Retraites et éducation : pour en finir avec 2003 ?

Au ciné ou dans les BD, le gag est rebattu : un type se prend un coup sur la tête et perd la mémoire ; il en prend un second et la retrouve.

En 2003, les enseignants et les personnels d’éducation ont donc pris un gros, très gros, coup sur la tête, à l’issue du mouvement contre les réformes des retraites et de la décentralisation. En « off », plusieurs dirigeants syndicaux confiaient pourtant à l’époque que la sortie de mouvement, négociée par Nicolas Sarkozy appelé à la rescousse d’un binôme ministériel complètement dépassé (Ferry/Darcos), n’avait pas été si mauvaise que cela. Mais ils avouaient d’un même souffle qu’ils craignaient de ne pas réussir à la vendre comme une victoire à leurs troupes. C’est exactement ce qui s’est produit, la décision du gouvernement Raffarin de ne pas négocier le paiement d’une partie des jours de grève, comme il était d’usage sur ces conflits aussi longs, n’ayant rien arrangé.

Depuis, le corps enseignant est atone, et la droite a pu dérouler le programme qu’elle avait annoncé des années durant, notamment lors des discussions sur le budget de l’Education à l’Assemblée nationale : réaliser des économies (ce qu’elle a commencé à faire dès la rentrée 2002 en supprimant MI/SE et aides éducateurs), individualiser les réponses à l’échec, faire la peau à quelques symboles honnis du « pédagogisme » – la méthode globale, les IUFM, l’INRP -, montrer les muscles en matière de lutte contre la violence, etc. La plupart de ces mesures n’ont fait que peu de vagues en dehors du cercle des militants et des colonnes de quelques journaux et sites internet.

Cette atonie en dit long, aussi, sur l’impuissance de la gauche politique ou syndicale à reformuler un projet fédérateur pour l’école, après des années passées à ânonner des slogans aussi confortables idéologiquement qu’inefficaces pragmatiquement – pour le dire vite , je pense ici à tout ce qui a pu consister à refuser des évolutions du système au motif qu’elles engendreraient des maux que chacun savait pourtant que le système antérieur échouait à vaincre (la seule augmentation des moyens n’a pas vaincu l’échec, le maintien d’une égalité formelle de l’offre éducative n’a jamais conduit à une égalité réelle, etc.).

Le mouvement contre la réforme des retraites peut-il changer la donne ? Pour l’heure, rien ne permet de l’affirmer : s’il n’est pas négligeable, le taux de grévistes dans l’éducation n’a rien de spectaculaire jusqu’à présent. Mais cette thématique de la retraite appuie là où les enseignants ont mal : à leur quotidien, à la fatigue accumulée, à l’optimisme érodé par l’empilement de mesures et de « réformes » insuffisamment suivies ou financées, à la solitude pédagogique (revers rarement avoué de la liberté pédagogique), à la multiplication d’expérimentations guère évaluées et jamais généralisées quand bien même leur efficacité semble démontrée, au bougisme de ministres prisonniers d’un temps médiatico-politique toujours plus contraint, à cette « génération Y » passée du zapping à la multiconnection permanente, aux chefs d’établissements et aux cadres intermédiaires qui répercutent avec plus ou moins de bienveillance la pression du résultat qu’ils subissent, aux syndicats qui, confrontés à la décentralisation croissante de la mise en œuvre des politiques éducatives, ne parviennent pas à « renationaliser » les malaises exprimés ici ou là… Dans ces conditions, tenir deux, trois ans de plus, peut sembler une éternité.

De ce terreau pourrait naître, pour la première fois depuis 2003, une mobilisation longue et massive dans l’éducation. A ceci près que, dans la vie réelle, la perspective de prendre un nouveau coup de massue risque fort de doucher les enthousiasmes. Y compris ceux des fans de ciné et de BD.

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Article du on jeudi, octobre 7th, 2010 at 18:45 dans la rubrique 61. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Retraites et éducation : pour en finir avec 2003 ?”

  1. fahd dit:

    nice

  2. Alain Augé dit:

    Pénibilité !!
    Je pense que travailer 40h par semaine est plus pénible que travailler 35 h par semaine. Sur 42 ans, 5 h par semaine représente 6 ans. Par conséquent celui qui travaille 40h par semaine pourrait partir à 56 ans au lieu de 62 ans.
    Je pense aussi que travailler 47 semaines par an est plus pénible que 39 semaines par an.Sur 42 ans 2 mois par an représente 7 ans. Par conséquent, celui qui travaille 39 semaines par an devrait partir à 69 ans au lieu de 62 ans. Pour les enseignants, qui ont fait 5 ans d’études (en plus),on pourait admettre un départ à 64 ans. Mais pas moins!!

  3. bombel dit:

    ce pouvoir va comprendre qu’il a dépassé toutes les limites et se prendre un retour de baton social comme il n’y en a pas eu depuis 68…et nous ne céderons pas: donc il perdra …et il le paiera aux cantonales de mars,aux sénatoriales de septembre,aux législatives et à la présidentielle en 2012…Son compte est bon!
    quand aux usuriers de la vie qui lésine sur la pénibilité du travail à l’Education nationale , qu’ils pataugent dans leurs écuries d’Augias, nous les voyons dasn nos rétroviseurs…cours camarade le nouveau monde est devant toi,et tu n’es pas pret de le rattrapper!

  4. Caro /réseau social dit:

    Le monde des enseignants est également fatigué par les réformes vaines que mettent sur pied les ministres successifs qui veulent laisser leur nom dans l’histoire: vaines parce trop souvent elles mettent « la charrue avant les boeufs » et vaines parce que toujours changeantes et jamsis approfondies.Nous passons notre temps à démarrer des nouveaux projets dans lesquels nous gaspillons notre énergie et qui de toutes façons seront remplacés par d’autres avant que nos efforts aient porté leurs fruits.

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