Avoir 18 ans dans une université de l’Ivy League

Cet été, les journalistes de La Croix visitent cinq des plus grandes universités du monde (la première est Columbia).

Pour mieux comprendre comment fonctionnent les campus américains, on peut aussi lire Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe (Robert Laffont, 2006).

Le roman raconte la confrontation d’une étudiante, issue d’un milieu provincial et modeste, avec l’élite de la jeunesse américaine. La jeune fille est admise dans une université de l’Ivy League (1) grâce à ses seuls mérites académiques quand la grande majorité des étudiants – tous WASP : white anglo-saxon protestant – possède assez de relations et d’argent pour fréquenter ce type d’établissement. Entre ces deux univers parallèles, l’université accueille aussi des sportifs de très haut niveau – aux capacités intellectuelles nécessitant l’indulgence du corps professoral – qui font sa renommée grâce aux compétitions.

Ce mélange des genres est l’une des principales raisons qui empêche toute comparaison entre la vie étudiante dans une université américaine et dans une université en France.

Ce n’est pas la seule différence. Aux Etats-Unis, les étudiants de première année sont tous hébergés sur le campus. Entrer à l’université, signifie obligatoirement quitter sa famille et devenir autonome. Et pour que les étudiants les plus modestes, mais très bons élèves, puissent suivre des études, sans que les frais d’inscription ou d’hébergement, soient un obstacle, il existe des bourses pour prendre en charge la totalité des coûts.

La vie associative est très intense, et en parallèle d’associations étudiantes comme on trouve dans les universités françaises, chaque campus possède des « fraternités ». Il s’agit de sociétés d’étudiants – plus ou moins secrètes – qui choisissent leurs membres et les intronisent. Ces « fraternités » disposent de maisons sur le campus dans lesquelles les étudiants font essentiellement la fête. Historiquement masculines, les « fraternités » ne sont toujours pas mixtes. Il en existe aujourd’hui des féminines, mais elles sont moins influentes.

Le sport est prépondérant pour l’image de l’université. Les très bons sportifs y sont admis grâce à des bourses tout comme les étudiants méritants. Les professeurs connaissent leurs exploits et savent que même s’ils ne brillent pas en cours, il leur faut quand même des notes suffisantes pour passer dans l’année supérieure afin de continuer à défendre les couleurs de l’université sur les terrains. Ce rayonnement est important pour séduire des mécènes, riches et influents. Les sportifs sont choyés avec des installations qui leur sont dédiées pour l’entraînement. Les autres étudiants disposent aussi de salles de musculation.

Rencontre universitaire de football américain

Les étudiants peuvent choisir leurs cours à la carte : choix qui se fait en fonction de leur intérêt pour la matière et pour le professeur. Ce dernier doit les convaincre de son professionnalisme. Il est d’ailleurs noté chaque semestre par les élèves. Il doit être capable de répondre à leurs attentes sur le plan intellectuel avec des listes de lectures, des devoirs à rendre. Il doit surtout valoriser chaque élève pour le faire progresser et non sanctionner ses erreurs quand il se trompe. Il existe des cours magistraux en amphi, mais aussi l’équivalent des TD en France qui réunissent de petits groupes d’élèves (une dizaine) très actifs en classe.

Le système de notation se fait par lettre : de A à F, sachant que la note C est déjà une très mauvaise note dans une université de l’Ivy League (la plupart des étudiants ont obtenu des A pendant toute leur scolarité). Les étudiants ont accès à la bibliothèque toute la nuit pour leur travail personnel.

Le roman de Tom Wolfe est un roman d’apprentissage d’une jeune fille très sage, jetée dans l’univers festif des campus où le paraître prend le pas sur le savoir. Où l’on estime que les années étudiantes en Amérique sont une parenthèse entre le lycée et l’âge adulte. Où l’on peut se permettre tous les écarts, une fois dans sa vie, en toute impunité. Charlotte va se remettre en question, s’interroger sur ses convictions, sa personnalité, et paiera finalement de sa personne son désir de faire partie de ces WASP, ces fils et filles à papa insouciants et privilégiés, d’adopter leurs codes – vestimentaires aussi – et leur désinvolture.

Selon Tom Wolfe, il n’aurait pu en être autrement. Céder à la pression du groupe en adhérant aux « pseudo-valeurs » de cette jeunesse dorée est plus forte que la soif d’apprendre et de réussir.

(1) Il s’agit d’une université fictive. Les huit universités de l’Ivy League sont : Brown, Darmouth, Columbia, Cornell, Harvard, Pennsylvanie, Princeton et Yale.

Be Sociable, Share!

2 réflexions au sujet de « Avoir 18 ans dans une université de l’Ivy League »

  1. Ceci n’est pas un commentaire mais une demande : j’ai lu l’an dernier un livre d’un auteur féminin, qui racontait exactement la même histoire, mais au niveau de la High School. La jeune fille venait de l’Indiana, et le Lycée était situé en Nouvelle Angleterre. Je ne me souviens ni du titre ni du nom de l’auteur. Quelqu’un pourraitil me rafraichir la mémoire ? Merci.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.