Etre enseignant américain dans une université de seconde zone

Le dernier roman de Richard Russo, Les sortilèges du Cap Cod (septembre 2010, La Table Ronde), narre de manière très ironique les tribulations d’un prof américain, traumatisé par ses parents, un couple d’enseignants affectés toute leur vie dans une université de seconde zone.

Le ton est donné : « A Yale, où ils avaient fait leur doctorat, ils avaient carressé l’idée d’obtenir des postes de recherche dans l’Ivy League, en tout cas jusqu’à ce que le marché des universitaires se déplace vers le Sud (…). Trahis. Ils se sentaient trahis. Pourquoi se donner la peine de trimer à Cornell, à Yale, si la seule récompense était de finir dans l’Indiana ? (…) Avant d’être promus et titularisés (ou emmurés pour l’éternité selon leur formule), dans ce Midwest de merde, chacun  avait reçu des propositions – elle pour Amherst, lui pour Bowdoin – mais jamais au même endroit. Ils étaient donc restés ancrés à leur job et à leur mariage, terrifiés (…) que l’un, libéré de ses chaînes, parvienne à s’échapper en accédant au genre de poste (une chaire !) qui achèverait de rendre l’autre malheureux ».

Richard Russo, qui a enseigné la littérature, se moque du carrièrisme des enseignants et de leur supériorité déplacée. Tel le profond mépris de la mère du héros pour tous ceux qui n’ont pas fait de thèse, à commencer par sa belle-fille (« mais quel genre d’individu ne fait pas troisième cycle ? » demande-t-elle à son fils). Une mère (et une enseignante) impossible dont « seuls les plus courageux et les plus ambitieux assistaient au cours qu’elle donnait ». Le père, lui, gonfle les notes de ses étudiants sportifs pour avoir la paix. Il a une liaison avec une de ses doctorantes dont il finit par écrire la thèse.

Et le fils dans tout ça ? Ses cours de scénario ont du succès mais il craint « d’avoir hérité des pires attributs de chacun de ses parents ».

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