Accompagnement des enseignants : faisait-on mieux en 1954 ?

On peut lire, ici et là, que le métier d’enseignant n’est plus attractif. Pour plusieurs raisons parmi lesquelles une formation insuffisante qui laisse les jeunes profs livrés à eux-mêmes et une dévalorisation de la profession. « Finis les temps de l’instructeur à la Pagnol dans une France qui faisait de l’instituteur un petit notable respecté aux côtés du médecin et du maire, piliers d’un société républicaine encore largement rurale » est-il écrit sur le blog prof en campagne à propos de la ringardise du métier d’enseignant.

Je n’ai pas relu Pagnol. Pour ressusciter des temps-là, j’ai reçu le dernier roman de Christian Signol : Une si belle école (Albin Michel, septembre 2010). Ce dernier raconte, à la première personne, la vie d’une institutrice qui fait ses premiers pas devant ses élèves en 1954. Le livre (hélas soporifique) s’achève en 2010 (j’ai lâché l’affaire dès l’hiver 1954) et passe en revue les réformes de l’Education nationale jusqu’en 1989.

L’accompagnement des enseignants débutants, dans les années cinquante, après leur passage à l’école normale, comprenait des journées pédagogiques avec l’inspecteur. On ne peut pas dire que ces journées répondaient mieux qu’aujourd’hui aux attentes des enseignants.

Extrait : « Quelles ne furent pas ma surprise et ma déception quand je découvris qu’elle [la journée pédagogique] allait surtout porter sur les programmes, la manière de les appréhender, de les enseigner, en résumé une leçon de pédagogie tout à fait théorique, qui ne prenait pas du tout en compte, les problèmes pratiques auxquels je me heurtais. Je me crus alors seule dans ce cas et le désarroi m’envahit. Heureusement (…) j’eus l’opportunité de me rapprocher de deux collègues et de m’en ouvrir auprès d’elles. (…) Mes deux collègues, dont ce n’était pas le premier poste et qui étaient un peu plus âgées que moi, me confirmèrent qu’il ne fallait pas attendre de ces journées pédagogiques la résolution de problèmes dont l’administration préférait ne pas entendre parler. Il s’agissait bien de pédagogie, non d’assistance ou de conseils particuliers« .

Sinon, au cours de cette même journée, l’institutrice apprend que « les Dumas devaient être remplacés par les Châtel ». Les Châtel… ? De quoi s’agit-il ? De manuels scolaires. Et donc, de la publication, en 1955, chez Nathan, du « nouveau livre unique de lecture et de français, cours élémentaire », par Châtel… pour remplacer le « livre unique de français, cours élémentaire » de Dumas (Hachette).

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7 réflexions au sujet de « Accompagnement des enseignants : faisait-on mieux en 1954 ? »

  1. Juste une précision: en citant ces lignes:

    “Finis les temps de l’instructeur à la Pagnol dans une France qui faisait de l’instituteur un petit notable respecté aux côtés du médecin et du maire, piliers d’un société républicaine encore largement rurale”

    je n’exprimais aucune nostalgie d’une époque dont vous démontrez brillamment qu’elle ne fut pas cette période fantasmée par certains, où « tout était mieux »…

    Votre blog est superbe!

    Amitiés

  2. Pour savoir comment se passait la formation des enseignants en 1954, il y a sans doute de meilleures sources qu’un roman d’un écrivain né en 1947, qui a sans doute projeté sur 1954 ce qui se passe aujourd’hui

  3. Bonjour, moi je suis enseignante à la retraite, et depuis quelques mois j’entends beaucoup parler de l’enseignement en France vu par les étrangers qui viennent en résidence avec leurs enfants à scolariser ; de plus en plus on affirme que les enfants ne sont pas heureux à l’école en France, qu’ils ne s’y épanouissent pas. N’est-il pas temps de sortir de notre nombrilisme et d’aller voir ce qui se passe ailleurs avec la ferme intention de CHANGER l’école chez nous ? Hier j’ai entendu, sur Fr Culture je crois, quelque chose qui m’a paru frappé au coin du bon sens : « ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas motivés que les enfants sont en échec, mais c’est parce qu’ils sont en échec dès le CP qu’ils ne peuvent pas se motiver ».
    A l’école maternelle où j’ai longtemps enseigné en GS, je disais aux parents que si leur enfant avait envie d’apprendre à lire au sortir de la maternelle, c’était gagné. Je n’avais pas tort je crois.

  4. En 1950-54 après 2 ans passés à l’école normale (Batignolles) à la préparation des bac. 1er et 2è et deux ans de formation professionnelle comportant six stages d’un mois chacun dans une classe de primaire ou maternelle, nous faisant voir la totalité des niveaux, où nous avions à écouter, participer et à assurer quelques heures en autonomie en présence le l’institutrice, inspectées par les professeurs de l’école normale, nous étions quand même bien préparées à ce métier, non ?

    Les journées pédagogiques n’étaient qu’une ennuyeuse formalité…

  5. En 1954 les normaliens s’exerçaient à enseigner dans 3 classes différentes (un mois dans chacune) au cours de leur 4ème année d’Ecole Normale.
    Les journées pédagogiques ne leur étaient donc pas destinées.

  6. Ping : Twitter Trackbacks for Fac story » Blog Archive » Accompagnement des enseignants : faisait-on mieux en 1954 ? [educpros.fr] on Topsy.com

  7. Effectivement, la 4ème année d’Ecole Normale (post-bac) dans les années 50 était une année de formation pédagogique avec trois stages d’un mois (pendant lesquels les stagiaires prenaient effectivement en charge des ‘leçons’), l’assistance à des ‘leçons-modèles’, suivies de discussions (on ne disait pas évaluation) et tout en ensemble de cours à l’Ecole Normale (où l’on était interne) allant de la pédagogie à l’histoire des institutions éducatives, en passant par le travail manuel, l’agriculture et le secrétariat de mairie (l’instituteur de l’époque devait être le ‘spécialiste de l’universel’, souvent affecté en classe unique dans un village).
    Cependant,étant donnés les besoins, il y avait aussi (déjà) un nombre important des jeunes bacheliers recrutés comme auxiliaires ou remplaçants et affecté directement dans une classe sans formation!
    Mais peut-être y avait-il aussi un réel consensus à l’époque sur ce que l’on attendait de l’école et de l’instituteur?

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