsque les comptables se targuent de dire ce qui est bon pour nous et les élèves.
    YG

  16. Gascon Alain dit:

    Maître de conférences de géographie à l’IUFM de Créteil de 1993 à 2005, je puis témoigner de l’hostilité constante de l’inspection et de bien des universitaires et des enseignants de lycées et de collèges à l’encontre des IUFM et de leur « pédagogisme » (sic.). Laxiste pour les uns, élitiste pour les autres, la formation des maîtres a été dénigrée avec la plus grande mauvaise foi, dénigrement complaisamment repris par les médias de droite comme de gauche, hélas. La droite a toujours été opposée à la formation des maîtres (suppression des Écoles normales sous Vichy) et grâce à la complicité-passivité de bien des universités (notamment leurs présidents), elle a réussi son coup. Il lui sera beaucoup facile de supprimer les postes dans le secondaire et dans les Facultés. Désespérant !

  17. Jean Constant dit:

    Je vous adresse ce petit poème satirique, pastiche de vers classique, sur le sujet de la formation des enseignants, des IUFM, et de l’Ecole publique :

    La République, le Prince, et les IUFM

    Pour mieux venir à bout de cette République,
    Il fallait saboter son École publique,
    Démolir ses valeurs héritées des Lumières,
    Et pour y parvenir, la rendre impopulaire.

    Les conseillers du Prince, inspirés par les muses,
    Ont jugé très malin d’attaquer par la ruse.
    Ils l’ont persuadé de s’offrir la gloriole
    De rendre incompétents les maîtres des écoles.

    « Empêchons-les d’abord d’apprendre leur métier.
    Ils deviendront mauvais et l’on va s’en méfier. »
    Disaient-ils en pensant que les parents inquiets
    À l’école privée inscriraient leurs mouflets.

    Libéraux fanatiques, ils voulaient en découdre
    Avec le camp laïque, et le réduire en poudre.
    Quelques républicains, pourtant fort convaincus,
    Firent une alliance avec ces trous du cul.

    Trompés par les discours des faiseurs de ragots,
    Ils avaient en horreur le camp des pédagos,
    Et les IUFM, ces temples du laxisme,
    Des Sciences de l’Éduc et du pédagogisme.

    Bassement motivés par de vieilles rancunes,
    Ressassant sans arrêt d’anciennes infortunes,
    D’autres se sont levés et grossirent les rangs
    Du troupeau bigarré toujours vociférant :

    A bas les pédagos, mort aux IUFM !
    Les hôtes du Palais, reprenant l’anathème,
    Allaient incontinent, par une ruse oblique,
    Porter un rude coup à l’école publique.

    Le Prince dépêcha ses meilleurs courtisans.
    D’abord un Duc du sud, d’un genre suffisant.
    Connaisseur du sérail, il avait la dent dure,
    Et mit l’IUFM en fâcheuse posture.

    En allongeant le temps des études coûteuses,
    Au grand dam des enfants des classes laborieuses,
    Dont les représentants restèrent sans riposte,
    Il économisa quelques milliers de postes.

    Il répandait déjà en d’autres ministères
    Son venin libéral aux effets délétères
    Quand un miraculeux scrutin périgourdin
    L’étendit sur le sol comme un coup de gourdin.

    Quant aux IUFM, une grande Duchesse
    Des universités, assez jolie gonzesse,
    Abandonnant l’idée de les karchériser,
    Entreprit le chantier de les masteriser.

    On espérait ainsi les noyer en douceur,
    Contourner le rempart de leurs vieux défenseurs.
    Le plan a fonctionné pour le second degré
    Qui dans les UFR se vit désintégré.

    Il en fut autrement pour l’école primaire
    Qui n’intéressait pas les universitaires.
    On créa des masters, avec bien des lacunes,
    D’une vraie formation, substituts de fortune.

    Et les IUFM dans l’université
    Survécurent ainsi à tant d’adversité
    En économisant la chaleur animale,
    Comme un lointain reflet des Écoles normales.

    Un marquis de Champagne, un fidèle du Prince,
    Ordonna aux vassaux qui servent en province
    De répandre le bruit que les IUFM,
    Moribonds en sursis, n’étaient plus un problème.

    Mais les étudiants, race fort peu docile,
    Firent fi en riant des rumeurs imbéciles.
    Ils viennent se former dans les nouveaux masters
    Et préparer ainsi leur futur magistère.

    Pire encore, étonnant, les universités,
    Au camp des pédagos, donnent droit de cité.
    Le ver est dans le fruit. Le Prince le sait-il ?
    Saura-t-il l’attirer dans un piège subtil ?

    En aura-t-il le temps avant que l’électeur
    N’étende sur la France un vote protecteur
    En la débarrassant du Prince anti-laïque,
    Et sauve in extremis son École publique ?

    Jean Constant
    2010

  18. Bagdadais dit:

    En tant que stagiaire « néo-titularisé » je regrette de ne pas être arrivé un an plus tard dans le système.

    Je m’explique : rien, sinon 2 ou 3 heures, de toutes les journées passées à l’IUFM, ne m’a été indispensable pour enseigner. Demandez à n’importe quel stagiaire lambda ce qu’il pense de l’IUFM !

    Ceux qui ne sauront toujours pas quoi faire devant leur classe au bout d’un mois devront se demander s’ils voulaient bien faire ce métier. Après les années passées en classe et dans les facs, quelqu’un de responsable et d’inventif, qui sait à vue de nez ce qu’est le métier, ne devrait pas être paumé au point de s’en remettre à la formation IUFM.

    Faites un sondage parmi les titulaires récents, « juste pour voir ».

  19. X dit:

  20. Guillaume D. dit:

    J’étais dans un IUFM comme stagiaires il y a 9 ans. J’en garde un souvenir très contracté.
    Une formation baclée, des relations souvent infantilisantes avec les formateurs mais du temps pour découvrir avec sérénité mon métier et une vraie dynamique de groupe avec les autres stagiaires.
    Pour moi, donc, la condamnation de la réforme ne s’appuie pas principalement sur une défense nostalgique et un bilan tout rose des IUFM mais sur les réalités suivantes :
    1) une réelle dégradation des conditions d’entrée dans le métier : le prof stagiaire passe de 8 heures de cours par semaine (et donc du temps pour penser et préparer ses cours, par exemple) avant réforme, à 18 heures.
    2) une vision rétrograde des métiers de l’éducation : on jette avec l’eau des IUFM, le principe selon lequel enseigner n’est pas un acte anodin qui relève de recettes qu’on pourrait se transmettre par compagnonnage de génération en génération mais bien un est un métier qui nécessite un haut niveau de formation, de conception, de réflexion.

  21. Guillaume D. dit:

    Clic trop rapide :
    stagiaire sans S et « constrasté » plutôt que » contracté ».
    « bien un métier qui » plutôt que « bien un est un »

  22. Georges B. dit:

    ll me semble qu’un des défauts de la critique des IUFM a résidé dans la généralisation. Ainsi Laurence écrit : »Les IUFM étaient discutables, j’y suis passée, j’en garde… ». Mais elle n’est pas la seule, et cela a bien servi nos dirigeants actuels.
    Chacun a son IUFM, chacun a son expérience. La mienne n’est pas si négative , même s’il y eut des aspects moins intéressants que d’autres. Parmi les aspects les plus intéressants et méritant d’être repris, je citerai : 1) le temps de préparer des cours 2) le fait de faire des cours sous le regard bienveillant de tous ses camarades stagiaires et de ses formateurs avec l’échange libre qui s’en suivait , donc l’apprentissage de l’autoévaluation-et savoir qu’on n’est pas le seul à éprouver des difficultés devant une classe et qu’on a droit à l’erreur 3)l’apprentissage de la construction d’une séquence didactique, avec la justification de chaque moment de la progression et donc l’idée d’un contrat à passer avec chaque élève, parce que un élève est bien en droit de savoir ce qu’il va « faire » pendant telle ou telle heure (oui, même en philosophie !) et que l’enseignant ne dispose pas de son temps et de sa vie comme cela !

    Il faudrait citer bien d’autres aspects , comme celui d’avoir le temps de lire…Mais,bientôt, laissera-t-on encore aux enseignants le temps de réfléchir -et de faire réfléchir?

  23. MissBrodie dit:

    Je fais partie de ceux qui qui gardent un très mauvais souvenir de l’IUFM où les cours semblaient totalement divorcés de la réalité du terrain. Pour les comprendre il aurait fallu savoir déjà enseigner et être capable de prendre du recul par rapport à sa pratique. Ce n’était évidemment pas mon cas. En revanche j’ai beaucoup appris avec ma tutrice qui me disait concrètement ce que l’on attendait de moi et en faisait la démonstration en classe. C’est pour cette raison que j’ai accepté d’encadrer un stagiaire malgré les imperfections de la réforme et les pressions des syndicats. Au moins pour une fois on privilégie la pratique plutôt que la théorie!

  24. Gilles Dumas dit:

    J’ai eu le même sort que les nouveaux stagiaires de cette année et cela s’est passé en 1999 et c’était la gauche qui gérait, car j’ai été recruté en l’espace d’une journée pour commencer deux ou trois jours plus tard, j’avais le statut de maître-auxiliaire non garanti de réemploi. Sympa non? Et j’ai commencé à enseigner l’Anglais du jour au lendemain sans manuel, sans magnétophone, quel sentiment de solitude!
    J’ai eu, depuis, la chance d’avoir eu le CAPES, et j’ai bénéficié d’une formation à l’IUFM et je dois admettre que j’ai eu le sentiment en l’espace d’une année d’ apprendre énormément. Je trouve dommage que l’on ne se rappelle que des moments où l’on s’est un peu ennuyé. Mais je dois quand même dire que j’ai vu des stagiaires corriger des copies pendant des interventions sur la scolarisation des élèves handicapés. Edifiant, non?
    De plus j’ai eu le luxe de n’enseigner que six heures par semaine, avoir le temps de réfléchir à sa pratique pédagogique! Quel privilège!
    Voilà! Et tout ça c’est fini, et bien je le regrette, je regrette que les prochaines générations de jeunes professeurs n’aient pas goûté à ce privilège, celui d’avoir le temps de se poser des questions, mais bon la rentabilité de tout ça n’est pas réellement chiffrable.

  25. sylvie dit:

    Mon médecin m’a dit : décidément, vous les enseignants (éducation nationale) vous ne serez jamais comme tout le monde!?
    Il a raison mon bon docteur. la chose était simple pourtant: faire des économies. Comme pour toute entreprise c’est dans le « back ground » que l’on puise en premier car c’est là que cela se voit, se comprend le moins. Quoi de plus nébuleux pour tout public que ce nébuleux sigle IUFM?
    Nous avons passé notre temps à confronter, s’affronter sur nos expériences, nos petits quotidiens, nos éthiques (oui j’en ai entendu plusieurs)et maintenant nous nous auto flagellons: ah si on avait su… alors que c’est qu’un exercice comptable qui continue de se poursuivre sans nous.

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