Fermeture de l’espace aérien et « Un tout petit monde » s’écroule

La fermeture d’une partie de l’espace aérien me fait immédiatement penser à David Lodge. Et plus particulièrement à Un tout petit monde (Rivages, 1992) où l’on suit les pérégrinations de professeurs d’universités qui se croisent de colloques en colloques à travers le monde. Et j’imagine, dans cette pagaille aérienne, depuis quelques jours, nombre d’universitaires égarés dans des aéroports bondés où plus aucun avion ne décolle ou atterri. Une occasion de (re)lire ce petit chef d’œuvre d’humour de David Lodge… en attendant un vol pour rentrer.

Extrait : « Tout le monde universitaire semble être en transhumance. La moitié des passagers sur les vols transatlantiques en ce moment sont des professeurs d’université. Leurs bagages sont plus lourds que la moyenne, lestés qu’ils sont de livres et de papiers – plus volumineux aussi car ils doivent prévoir des tenues habillées aussi bien que des vêtements de sport, ce qu’il faut pour assister à des conférences ou pour aller à la plage, ou encore au British Museum, ou au Folk Village. Car si cette ronde des colloques est aussi fascinante, c’est parce qu’elle permet de convertir le travail en jeu, de combiner tourisme et activité professionnelle, et tout cela aux frais de la princesse. Grattez une communication et vous verrez le monde ! (…)

L’atmosphère bourdonne du babillage incessant de ces universitaires errants qui posent des questions, se lamentent, prodiguent conseils et anecdotes. Avec quelle compagnie avez-vous voyagé ? Votre hôtel a combien d’étoiles ? Pourquoi la salle de conférences n’est-elle pas climatisée ? Ne prenez pas de salade, dans ce pays on utilise de l’engrais humain pour faire pousser la laitue. Laker a des prix imbattables, mais leur terminal à L.A. est minable. Swissair offre une nourriture excellente. Cathay Pacific vous donne des boissons gratuites en classe économique. Pan Am respecte très peu les horaires, mieux cependant que la Jugoslavian Airlines (dont l’acronyme JAT veut dire « jamais à temps »). Quantas est, de toutes les lignes internationales, celle qui est la plus sûre et Colombia la moins sûre – un vol sur trois n’arrive jamais à destination (d’accord, un peu exagéré). (…) Vous connaissez l’histoire de cet Irlandais qui a essayé de détourner un avion sur Dublin ? L’avion faisait justement route vers Dublin. Vrrrrrouuuummm !

Les détournements ne constituent qu’un risque parmi tant d’autres dans les voyages modernes. Tous les étés, il se produit quelque perturbation sur les lignes internationales – une grève des contrôleurs du ciel français, une grève tournante parmi les bagagistes britanniques, une guerre au Moyen-Orient. Cette année, c’est l’interdiction de vol qui frappe tous les DC-10 du monde, après l’accident survenu à l’aéroport de O’Hare à Chicago (…) ».

Et en ce moment, c’est cette fermeture soudaine d’une partie de l’espace aérien européen que l’on aimerait voir décrite par David Lodge.

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2 réflexions au sujet de « Fermeture de l’espace aérien et « Un tout petit monde » s’écroule »

  1. A quand un colloque universitaire sur les conséquences de la fermeture de l’espace aérien sur le travail universitaire ?

  2. Je me souviens d’avoir lu ce livre il y a très…très longtemps et d’avoir ri comme peu souvent.
    Universitaire, ayant des congrès une opinion mitigée ; scientifique, se moquant volontiers de certains discours des sciences humaines, j’ai bu du petite lait en lisant ce livre. Il m’a aussi fait connaître David Lodge. Depuis, je suis devenu un inconditionnel de cet auteur.

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