le Blog d'Emmanuel Davidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff Tue, 07 Dec 2010 17:52:23 +0000 http://wordpress.org/?v=2.6.3 en Pisa 2009 : la claque http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/12/07/pisa-2009-la-claque/ http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/12/07/pisa-2009-la-claque/#comments Tue, 07 Dec 2010 17:52:23 +0000 edavidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/?p=500 La photographie de l’école française qu’offre Pisa 2009 est inquiétante. Mais le film que raconte la comparaison entre la première enquête Pisa, il y a dix ans, et cette enquête 2009 est dramatique. On savait en effet déjà que notre école fait payer la réussite d’une petite élite par l’exclusion d’une large fraction, qu’elle reproduit les inégalités sociales, qu’elle se situe dans le ventre mou du classement des pays comparables. Les politiques menées ces dix dernières années se sont révélées impuissantes à renverser la vapeur. C’est cette séquence qui doit interroger, car ces politiques ont souvent été mises en œuvre au nom de Pisa, mais sans suivre les préconisations qu’on peut tirer de Pisa : mieux former enseignants et chefs d’établissements, mieux réguler la carte scolaire, aider massivement les élèves qui trébuchent au moment où ils trébuchent, donner plus d’autonomie au local en échange d’une vraie évaluation contrôlée par le national, etc. A quand un « Pisa choc » en France ?

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Lycéens bloqueurs à Paris, « des bourgeois abonnés à Acadomia » ? http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/21/lyceens-bloqueurs-a-paris-%c2%ab-des-bourgeois-abonnes-a-acadomia-%c2%bb/ http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/21/lyceens-bloqueurs-a-paris-%c2%ab-des-bourgeois-abonnes-a-acadomia-%c2%bb/#comments Thu, 21 Oct 2010 10:02:43 +0000 edavidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/?p=489

Reçu hier ce témoignage d’une mère de lycéen, rapportant ce que son fils, élève dans un établissement de l’est parisien, lui avait dit :
“- Des bloqueurs disent ouvertement en se marrant qu’ils font grève pour le fun, pour sécher les cours.
-Parmi les non bloqueurs “des rebeus et des rabsas de ma classe, qui disent qu’ils ne veulent pas faire grève parce que leurs familles comptent sur eux pour réussir. Ils seront les premiers de la famille à avoir le bac. Ils disent que les bloqueurs sont avant tout des bourgeois à qui leurs parents paieront des cours chez Acadomia après la grève pour rattraper les cours, contrairement à eux car leurs parents n’ont pas les moyens.”
-Autres réflexion de non bloqueur: “Je ne vais pas me mobiliser alors que je serais à la retraite dans 50 ans seulement ! A cette époque, le marché du travail, les métiers, la vie professionnelle auront tellement changé que ça n’a rien à voir avec aujourd’hui.
-Sur la grève par solidarité: “et eux les vieux, ils sont solidaires de nous habituellement?”
-Sur le principe du blocage: On ne sait pas comment ça se décide. Il n’y a pas d’AG, pas de vote. Des élèves se mettent devant la porte et disent: tu ne passes pas.”

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Les pairs contre les pères http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/20/les-pairs-contre-les-peres/ http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/20/les-pairs-contre-les-peres/#comments Wed, 20 Oct 2010 13:35:37 +0000 edavidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/?p=483

En cette période d’effervescence de la jeunesse, lire ou relire Hannah Arendt quand elle écrit : «Affranchi de l’autorité des adultes, l’enfant n’a donc pas été libéré, mais soumis à une autorité bien plus effrayante et vraiment tyrannique : la tyrannie de la majorité [cf, au passage, Cultures lycéennes, l’essai de Dominique Pasquier (Autrement, 2005), qui avait emprunté cette expression pour son sous-titre]. En tout cas, il en résulte que les enfants ont été pour ainsi dire bannis du monde des adultes. Ils sont soit livrés à eux-mêmes, soit livrés à la tyrannie de leur groupe, contre lequel, du fait de sa supériorité numérique, ils ne peuvent se révolter, avec lequel, étant enfants, ils ne peuvent discuter, et duquel ils ne peuvent s’échapper pour aucun autre monde, car le monde des adultes leur est fermé. Les enfants ont tendance à réagir à cette contrainte soit par le conformisme, soit par la délinquance juvénile, et souvent par un mélange de deux ».

Relisant ces mots, et les reliant à l’actualité, je ne pense pas tant au rapport à l’autorité « ordre public », au fait qu’il est mal de casser et de brûler, de cogner et de dépouiller ; je pense plus aux figures de l’autorité, à celle du père, autorité qui borne, sanctionne et (mais…) protège. Je ne pense pas tant aux jeunes qui grandissent dans des environnements en rupture avec l’ordre commun (cf, entre autres, l’essai de Luc Bronner chez Calmann Lévy, La loi du ghetto), je pense aussi à tous ces adolescents, notamment les garçons, issus de milieux qui, en principe, ont « tout » pour tisser un lien relativement confiant avec la société et l’avenir (« tout » entre guillemets car, évidemment, je sais que ce « tout » est difficile à définir et possiblement illusoire ; disons quand même : une sécurité matérielle, affective, des modèles, de l’accès à l’information, de la capacité à décoder les pièges de l’orientation…), tous ces ados qui ne semblent en rien défavorisés que je vois partir en roue libre et carboniser l’héritage qu’ils ont eu la chance de trouver dans leur berceau, pas à la façon dont leurs pères, justement, avaient pu se rebeller (cf par exemple l’analyse de Virginie Linhart sur les parents «68ards ») , mais en brûlant vraiment certains vaisseaux, notamment scolaires, sans pressentir, à défaut de le mesurer, que certaines « chances » ne se présentant pas indéfiniment. Dans les exemples qui me viennent à l’esprit, pas de fantasme post 68ard, pas de laxisme ou de laisser-aller – pour autant que je puisse en juger. Mais un rapport totalement dégradé à l’autorité du père – entendu ici pas seulement au sens biologique, je parle aussi de l’enseignant, du juge, du policier, du pompier, du médecin, du responsable public, etc.

Dans le même temps, via la diffusion des réseaux sociaux, ahurissante montée en puissance du pouvoir des pairs sur la vie des ados (et l’adolescence peut durer…), prégnance des phénomènes de « popularité », poids terrorisant du « like / unlike », épée de Damoclès du « unfollow », violence symbolique du « ignore »… Bien sûr les phénomènes de bande ont toujours existé, le regroupement entre pairs, par affinités culturelles, sociales, locales, etc. Mais là, extension et généralisation, mondiale, du phénomène, avec affichage public sur la toile, et sans aucune garantie de « droit à l’oubli » pour la suite des événements. Tout cela, me semble-t-il, est bien lourd à porter pour des épaules de 14 ou 15 ans.

Si les pairs enfoncent les pères, d’où viendra le liant social minimal, dès lors que le quartier ou la ville, l’école ou le collège, toujours plus ghettoïsés, tiennent de moins en moins ce rôle, déjà abandonné par les églises, les partis et les syndicats (où sont leurs jeunes ?), l’armée -tout ceci dit sur le ton du constat, sans nostalgie bigote ou militariste ? Où se fera, malgré tout, le lien avec le collectif, le lien avec la loi ?

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Palmarès des universités : «colère et découragement» des facs http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/19/palmares-des-universites-%c2%abcolere-et-decouragement%c2%bb-des-facs/ http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/19/palmares-des-universites-%c2%abcolere-et-decouragement%c2%bb-des-facs/#comments Tue, 19 Oct 2010 08:44:29 +0000 edavidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/?p=474

Voici le courrier cinglant que le conseil d’administration de Resosup, le réseau qui fédère les observatoires de l’Enseignement supérieur, vient d’adresser à Patrick Hetzel (Dgesip), suite à la publication du « palmarès des universités » dans le Fig Mag.

« Monsieur le Directeur Général,

Je voulais vous faire part de la consternation et de l’indignation de mes collègues des observatoires universitaires quand ils ont pris connaissance du « premier palmarès des universités », titre accrocheur de l’interview exclusive de Madame la Ministre au Figaro Magazine daté du 16 octobre.

Deux ans d’efforts, de travail et de concertation pour porter un tel message au grand public : on peut enfin faire un classement des universités !

Mais quelle validité peut avoir ce classement quand on sait que seules 68 universités sur 83 sont prises en compte et que ce ne sont pas les moins réputées qui manquent ?

Quelle signification peut avoir ce classement déterminé – on ne sait par quelle méthodologie – au dixième de point (on « gagne » 10 places en demi point !) ?

Quelle fiabilité accorder à un classement ne concernant qu’une partie des diplômés et qui apparemment ne tient compte ni du taux de réponse ni de la réalité régionale du marché du travail ?

Quelle confiance accorderont les opérateurs que nous sommes à une administration qui passe outre ses engagements ?

Le 16 septembre, lors de la réunion que vous aviez convoquée, il avait été clairement annoncé par vos services que les Présidents et les observatoires seraient informés du contenu de la publication ministérielle (ce qui n’était qu’un rappel de l’article 4 de la convention signée entre vous-même et les différents présidents) mais c’est en écoutant les informations à la radio que nous l’avons été !

Que dire du sérieux et de l’investissement des collègues aussi bien dans le groupe de travail amont animé par vos services que dans chaque université pour mettre en place cette opération d’envergure face à 3 pages d’imprécisions : confusion entre un « pourcentage de diplômés au bout de 30 mois » (1er tableau) et un taux d’insertion (les autres tableaux), des taux d’insertion qui miraculeusement atteignent 100 %, des universités scientifiques mieux classées dans la rubrique « Droit, Economie, Gestion » que leur correspondante locale et des universités de Droit, Economie, Gestion  en tête dans la catégorie « Sciences, Techniques et Santé », une focalisation sur certains secteurs pour lesquels les données brutes peuvent être trompeuses (les acteurs de terrain ont depuis longtemps analysé que les « bons » résultats de psychologie cachent souvent un travail morcelé et atomisé) !

Dans ce contexte, vous comprendrez le découragement et la colère de nos collègues qui se retrouvent face à une nouvelle campagne d’interrogation qui leur semble déjà une mission bien vaine, d’autant qu’ils savent que celle-ci n’apportera que peu d’informations nouvelles à leur établissement. Il est évident que la coopération que notre réseau avait pu créer avec vos services s’en trouve aussi bien compromise.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de notre considération distinguée. »

Update à 18h30, avec le commentaire du ministère sur ces critiques, recueilli par Camille Stromboni  :

Rappelant tout d’abord que cette enquête est un outil de pilotage très utile, le ministère de l’Enseignement supérieur reconnait qu’il y a « évidemment » des axes de progression possibles, sur lesquels il va réfléchir avec les universités. Il glisse au passage que les indicateurs et la méthodologie choisis ont été travaillés pendant un an avec le CEREQ (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) et la CPU (Conférence des présidents d’universités).

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«Comment j’ai été instrumentalisé par Julien Dray» http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/17/%c2%ab-comment-j%e2%80%99ai-ete-instrumentalise-par-julien-dray-%c2%bb/ http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/17/%c2%ab-comment-j%e2%80%99ai-ete-instrumentalise-par-julien-dray-%c2%bb/#comments Sun, 17 Oct 2010 18:00:34 +0000 edavidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/?p=461

C’était il y a 20 ans jour pour jour : un vaste mouvement lycéen embrasait l’hexagone. Dans l’ombre, un député PS tirait les ficelles : Julien Dray. Comment ? Voici le récit de Nasser Ramdane-Ferradj, aujourd’hui maire adjoint PS de Noisy-le-Sec. Agé de 18 ans à l’époque, il avait été propulsé à la tête du mouvement en tant que vice président de la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne).

« Le mouvement de 1990 a commencé à Saint-Ouen, au lycée Auguste Blanqui, après le viol collectif d’une élève de 15 ans. Très vite, des dizaines de lycées du 93 se mettent en grève. Militant à SOS Racisme depuis deux ans, je me précipite sur mon téléphone pour appeler Malek Boutih dès que le mouvement arrive dans mon lycée. Il m’écoute et me demande de le rappeler dix minutes plus tard. Je le fais. Il me dit juste : « Nasser, tu dois mettre en grève un maximum de lycées ». J’étais devenu sans le savoir le bras armé de Julien Dray dans sa guerre contre Lionel Jospin et Michel Rocard. Ce dernier n’avait pas pris Julien dans son gouvernement, et Julien était persuadé que la faute en revenait à Lionel. Le tout sur fond de guerre des courants au PS, quelques mois après le congrès de Rennes… Autant vous dire que tous ces enjeux m’échappaient assez largement. Comme militant, je n’ignorais pas qu’il y avait des batailles d’appareil. Mais je n’avais aucune vision du tableau d’ensemble.

En bon militant, je fais donc le tour des lycées des environs pour les mettre en grève et, en fin de journée, je me rends dans les locaux de SOS Racisme. Il y a là un certain nombre de militants de SOS comme Malek Boutih et Harlem Désir, quelques anciens du mouvement de décembre 86 contre la loi Devaquet, et Julien, que je connais à peine. Il décide pourtant : “Nasser sera le porte-parole de ce mouvement.”

Au soir de la première manif parisienne, mon boulot consiste donc à me glisser dans la délégation qui doit être reçue par Lionel Jospin, alors ministre de l’Education nationale. Aidé par les militants de SOS, j’y parviens sans trop de difficultés. Là, surprise, à peine ai-je pris la parole que Jospin me coupe : « Vous, je sais que vous êtes là pour une raison particulière ». Il n’en dit pas plus mais le message est clair : il n’est pas dupe et me voit avant tout comme l’homme de Julien, ce qui, d’ailleurs, me vexe un peu ! A la sortie du ministère je vais au devant des micros et j’appelle tous les lycéens à se mettre en mouvement. Et c’est ce qui se passe.

On monte une première coordination, puis une seconde quand les Jeunesses communistes prennent le pouvoir dans la première. Avant chaque réunion, avant chaque manifestations, Julien me briefe, m’indique quel doit être le rythme des manifs, quels slogans mettre en avant… Il m’apprend tout : que c’est celui qui donne les dates des manifs qui est le patron du mouvement, qu’on ne peut pas contenir un mouvement lycéen mais seulement l’accompagner et l’amplifier… Pendant les réunions des coordinations, Malek Boutih est dans un café et rend compte quasiment en temps réel à Julien à partir d’une cabine téléphonique – il n’y avait pas de portables à l’époque ! Tout cela a donné lieu à des scènes cocasses, notamment le jour où Malek a cherché à me joindre en pleine négociation au ministère en montant un bateau. On glisse un papier à Jospin qui me dit, narquois : « Monsieur Ramdane, il y a quelqu’un de votre famille qui cherche à vous joindre à propos d’un souci de santé ; je pense que c’est Malek Boutih ». Evidemment, tout du long, Julien et moi faisons semblant de ne pas nous connaître. Nous nous saluons à peine sur les plateaux de télé. Et quand les médias m’interrogent je soutiens que je ne l’ai croisé qu’une ou deux fois lors des concerts de SOS Racisme.

Pendant ce temps, Julien est en relation permanente avec l’Elysée, via Jean-Louis Bianco et Isabelle Thomas mais aussi directement avec François Mitterrand. C’est Julien qui m’annonce que la coordination va être reçue par le Président, c’est lui aussi qui me fait apprendre par cœur la phrase que je dois répéter à la sortie : « Le président de la République a entendu nos revendications ; c’est maintenant au gouvernement Rocard de prendre ses responsabilités ». Je l’ai fait, et cette phrase a marqué la défaite de Jospin, la victoire du mouvement, et celle de Julien - même si Jospin a aussitôt publié un communiqué disant “Nasser Ramdane n’est pas le porte-parole de l’Elysée” !

Je pense que Julien a tenu les mouvements lycéens et étudiants jusqu’à la fin des années 1990, jusqu’à l’éclatement de son courant au PS. Depuis, personne n’a pris le relais de la même façon que lui, ne serait -ce qu’à cause des évolutions technologiques : le SMS illimité et les réseaux sociaux sont désormais plus forts que les coordinations pour appeler à une manif ou à une AG. Et puis les lycéens disposent aujourd’hui, grâce au mouvement de 1990, d’un cadre démocratique qui n’existait pas : ils peuvent se réunir, ils ont des élus notamment dans les Conseils de la vie lycéenne. De mon temps, on se réunissait clandestinement.

Aujourd’hui ? Les liens existent toujours entre les partis et les organisations lycéennes. Et même si j’ai été instrumentalisé, je persiste à penser que c’est une bonne chose : quand vous êtes lycéen et que vous vous retrouvez à la tête d’un mouvement, vous avez besoin de conseils, de formation, de contacts pour étoffer un service d’ordre…

En tout cas, si j’étais Luc Chatel, je me dépêcherais de recevoir les lycéens pour commencer à chercher une sortie de crise : depuis 20 ans, les gouvernements ont toujours reculé face aux lycéens, pour la simple raison qu’il n’existe qu’une seule façon de mettre un terme à un mouvement lycéen : céder à ses revendications. En plus, le contexte a changé. En 1990, les débordements violents se faisaient contre les biens – il y avait notamment eu la casse du magasin C&A de Montparnasse pendant le mouvement. Mais depuis 2005, la violence s’exerce aussi contre les personnes. Sur cette question, les intérêts des lycéens et ceux du gouvernement convergent : personne ne veut d’un mort dans les manifs.

Ce qui me reste de 1990 ? De l’amitié pour Julien Dray, qui m’a beaucoup appris, et qui m’a permis de rencontrer François Mitterand ! Du respect pour Harlem Désir, qui se tenait un peu en retrait et qui a tenté, pendant et après le mouvement, de me protéger un peu de l’instrumentalisation dont j’étais l’objet. De l’admiration pour Lionel Jospin, dont je ne mesurais pas à l’époque qu’il était un bon ministre de l’Education nationale. Et un regret : que le mouvement lycéen soit désormais scindé entre la FIDL et l’UNL, qui se tirent la bourre. Franchement, on n’imaginait pas ça quand on négociait les droits des lycéens en 1990. Vivement une réunification ! »

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Evidemment, le gouvernement n’ignore rien de ces risques, et sa dénonciation de « l’irresponsabilité » de ceux qui appellent les jeunes à manifester exprime la crainte de débordements violents. Elle est largement partagée par les syndicats comme l’avait admis, entre les lignes, François Chérèque (CFDT) dès le mois de septembre : « Les jeunes ont leur place dans les manifestations (…) De là à appeler les lycéens à manifester, ce serait l’arme du faible ; c’est une responsabilité de leader syndical que je ne veux pas prendre » (tiens, tiens, déjà ce mot : « responsabilité »). Ségolène Royal, pour sa part, a invité les jeunes à « descendre dans la rue mais de façon très pacifique » et s’en est expliquée ce matin : « J’ai dit que s’ils redescendaient dans la rue, il fallait qu’ils le fassent très calmement parce que le pouvoir va exploiter le moindre incident pour décrédibiliser ce mouvement ».
Pour autant, la politologue Anne Muxel (Cevipof) a-t-elle raison d’affirmer que « plutôt que de qualifier les jeunes manifestants d’irresponsables et de manipulés, il serait peut-être plus habile de dire que l’on entend leurs inquiétudes » ? Pas totalement. A moins de lever le non-dit portant sur la définition de la jeunesse, sur les fractures qui la parcourent, sur les rivalités plus ou moins explicites qui la déchirent (cf à ce propos le débat politiquement incorrect inauguré dès 2005 par Luc Bronner, du Monde, sur le « racisme anti-blanc » qu’il avait constaté dans la fameuse manifestation du 8 mars).
Dit autrement : les violences qui ont contribué à faire reculer le gouvernement sur la réforme du bac en 2005 n’étaient pas forcément celles des lycéens les plus concernés par le texte, de même que celles qui ont émaillé les manifestations contre le CPE en 2006 n’émanaient pas forcément des étudiants. Elles venaient pourtant d’une partie de cette « jeunesse » que l’on désigne commodément au singulier pour éviter d’en souligner les singularités. Lesquelles sont le produit de l’impuissance des gouvernements successifs à offrir non tant un avenir digne qu’un avenir tout court à des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes.
C’est ce débat que pourrait, que devrait, faire émerger l’irruption des jeunes sur la scène des manifestation contre la réforme des retraites, et je parle bien ici de tous les jeunes, aussi bien ceux qui expriment leur inquiétude dans les formes « pacifiques » souhaitées par Ségolène Royal que ceux qui recourent à la violence. Ne pas traiter cette question de l’exclusion de toute une frange de la jeunesse, ne pas évoquer le sort de ceux pour qui le problème n’est pas de travailler jusqu’à 62 ou 65 ans mais pour qui le seul accès à un travail semble improbable, comporte un risque délétère : se réveiller, comme en 2005, dans un pays soumis à l’état d’urgence suite à une nouvelle flambée de violence dans certains quartiers – rappelons que la « révolte des banlieues » était survenue quelques mois après le mouvement lycéen de 2005 (et les violences du 8 mars). Faudra-t-il, une fois encore, en arriver là pour que la situation de cette jeunesse fasse l’objet d’une attention politique qui dépasse l’annonce de « plans d’urgence » aussi vite élaborés qu’abandonnés ? Ce serait pour le moins… “irresponsable”.

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Retraites et mobilisation des jeunes : qui est “irresponsable” ? http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/12/retraites-et-mobilisation-des-jeunes-qui-est-irresponsable/ http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/12/retraites-et-mobilisation-des-jeunes-qui-est-irresponsable/#comments Tue, 12 Oct 2010 09:09:29 +0000 edavidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/?p=436

« Irresponsable ». A n’en pas douter, c’est un des mots-clés des « éléments de langage » que les ministres sont censés marteler en réponse au début de mobilisation des jeunes dans le mouvement contre la réforme des retraites. Lancé par Raymond Soubie – autant dire par Nicolas Sarkozy -, le mot a été repris en chœur par Luc Chatel ou Eric Woerth

Qui est « irresponsable » ? Les mouvements soupçonnés, probablement avec quelque fondement, d’attiser la colère des lycéens et des étudiants. S’il n’y a pas de large mobilisation sans raisons (sociales, économiques, politiques…), il n’y a pas non plus de large mobilisation sans impulsion syndicale et/ou politique – la jeunesse ne déroge pas à cette règle. Dont acte.

Le paradoxe de la situation, c’est que les gouvernements successifs sont les premiers à déplorer la faible représentativité de ces mêmes mouvements lorsqu’il s’agit de trouver des interlocuteurs pour négocier une sortie de crise. Le syndicalisme étudiant demeure marginal, avec des taux de participation aux élections oscillant entre 5% et 10% dans le meilleur des cas. Quant au syndicalisme lycéen, il souffre de l’extrême atomisation des établissements, et court sans cesse le risque de la coupure entre ses élus nationaux et le « peuple lycéen ».

Veut-on réellement de mouvements « responsables » et d’une jeunesse qui le serait également ? Alors il faut donner une réalité quotidienne à la démocratie lycéenne et étudiante, permettre aux jeunes de peser sur des choix qui impactent leur vie quotidienne, lâcher une parcelle de pouvoir.

Ce pouvoir, les lycéens ne le demandent pas sur le terrain des programmes. Toutes les consultations lycéennes, de la « Morin-Meirieu » de 1998 à la « Descoings » de 2009, le confirment : ils font confiance aux enseignants pour décider de ce qu’ils sont censés apprendre. Les étudiants sont sur la même ligne. Ils réclament en revanche une possibilité d’expression sur leur vie quotidienne, sur les conditions d’un « vivre ensemble » pris entre les rigueurs des règlements intérieurs et le prêchi-prêcha du citoyen idéal tel qu’on le trouve dans certains manuels d’ECJS (Education civique, juridique et sociale).

Cette liberté-là, régulièrement promise et jamais réellement accordée, manque cruellement, et les gouvernements successifs en paient le prix à chaque fois qu’une partie de la jeunesse descend dans la rue. Cela continuera tant que les lycées et, dans une moindre mesure, les universités ne s’organiseront pas pour être de véritables lieux d’apprentissage de la démocratie.

En accusant « d’irresponsabilité » ceux qui tentent de mobiliser les jeunes, le gouvernement induit en outre que la question des retraites serait une affaire « d’adultes », voire de « vieux ». Alors même que plusieurs ministres s’échinent à convaincre que la réforme est faite « pour les jeunes », Nadine Morano a exprimé le non-dit, en s’interrogeant en ces termes : « Comment peut-on dire que des lycéens [sont] concernés par cette réforme des retraites qui a une échéance en 2018 ».

Or la question de l’emploi (indissociable de celle des retraites) est la seule qui, depuis quinze ans, mobilise massivement les jeunes. Du Smic Jeunes au CPE, les grands mouvements de jeunesse ont porté sur les conditions d’entrée dans la vie active, tandis que les mobilisations étudiantes ou lycéennes sur les questions de formation demeuraient nettement plus modestes (quand bien même elles ont montré leur efficacité, cf Nicolas Sarkozy retirant la première mouture d’une réforme du lycée ayant mis quelques dizaines de milliers de jeunes dans la rue, à l’instar d’un Jacques Chirac enterrant l’accroissement de l’autonomie des universités face à quelques milliers d’étudiants).

Les jeunes ne sont pas fous : ils savent que leurs conditions d’entrée dans la vie active risquent d’être ardues et précaires. Les mouvements de jeunesse ne sont pas fous : privés de marges d’influence au quotidien, ils se rattrapent quand l’actualité sociale ou politique leur en offre la possibilité. Si « irresponsabilité » il y a, elle est donc à tout le moins partagée avec les gouvernements qui, de droite comme de gauche, n’ont jamais su instaurer les réelles conditions d’une démocratie lycéenne et étudiante, ni impulser les politiques de jeunesse pourtant promises, main sur le cœur, après chaque grand mouvement.

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Tête à claques http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/08/tete-a-claque/ http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/08/tete-a-claque/#comments Fri, 08 Oct 2010 08:32:53 +0000 edavidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/?p=427

Luc Ferry me tient pour un mauvais journaliste. Il n’est sans doute pas le seul mais lui le fait savoir, régulièrement, en public comme en privé (désolé, Luc, de temps en temps, ça continue à fuiter dans votre entourage). La dernière fois, c’était mardi sur le plateau de Guillaume Durand et Luc Ferry est passé du stade de l’invective à celui de la menace. Mêlant allègrement sources et époques, il a lancé que les journalistes coupables d’erreur méritaient « des claques », assertion qui suscita une enthousiaste ovation du public que Guillaume Durand, qui annonça en 1988 sur feu La 5 avoir « des assurances selon lesquelles Pauline Lafont est vivante », alors qu’elle était morte, ne fit rien pour endiguer.

Puis l’ancien ministre illustra son propos en citant comme modèle de probité Le Point de Claude Imbert, qui à en croire le philosophe virait les journalistes coupables de s’être trompés. L’exemple est cocasse, venant une semaine après que l’hebdomadaire, qui s’ouvre toujours par un édito de Claude Imbert, eut publié quelques pages plus loin le portrait intégralement faux d’une femme de polygame. Mais je ne doute pas que Luc Ferry apprécie Le Point, qui vient de consacrer quatre pages dithyrambiques à son dernier livre, sous la plume de Pierre-Henri Tavoillot, membre du Conseil d’analyse de la société (que Ferry préside), ancien du cabinet du ministre de l’Education nationale (recommandé par Luc Ferry à Jack Lang), ancien du Conseil national des programmes (à l’époque où Luc Ferry le présidait) – est-il besoin de préciser que tant de références donnent un article qui ne manque pas de révérence ? Que je sache, l’édito de Claude Imbert demeure en bonne place, aucune claque n’a été distribuée, et l’auteur de la bourde sur la polygamie a conservé son poste, mais passons.

Ce que me reproche Luc Ferry ? Non pas d’avoir annoncé qu’une jeune femme décédée était vivante, non pas d’avoir inventé un polygame qui n’existait pas, non pas de faire critiquer mes livres par des obligés, il me reproche un épisode rapporté dans un livre publié en 2004, et dont il certifie qu’il est erroné. Dont acte. Il eut été facile à l’époque de faire sanctionner l’erreur par les tribunaux. Je vais aller plus loin : avec le recul, la scène qu’évoque Luc Ferry, qu’elle soit réelle ou fausse, je ne suis pas fier de l’avoir rapportée car elle touche à son épouse, sur qui je n’avais jamais écrit une ligne à l’époque où Luc Ferry était ministre, alors même que tant de témoignages me revenaient sur son omniprésence au ministère (vérification facile à réaliser quand on veut bien se donner la peine de ne pas tout mélanger). Pourquoi l’avions-nous fait dans le livre ? C’est une autre histoire, encore off… Reste que sur ce point précis, je suis largement prêt à des excuses, que je peux bien présenter, n’ignorant pas qu’ici ou ailleurs elles ont bien peu de chances d’être entendues.

Mais voilà. Au terrain judiciaire, l’ancien ministre préfère depuis six ans le terrain médiatique, à dire vrai bien plus confortable : il peut s’y exprimer sans contradiction. Ma présence sur le plateau de Guillaume Durand avait en effet été proposée par l’équipe de Jean-Luc Mélenchon, afin d’évoquer les questions d’éducation, mais la production l’a refusée, ainsi que je l’avais prédit à Jean-Luc Mélenchon, au motif que j’avais écrit un livre « très violent » sur Luc Ferry.

Se faire administrer une leçon publique de déontologie dans un tel contexte oscille entre le saumâtre et le dérisoire et, pour tout dire, m’étonne de la part de Luc Ferry, que je pensais à la fois plus solide, plus digne, et ne réservant pas sa magnanimité aux seuls confrères qui ont l’heur de se tromper sur d’autres que sur lui.

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Retraites et éducation : pour en finir avec 2003 ? http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/07/retraites-et-education-pour-en-finir-avec-2003/ http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/10/07/retraites-et-education-pour-en-finir-avec-2003/#comments Thu, 07 Oct 2010 16:45:05 +0000 edavidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/?p=421

Au ciné ou dans les BD, le gag est rebattu : un type se prend un coup sur la tête et perd la mémoire ; il en prend un second et la retrouve.

En 2003, les enseignants et les personnels d’éducation ont donc pris un gros, très gros, coup sur la tête, à l’issue du mouvement contre les réformes des retraites et de la décentralisation. En « off », plusieurs dirigeants syndicaux confiaient pourtant à l’époque que la sortie de mouvement, négociée par Nicolas Sarkozy appelé à la rescousse d’un binôme ministériel complètement dépassé (Ferry/Darcos), n’avait pas été si mauvaise que cela. Mais ils avouaient d’un même souffle qu’ils craignaient de ne pas réussir à la vendre comme une victoire à leurs troupes. C’est exactement ce qui s’est produit, la décision du gouvernement Raffarin de ne pas négocier le paiement d’une partie des jours de grève, comme il était d’usage sur ces conflits aussi longs, n’ayant rien arrangé.

Depuis, le corps enseignant est atone, et la droite a pu dérouler le programme qu’elle avait annoncé des années durant, notamment lors des discussions sur le budget de l’Education à l’Assemblée nationale : réaliser des économies (ce qu’elle a commencé à faire dès la rentrée 2002 en supprimant MI/SE et aides éducateurs), individualiser les réponses à l’échec, faire la peau à quelques symboles honnis du « pédagogisme » - la méthode globale, les IUFM, l’INRP -, montrer les muscles en matière de lutte contre la violence, etc. La plupart de ces mesures n’ont fait que peu de vagues en dehors du cercle des militants et des colonnes de quelques journaux et sites internet.

Cette atonie en dit long, aussi, sur l’impuissance de la gauche politique ou syndicale à reformuler un projet fédérateur pour l’école, après des années passées à ânonner des slogans aussi confortables idéologiquement qu’inefficaces pragmatiquement – pour le dire vite , je pense ici à tout ce qui a pu consister à refuser des évolutions du système au motif qu’elles engendreraient des maux que chacun savait pourtant que le système antérieur échouait à vaincre (la seule augmentation des moyens n’a pas vaincu l’échec, le maintien d’une égalité formelle de l’offre éducative n’a jamais conduit à une égalité réelle, etc.).

Le mouvement contre la réforme des retraites peut-il changer la donne ? Pour l’heure, rien ne permet de l’affirmer : s’il n’est pas négligeable, le taux de grévistes dans l’éducation n’a rien de spectaculaire jusqu’à présent. Mais cette thématique de la retraite appuie là où les enseignants ont mal : à leur quotidien, à la fatigue accumulée, à l’optimisme érodé par l’empilement de mesures et de « réformes » insuffisamment suivies ou financées, à la solitude pédagogique (revers rarement avoué de la liberté pédagogique), à la multiplication d’expérimentations guère évaluées et jamais généralisées quand bien même leur efficacité semble démontrée, au bougisme de ministres prisonniers d’un temps médiatico-politique toujours plus contraint, à cette « génération Y » passée du zapping à la multiconnection permanente, aux chefs d’établissements et aux cadres intermédiaires qui répercutent avec plus ou moins de bienveillance la pression du résultat qu’ils subissent, aux syndicats qui, confrontés à la décentralisation croissante de la mise en œuvre des politiques éducatives, ne parviennent pas à « renationaliser » les malaises exprimés ici ou là… Dans ces conditions, tenir deux, trois ans de plus, peut sembler une éternité.

De ce terreau pourrait naître, pour la première fois depuis 2003, une mobilisation longue et massive dans l’éducation. A ceci près que, dans la vie réelle, la perspective de prendre un nouveau coup de massue risque fort de doucher les enthousiasmes. Y compris ceux des fans de ciné et de BD.

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Qu’il était beau, mon IUFM http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/09/01/quil-etait-beau-mon-iufm/ http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/2010/09/01/quil-etait-beau-mon-iufm/#comments Wed, 01 Sep 2010 16:22:14 +0000 edavidenkoff http://blog.educpros.fr/emmanueldavidenkoff/?p=416 Quand même. Ce lamento, en boucle, sur radios et télé, sites web et journaux, à propos de ces enseignants néo-titulaires plongés dans le grand bain sans formation. Ces cris d’orfraie et d’étonnement : quoi ? dans quel pays vit-on ? envoyer de jeunes enseignants devant des élèves sans leur avoir appris le métier ?

Il faut avoir la mémoire courte.

Je suis né au journalisme éducation au moment de l’ouverture des IUFM et je m’en souviens très bien, ainsi que des années qui ont suivi. Jamais, ja-mais, les critiques, virulentes, ne se sont tues (je le sais, je leur ai donné écho). Jamais la violence inouïe des attaques contemporaines de la création des IUFM (lisez-les ou relisez-les !) ne s’est atténuée. Jamais les plus radicaux pourfendeurs des IUFM n’ont posé les armes pour dire que les choses, imparfaites, pourraient s’améliorer, que tous les IUFM ne se valaient pas, qu’aux excès jargonnants de certains didacticiens répondaient les fines observations de certains pédagogues… et réciproquement. On a, volontairement, sciemment, jeté le bébé avec l’eau du bain, laissant entendre qu’enseigner s’apparente à un virus (ça s’attrape par contagion en regardant faire les grands anciens).

Alors un jour, un ministre qui passait par là mais qui, sur cette question, avait depuis longtemps annoncé la couleur, s’est dit que pas grand-monde ne lui chercherait noise s’il prenait sur la formation des enseignants les 12.000 postes que lui réclamait le ministère des Finances. Il avait raison : aucune manifestation de grande ampleur n’est venue contrecarrer le projet, le débat restant confiné au cercle des spécialistes et des acteurs. Alors le refrain du “Hier c’était mieux” qu’on nous serine en cette rentrée, franchement, faut avoir la mémoire courte.

Moyennant quoi je suis tout aussi ébahi par l’attitude de ceux qui, jouant avec le feu, expliquent que l’année sera catastrophique pour les élèves qui auront affaire à ces nouveaux enseignants. Comme si l’entrée dans le métier s’apparentait, jusqu’en septembre 2009, à un chemin semé de roses. Comme si les enseignants “d’avant” étaient suffisamment formés avant de prendre leur première classe (souvenez-vous de cette anecdote cent fois rapportée par des enseignants : “A l’IUFM, le cours “Réussir sa première heure” a lieu en octobre”). Que ce soit plus dur cette année, j’en suis certain. Qu’on n’aide pas assez les impétrants aussi. Et qu’on ne les aidait pas assez avant. Et qu’on n’aide pas non plus assez les enseignants en poste depuis cinq, quinze ou trente ans, je suis d’accord encore. Mais jouer les parents contre les néo-profs, les élèves contre les néo-profs, en laissant entendre qu’une “catastrophe pédagogique” va s’abattre sur les écoles de France, franchement, il faut oser.

PS Oui, je sais, en tant que tels les IUFM demeurent. J’emploie ici ce sigle pour ce qu’il représente depuis 20 ans dans le débat, pas pour désigner l’entité “IUFM” à qui, en outre, je souhaite bien du courage :-)

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