Palmarès des universités : «colère et découragement» des facs

Voici le courrier cinglant que le conseil d’administration de Resosup, le réseau qui fédère les observatoires de l’Enseignement supérieur, vient d’adresser à Patrick Hetzel (Dgesip), suite à la publication du « palmarès des universités » dans le Fig Mag.

« Monsieur le Directeur Général,

Je voulais vous faire part de la consternation et de l’indignation de mes collègues des observatoires universitaires quand ils ont pris connaissance du « premier palmarès des universités », titre accrocheur de l’interview exclusive de Madame la Ministre au Figaro Magazine daté du 16 octobre.

Deux ans d’efforts, de travail et de concertation pour porter un tel message au grand public : on peut enfin faire un classement des universités !

Mais quelle validité peut avoir ce classement quand on sait que seules 68 universités sur 83 sont prises en compte et que ce ne sont pas les moins réputées qui manquent ?

Quelle signification peut avoir ce classement déterminé – on ne sait par quelle méthodologie – au dixième de point (on « gagne » 10 places en demi point !) ?

Quelle fiabilité accorder à un classement ne concernant qu’une partie des diplômés et qui apparemment ne tient compte ni du taux de réponse ni de la réalité régionale du marché du travail ?

Quelle confiance accorderont les opérateurs que nous sommes à une administration qui passe outre ses engagements ?

Le 16 septembre, lors de la réunion que vous aviez convoquée, il avait été clairement annoncé par vos services que les Présidents et les observatoires seraient informés du contenu de la publication ministérielle (ce qui n’était qu’un rappel de l’article 4 de la convention signée entre vous-même et les différents présidents) mais c’est en écoutant les informations à la radio que nous l’avons été !

Que dire du sérieux et de l’investissement des collègues aussi bien dans le groupe de travail amont animé par vos services que dans chaque université pour mettre en place cette opération d’envergure face à 3 pages d’imprécisions : confusion entre un « pourcentage de diplômés au bout de 30 mois » (1er tableau) et un taux d’insertion (les autres tableaux), des taux d’insertion qui miraculeusement atteignent 100 %, des universités scientifiques mieux classées dans la rubrique « Droit, Economie, Gestion » que leur correspondante locale et des universités de Droit, Economie, Gestion  en tête dans la catégorie « Sciences, Techniques et Santé », une focalisation sur certains secteurs pour lesquels les données brutes peuvent être trompeuses (les acteurs de terrain ont depuis longtemps analysé que les « bons » résultats de psychologie cachent souvent un travail morcelé et atomisé) !

Dans ce contexte, vous comprendrez le découragement et la colère de nos collègues qui se retrouvent face à une nouvelle campagne d’interrogation qui leur semble déjà une mission bien vaine, d’autant qu’ils savent que celle-ci n’apportera que peu d’informations nouvelles à leur établissement. Il est évident que la coopération que notre réseau avait pu créer avec vos services s’en trouve aussi bien compromise.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de notre considération distinguée. »

Update à 18h30, avec le commentaire du ministère sur ces critiques, recueilli par Camille Stromboni  :

Rappelant tout d’abord que cette enquête est un outil de pilotage très utile, le ministère de l’Enseignement supérieur reconnait qu’il y a « évidemment » des axes de progression possibles, sur lesquels il va réfléchir avec les universités. Il glisse au passage que les indicateurs et la méthodologie choisis ont été travaillés pendant un an avec le CEREQ (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) et la CPU (Conférence des présidents d’universités).

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Article du on mardi, octobre 19th, 2010 at 10:44 dans la rubrique 61. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Palmarès des universités : «colère et découragement» des facs”

  1. Nicolas dit:

    ce n’est pas l’Etudiant qui ferait ça !!! Oh non.

  2. pdubois dit:

    Resosup commence à tenir tête à la DGESIP. Bravo ! Lien fait vers votre chronique sur mon blog dans la chronique « Insertion. Révolte des observatoires » http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/10/19/insertion-revolte-des-observatoires/
    Cordialement

  3. Boudier dit:

    Quelques commentaires sur la « réaction » du MESR :
    Le ministère parle DES indicateurs, l’article du Figaro se fonde sur UN SEUL indicateur.
    Quand au groupe de travail évoqué avec le Céreq et la CPU, nous y avons participé en tant qu’experts pendant plus d’un an et donc ce qui est en cause dans notre communiqué (téléchargeable sur notre site), ce n’est pas une méthodologie, c’est la réduction à un hit parade, via un indicateur brut qui ne tient absolument pas compte de la complexité du réel, des résultats d’une enquête lourde que les observatoires ont mené à bien dans leurs universités.

    Marc Boudier
    Président de RESOSUP

  4. Pardi dit:

    Le plus extraordinaire, c’est que l’excellent Figaro mesure avec ses excellents instruments de mesure, l’excellence des universités d’excellence découlant de l’excellence de l’excellente loi LRU…

    … à partir de résultats nécessairement antérieurs à la loi LRU!!!!

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