Elèves désorientés, profs déboussolés : c’est le conseil de classe

Par petites touches, à la façon des impressionnistes, Jeanne Benameur(*) esquisse dans Présent ? (Folio poche, 2008),  le portrait de profs et d’élèves d’une classe de troisième, dans l’attente du dernier conseil de classe de l’année. CE fameux conseil qui entérine l’avenir scolaire de milliers d’élèves : ceux qui continueront au lycée et auront encore un peu de temps pour décider de leur métier, et les autres…

F_present.inddExtrait : « Au fond de la classe qui riait, une jeune fille a les mains bien à plat sur son bureau. (…). Elle est en troisième. Ce soir, c’est son conseil de classe. Ça excite beaucoup ses camarades. Les discussions vont bon train depuis déjà un moment. Il est question d’orientation. C’est important. C’est pour plus tard. Quand elle était en primaire, ils avaient une course d’orientation. Elle s’était perdue. Elle, c’est une fille désorientée (…). Où va-t-on l’envoyer l’année prochaine ? Elle a peur. (…) Elle s’est retrouvée dans le bureau du conseiller d’orientation, elle aussi, comme tous ceux de troisième. Pour faire des vœux. Ni boussole ni sextant. Comment se diriger ? (…). Elle a des résultats en chute libre. Il n’a pas de baguette magique. S’orienter, elle ne peut pas. Elle ne sait pas. »

Les professeurs aussi ne savent pas, parfois, pourquoi ils sont là... Comme cette enseignante de SVT. « Entre elle et eux, il n’y a pas un écart d’âge si grand que ça. Elle pourrait être leur grande soeur. Mais non, elle ne fait pas partie de leur « famille ». Elle n’en fera jamais partie. Ils ont leurs codes, leurs centres d’intérêts. Elle n’a pas même pas idée de ce qui les intéresse vraiment dans le fond. Elle arrive, avec sa matière, sciences de la vie et de la Terre, et eux ils vivent dans le béton et ils s’en foutent, voilà !« .

Cette toute jeune prof est séparée de son ami qui n’a pas fini l’IUFM tandis qu’elle a pris son premier poste en banlieue. La distance lui est insupportable. « Elle voudrait juste le suivre, lui, et tout planter là mais elle n’a pas fait tant d’études pour rien, n’est-ce pas ? On ne passe pas tant d’heures de sa vie à quelques chose pour se rendre compte que cela ne vous convient pas, que cela ne vous conviendra jamais ».

Sont aussi présents : le professeur de lettres (qui aurait voulu écrire et n’arrive même plus à lire), celui d’histoire-géographie (un doux rêveur), la professeur d’espagnol (qui saque les élèves), la documentaliste (qui anime un atelier d’écriture), la principale, le factotum, la dame de service, le parent d’élèves, le délégué de classe, le conseiller d’orientation,…

Tous, avec leurs doutes, leurs failles et leurs aspirations, sont dans l’attente du conseil de classe organisé en fin de journée. L’avenir des collégiens est-il scellé d’avance ? Un conseil de classe peut-il produire de petits miracles ?

« Peut-être n’est-ce pas vraiment le lieu pour un débat ? », questionne la principale. Ce à quoi rétorque le professeur d’histoire-géographie : « si ce n’est pas le lieu, ici, sur le terrain, au cours d’un conseil qui a toute son importance pour l’avenir de nos élèves, alors où est le lieu ? ».

(*) Jeanne Benameur, auteur de romans pour adultes et de livres pour enfants, possède un CAPES de lettres et a enseigné jusqu’en 2001.

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