Solaire : un prix Nobel n’en est pas moins un homme avec toutes ses turpitudes

Les universitaires qui chassent le Nobel devraient lire le dernier roman de Ian McEwan : Solaire (Gallimard, février 2011).

Le héros, Michael Beard est prix Nobel de physique. Ses pairs se l’arrachent : il détient « une chaire honoraire à l’université de Genève sans y enseigner », il prête « son nom, son titre de professeur, de lauréat du prix Nobel à des comités et à des instituts », il est « le consultant attitré de trois revues universitaires », il intervient « dans de gigantesques colloques aux Etats-Unis – onze mille physiciens au même endroit ! -« .

D’un point de vue fonctionnel, il est le premier directeur – « bien qu’un haut fonctionnaire (…) fit l’essentiel du travail » – de l’équivalent d’un labex, un centre de recherche financé par le gouvernement britannique. « Censé resssembler au Laboratoire national des énergies renouvelables de Golden, Colorado, près de Denver, ce centre avait les mêmes objectifs, mais pas le même cadre, ni les mêmes moyens financiers ».

Mais Michael Beard n’en est pas moins et avant tout un homme (« dans ce monde fermé, spécialisé, il était une célébrité grâce à Stockholm et traversait les années en roue libre, vaguement lassé de lui-même, privé d’alternatives. Toute l’excitation, tout l’imprévu se trouvait dans sa vie privée »). Ian McEwan dresse le portrait d’un universitaire de haut vol, narcissique et lâche. Ses turpitudes conjugales (Beard a été marié et divorcé cinq fois) et professionnelles sont désopilantes. Tout comme ses déboires judiciaires, suite à un gros titre dans la presse : « Un Nobel contre les filles dans les labos ».

Ian Mc Ewan n’épargne pas son héros, ni aucun des personnages qu’un universitaire peut rencontrer au cours de sa carrière. Les journalistes aussi, donc. « Ces hommes et ces femmes dont l’intelligence apparentes cachaient un coeur de prédateur. Le passé leur avait appris qu’on pouvait soutirer quelques indiscrétions ou une hypothèse aventureuse (…) qui devenaient ridicules ou débiles, une fois imprimées noir sur blanc et débarassées du conditionnel, des réserves, de l’humour. Une pure spéculation lui avait valu ce gros titre : un prix Nobel annonce la fin du monde ».

Moralité : avant de rencontrer un Nobel pour l’interviewer ou le recruter, il est préférable d’avoir lu Solaire.

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.