Dans la peau d’un professeur d’université

Quels sont les aspirations, les désenchantements et les renoncements d’un professeur d’université ? Pour le savoir, il faut entrer dans la peau de William Stoner, pauvre fermier du Missouri, qui deviendra professeur de littérature (Stoner, John Williams, Le dilettante, septembre 2011). Il enseignera, durant toute sa carrière, dans la même université, à l’abri des soubresauts de l’histoire du XXème siècle.

Suite à une querelle avec le doyen du département de lettres (les deux hommes ne s’adresseront pas la parole pendant 40 ans), au fil du temps, Stoner sera « considéré comme l’une des vedettes du campus« .

Il deviendra « une figure presque mythique avec les fluctuations,  et toutes les variantes possibles qu’un tel statut ne manquait jamais de provoquer… Quelque fois il était le méchant. (…) D’autre fois il était l’idiot. Et d’autre fois encore, il était le héros. (…) Mais pour tout dire, ce qui établissait le plus sûrement sa propre légende, c’était encore la façon dont il se comportait dans une salle de classe. Avec les années, il était devenu à la fois plus absent et plus incandescent« .

L’auteur de Stoner, John Williams (1922-1994), a été professeur de littérature à l’université de Denver, pendant 30 ans. Il décrit « la soif d’apprendre (…) Cette indécrottable énergie de l’universitaire qui ne connaît ni loi, ni âge, ni aucune limite« . Qu’en reste-t-il à l’heure du bilan ? « Il avait voulu devenir professeur. Et il en était devenu un. Cependant il savait, il l’avait toujours su, que durant la plus grande partie de sa carrière il avait été un piètre passeur. Il avait rêvé d’une sorte de probité, de pureté que rien n’aurait pu corrompre et n’avait trouvé que compromissions, mesquineries et vulgarité. Il avait cru à la sagesse et que trouvait-il après toutes des années ? L’ignorance. »

Stoner est un anti-héros, un personnage sans aspérités. Bien loin des affres que connaissent les universitaires de David Lodge, Stoner a vécu une vie médiocre (sans colloques au bout du monde… mais pas sans une aventure avec une doctorante). John Williams, traduit par Anna Gavalda, décrit avec talent, les états d’âmes de Stoner, rendant passionnante une vie de prof de fac.

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